Publicité

Link to life

22 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

De 1997 à l?an 2000, 2 326 hommes et 2 784 femmes ont été atteints de cancer. Ces chiffres, issus du registre national du cancer du ministère de la Santé, sont alarmants. Aujourd?hui, on dénombre plus de 2 000 cancéreux qui suivent des traitements à l?hôpital Victoria à Candos. « Le cancer prend de plus en plus d?ampleur. Je crois qu?il n?y a pas une famille où il n?y ait pas un cas de cancer. Le nombre de patients a augmenté d?environ 10 % », déclare Monique Rey, présidente de l?association Link to Life. Selon elle, le problème fondamental entourant la propagation de la maladie est lié au fait que le cancer est souvent dépisté très tard. De ce fait, son traitement s?avère parfois infructueux. « Le cancer déclenche une telle frayeur psychologique chez les gens, surtout les femmes atteintes de cancer du sein. Cela a pour effet de retarder le traitement, de permettre à la maladie de se propager dans tout le corps, et à terme d?entraîner la mort.

Malheureusement, les tabous entourant la maladie perdurent. On a peur et honte d?en parler. Pourtant, on peut guérir du cancer si on le détecte à temps. Nous voulons en parler pour mieux sensibiliser la population », ajoute notre interlocutrice.

Une cellule d?écoute mise en place

Elle a elle-même survécu à un cancer du sein il y a quatre ans et son époux est mort d?un cancer du poumon. Monique Rey s?intéresse au projet Link to Life depuis 2002 : « J?étais à l?hôpital de Candos pour un bilan. C?est alors qu?une femme est sortie de la salle en larmes. Lorsque j?ai essayé de la consoler, elle m?a avoué qu?elle était atteinte d?un cancer du sein depuis quatre ans, et qu?une ablation s?imposait. Mais elle avait refusé cette intervention chirurgicale à cette époque, et la situation s?était aggravée. Quelques minutes plus tard, l?infirmière m?a appelée. À ma sortie de la salle d?auscultation, j?avais perdu cette patiente. Quand je suis rentrée, cela m?a trotté dans la tête. Je ne pouvais pas oublier ce qui venait de se passer », confie-t-elle. C?est alors qu?elle a contacté la cancérologue réunionnaise qui assurait le suivi médical de son époux à ce moment-là, pour lui demander dans quelle mesure une cellule de soutien pouvait être créée à Maurice. Dès lors, les démarches commencent. En décembre 2002, elle rencontre Arianne Navarre-Marie, ministre des Droits de la femme pour lui faire part de ce projet, et Rosemay Oxenham, qui milite également pour cette cause. En 2003, l?association voit en fin le jour. Aujourd?hui, elle regroupe soixante membres, dont certains ont eu un cancer, alors que d?autres ont contracté un deuxième cancer. « Link to Life vise à aider les personnes atteintes de cette maladie et qui suivent un traitement ou des personnes qui ont été traitées pour un cancer, afin de les aider à retrouver un certain équilibre. Des médecins et des psychologues seront rattachés à l?organisation pour aider les patients. Le but est de permettre aux gens de réaliser que des moyens existent pour s?en sortir. Nous voulons aussi agir comme chien de garde pour que les cancéreux bénéficient de soins appropriés. Par exemple, nous avons appris qu?un appareil utilisé pour le traitement à l?hôpital était hors d?usage. Cette situation a duré pendant trois mois. Lorsque nous avons écrit au ministère de la Santé, l?appareil a été réparé une semaine plus tard », explique Monique Rey.

La présidente de Link to Life déplore aussi le fait que les hôpitaux ne disposent pas de cellule d?écoute pour les cancéreux. « Bien que l?hôpital fasse de son mieux pour traiter les patients, il est dommage que les informations ne soient pas à leur disposition et qu?il n?y ait pas de service d?écoute.

Pourtant, les personnes souffrant de cancer ont besoin de soutien et ne doivent pas baisser les bras. Les hommes et les femmes qui en souffrent doivent sentir qu?ils peuvent extérioriser leurs émotions. De plus, vu que plusieurs membres de notre association ont déjà surmonté un cancer, ils sont plus aptes à aider ceux qui vivent cette épreuve au quotidien. Nous voulons aussi travailler avec la famille qui est très souvent déboussolée », confie-t-elle. Une première étape a déjà été franchie : la mise en place d?une cellule d?écoute le samedi de 9 h 30 à midi au Centre pour femmes de Floréal.

Des appels et témoignages sont recueillis par des fonctionnaires du ministère, mais aussi par des membres de Link to Life qui assurent une permanence. L?association envisage bientôt de travailler quotidiennement dans un centre de 2 000 pieds carrés qui abritera un centre de documentation, une librairie, des salles pour le counselling ou pour des exercices physiques et un dortoir pour les malades pendant la journée. Pour mieux sensibiliser la population, des brochures d?information sur le cancer seront distribuées. Link to Life compte aussi, en collaboration avec l?État et les ONG lancer un programme national. « Nous souhaitons aider les cancéreux qui n?ont pas les moyens de se procurer les médicaments nécessaires, assister ceux qui doivent se faire soigner à l?étranger, et aider les patients à vivre avec le cancer. Nous comptons également acheter un fourgon pour transporter ceux qui ont des difficultés à se déplacer pour aller à l?hôpital. Mais pour pouvoir mener à bien tous ces projets, il nous faut un soutien financier », ajoute Monique Rey.

Adresse utile :Link to life, 2ème étage Women?s Centre, rue Pierre Simonet, Floréal Tél. : 697.06.75/698.88.13/697.11.52.

Tel est le coût du projet Link to Life. L'association sera épaulée par divers partenaires, dont l'État, les ONG, la haute commission australienne et des entreprises privées. Pour l'heure, les personnes doivent payer une cotisation de Rs 100 pour faire partie de l?association et Rs 100 par an.

Publicité