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L?intérêt général
Alors qu?elle a commencé sur une humeur morose, l?année 2006 se termine sur une note positive parmi nos analystes économiques et financiers. En janvier, seulement un analyste sur cinq était optimiste sur les perspectives de notre économie sur une échéance d?un an. L?optimisme avait bien remonté juste après la présentation du budget national, mais a flanché ensuite avant de se redresser en novembre. Finalement, le regain d?optimisme se confirme de fort belle manière ce mois-ci, avec un taux supérieur au pessimisme.
Ainsi, 57 % des répondants disent être ?assez optimistes? pour l?année 2007. Certains utilisent l?adverbe ?assez? comme une atténuation, d?autres comme un renforcement. Quoi qu?il en soit, c?est le plus fort taux d?optimisme enregistré depuis l?avènement du présent gouvernement. Anticiper une meilleure santé économique du pays, c?est comme spéculer?
La spéculation fait partie de l?activité quotidienne de tout opérateur, qu?il soit un industriel ou un financier. Si l?on spécule sur la roupie, c?est parce qu?on considère irréaliste le cours que les autorités veulent maintenir. Un cours du dollar à Rs 33.20 n?est pas ce que dicte le marché. Selon un gestionnaire de portefeuille, le cours est à Rs 35.25 pour tout achat supérieur à 300 000 dollars?
Il est normal qu?une économie sujette à une inflation de 9 % pour l?année 2006 subisse des pressions à la baisse sur sa monnaie: la roupie ne peut que se déprécier au différentiel des taux d?inflation entre Maurice et ses partenaires commerciaux. D?autre part, tout pays en déficit commercial voit sa monnaie baisser pour rééquilibrer les imports et les exports : trois années consécutives de déficit du compte-courant ne peuvent que nuire à la roupie.
Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) dit prévoir que le déficit courant sera réduit de moitié pour l?année 2006-2007, et que l?inflation retournera à moins de 5 % d?ici à juin 2008. Cela devrait alléger le problème des devises. Mais le processus prendra du temps. Actuellement, la glissade de la roupie est si brutale qu?elle commence à effrayer des investisseurs étrangers et même des clients potentiels de villas sous l??integrated resorts scheme?.
Sans doute le secteur privé n?a-t-il pas intérêt à ce que la roupie devienne un enjeu politique. Un rétablissement du contrôle des changes relèverait d?une décision politique. Laquelle aurait toutefois, dans les circonstances actuelles, une justification économique, moyennant qu?on préserve la liberté de mouvement des capitaux.
Le contrôle des changes n?est pas une mesure peu orthodoxe, puisqu?il existe en Inde et en Chine sous des modalités différentes. Chez nous, on pourrait imaginer un contrôle des changes partiel, sectoriel et temporaire : d?abord, il concerne les compagnies, et non les particuliers, ensuite, il vise les exportations, et non les investissements, par ailleurs, il touche la zone franche et le tourisme, mais épargne les autres industries, de plus, seulement une partie des recettes d?exportation est remise à la BoM, et enfin, le gouvernement prend l?engagement d?aller plus loin dans ses réformes structurelles et de rétablir la liberté des changes dès que la situation s?améliore grâce aux flux d?investissements étrangers.
Ceux pénalisés seraient tentés de placer des devises sur des comptes étrangers. Mais ce ne serait pas plus mal qu?à présent où les entreprises ne convertissent des devises en roupies qu?à hauteur de leurs besoins. Nos banques devraient savoir fidéliser leurs clients en leur offrant de meilleurs placements en devises.
À défaut du contrôle des changes, il reste l?arme du taux d?intérêt. L?inconvénient est que celle-ci toucherait tous les secteurs tandis que celui-là serait plus ciblé. La BoM refuse de monter son taux directeur par crainte de freiner l?activité. Il demeure qu?un relèvement du loyer de l?argent joue contre l?inflation des projets d?investissement douteux. Surtout, il cassera la perception que le gouvernement voudrait une roupie faible.
Cela ne signifie pas qu?on doit viser une roupie forte. Ce qu?il faut, c?est une roupie chère. Les détenteurs de devises sont les mêmes personnes qui détiennent des capitaux, étant des investisseurs. Avec une roupie chère, ils seront obligés de vendre leurs devises s?ils tiennent à faire des investissements.
Paradoxalement, la roupie chère amènera les banques à augmenter leurs crédits au secteur privé, soutenant ainsi la croissance économique. Car, pour l?instant, il est anormal que le ?Prime Lending Rate? (11 %) soit inférieur au taux de rendement des bons du Trésor à trois mois ! Ce qui incitera les banques à financer davantage le gouvernement que les secteurs productifs.
L?attractivité de la roupie s?accroît certes, mais l?endettement public aussi, sans pour autant stopper la dépréciation de la roupie. Aujourd?hui, il n?est plus question de rendement de la roupie, mais de confiance dans la roupie. Or cette confiance ne s?obtiendra qu?avec une roupie plus chère.
Quand on relève le taux Lombard, ce n?est pas pour rendre la roupie plus attrayante, mais pour rendre le coût du crédit plus cher. Tant que le crédit reste accessible, les financiers en profitent pour emprunter puis vendre de la roupie, ce qui la fait déprécier. Pour casser ces man?uvres spéculatives, il faudrait une nouvelle hausse du ?Prime Lending Rate? qui soit suffisamment dissuasive, peut-être d?un montant de 200 points de base.
Tout le monde se plaint du problème des devises, mais personne ne veut une solution qui blesse ses intérêts personnels. Pour les autorités, c?est l?intérêt général du pays qui compte. Au lieu de se cacher derrière le spéculateur, le maçon devrait nous montrer de quoi il est capable au pied du mur.
<B>Eric Ng Ping Cheun</B> (www.pluriconseil.com)
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