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A Londres, George Bush fait assaut de fermeté face aux critiques

20 novembre 2003, 20:00

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La visite de George Bush à Londres ? la première visite d?Etat d?un président américain en Grande-Bretagne depuis Woodrow Wilson, en 1918 ? a commencé officiellement, mercredi 19 novembre, par une cérémonie au palais de Buckingham. Accueillis la veille au soir par le prince Charles à l?aéroport d?Heathrow, M. et Mme Bush ont pris une nuit de repos dans leurs appartements d?hôtes royaux, avant d?être formellement reçus par la reine Elizabeth et le prince Philippe.

Le moment le plus important de la journée de mercredi, conclue par un dîner d?Etat au palais, devait être le discours prononcé par M. Bush, au début de l?après-midi, devant un public d?invités, au Royal Banqueting House. Selon les indications données par la Maison Blanche, le discours du président, présenté comme particulièrement important, devait porter sur les ?trois piliers de la paix et de la sécurité?. Il s?agit, d?abord, de confirmer que les Etats-Unis soutiennent ?des institutions internationales et des alliances efficaces et fortes?. M. Bush devait ensuite, selon un de ses collaborateurs, se référer à l?histoire pour faire valoir qu?arrivent ?des moments où des pays doivent employer la force pour défendre la paix et pour défendre des valeurs?. ?Nous devons reconnaître que des moments viendront où l?usage de la force sera nécessaire?, devait-t-il expliquer.

Le troisième ?pilier? est ?la diffusion des valeurs de la démocratie?. Comme dans son discours du 6 novembre, à Washington, sur la démocratie au Proche-Orient, M. Bush devait condamner la conception selon laquelle cette région du monde ou, plus largement, les peuples musulmans ne pourraient pas ou ne voudraient pas vivre dans des régimes démocratiques.

C?est donc par un discours sans concessions que M. Bush devait répondre aux critiques dont il est l?objet en Grande-Bretagne et en Europe. En premier lieu, comme il l?a dit à l?Assemblée générale des Nations unies, en septembre, il estime que ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont agi, face à l?Irak, de manière unilatérale, mais le système multilatéral qui a été inconséquent en ne sanctionnant pas les violations répétées de ses décisions. ?Ce ne sont pas les Etats-Unis, tout seuls, qui ont voté dix-sept résolutions différentes contre le régime de Saddam Hussein !?, a rappelé le collaborateur du président.

?L?héritage commun?

En deuxième lieu, l?Amérique n?est pas prête à s?interdire d?employer la force militaire, quand elle le jugera nécessaire, et l?on peut déjà prévoir que de telles circonstances se présenteront. En troisième lieu, l?Occident ne doit pas renoncer à faire progresser la démocratie dans le monde.

Ce discours était destiné essentiellement aux Britanniques, même si, selon le haut responsable de la Maison Blanche, M. Bush devait aussi parler de l?Europe et de ?la construction européenne, comme ils disent?, pour rappeler que les Etats-Unis ?l?ont toujours soutenue?.

Mais la présidence américaine cherche surtout à se tirer le moins mal possible, à ses yeux, de ce voyage, en noyant les désaccords sous des protestations d?amitié et d?attachement à l??héritage commun? que partagent l?Amérique et l?Angleterre. Les collaborateurs du président américain ont pris note avec une satisfaction appuyée du sondage qu?a publié, mardi, le Guardian. Selon l?enquête commandée par ce quotidien, hostile à M. Bush, 62 % des Britanniques pensent que les Etats-Unis sont une ?force qui favorise le bien, et non le mal, dans le monde?, et 47 % d?entre eux, contre 41 %, estiment que la guerre en Irak était justifiée.

Tony Blair n?entend pas, quant à lui, entrer complètement dans le jeu de M. Bush. Lors de leurs entretiens, jeudi, il devrait être question de la politique menée en Irak et au Proche-Orient. La Maison Blanche s?attendait à ce que le premier ministre britannique revienne sur le processus de paix israélo-palestinien, en demandant de nouveau que les Etats-Unis fassent pression sur Ariel Sharon.

Pour ce qui est de l?Irak, les dirigeants américains semblent d?accord, à présent, pour inviter le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, à désigner un représentant à Bagdad, remplissant la mission qui était celle de Sergio Vieira de Melho, tué par un attentat en août. Selon la Maison Blanche, quand le Conseil de gouvernement irakien aura présenté au Conseil de sécurité, avant le 15 décembre, le nouveau calendrier de restauration de la souveraineté irakienne, une résolution pourrait être envisagée pour lui donner valeur d?engagement international et permettre à l?Onu d?exercer une responsabilité accrue.

Les Américains prévoyaient, de leur côté, de dire aux Britanniques tout le mal qu?ils pensent de l?action du ?trio? Londres-Paris-Berlin face à la menace nucléaire iranienne. Dans l?avion qui l?a emmené, mardi, de Bruxelles à Londres, M. Powell a déclaré que la résolution proposée par ces trois capitales, avant la réunion, jeudi, du conseil de l?Agence internationale de l?énergie atomique, à Vienne, ?n?est pas adéquate?. Le secrétaire d?Etat reproche à ce texte de ne pas prévoir de mécanisme contraignant pour obliger l?Iran à respecter ses obligations au regard du traité de non-prolifération. M. Bush estime que M. Blair a eu tort de s?engager, dans cette affaire, aux côtés de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder, et il avait l?intention de le lui dire.

Patrick Jarreau

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