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L?informatique à la portée des démunis
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L?informatique à la portée des démunis
La cour de récré d?un collège de l?Est. Des gamins qui gambadent et crient à tue-tête. Dans un coin, un petit groupe d?élèves fait la causette? Les « Tu as essayé le dernier jeu sur PC ? » ou « Tu sais, hier j?ai surfé sur Internet toute la nuit » fusent de toutes parts. Le visage de Mohammed Akram Teelha-wod, 13 ans, s?assombrit. Sa gorge se noue. Une seule idée lui vient à l?esprit : s?éclipser au plus vite ! « Mo pas ti pé comprend nanié. Quand mo banne camarades pé cozé, mo réflési et mo demane moi ki été tout sa là. Mo pas ti conné et mo ti pé senti moi bien mal. C?est sèlement ler mone vine ici ki mone konne la vérité. Ler là ki mone comprend ki été ène computer », confie-t-il. Ce sentiment d?ignorance, d?impuissance, le petit Mobarak Fokeerbux, 11 ans, l?a également vécu. « Mo ti envie ziste gagne un peu l?édication. Mo papa ine mort et mo mama malade. Nou péna l?argent. Avant, jamais mo ti touche ène computer », raconte l?écolier. Il s?est donc inscrit à ce cours d?initiation à l?informatique.
Comme eux, une centaine d?enfants et quelques adultes issus de milieux défavorisés de Plaine-Verte, Vallée-Pitot, Vallée-des-Prêtres et Camp-Yoloff leur ont emboîté le pas depuis le 19 juillet 2003. Ainsi, chaque samedi ou dimanche, petits et grands viennent avec stylo et cahiers au collège Renganaden Seeneevassen, à Port-Louis. Cette initiative revient aux responsables du Comité de quartier de la rue de La Paix. « Nous avons remarqué qu?un des plus gros problèmes de la région demeure le manque d?éducation. À cause de la pauvreté, beaucoup d?enfants ne terminent pas leurs études. Il fallait trouver une solution pour combattre ce fléau. Nous avons décidé de favoriser l?éducation. Comme le National Computer Board nous aide aussi, nous avons eu l?idée de lancer des cours d?initiation à l?informatique », explique Feizal Fareed Sheik, secrétaire du comité. On a alors cherché parmi 35 familles à faibles revenus les futurs élèves du Computer Proficiency Programme, organisé par des formateurs du National Productivity and Competitivity Council. « Quand on parle d?illettrisme, on pense immédiatement à tous ces gens qui ne savent ni lire ni écrire. Mais aujourd?hui, avec le développement considérable du pays et des communications, la population devient de plus en plus computer illiterate », ajoute notre interlocuteur.
Après les inscriptions, un accord a été conclu avec la direction du collège Seeneevassen pour accueillir les stagiaires. Deux formateurs ont été dépêchés pour donner les cours. « Nous avons commencé par une introduction à l?outil informatique pour que chacun puisse vraiment connaître le nom et le fonctionnement de chaque élément de l?ordinateur. Puis, nous les avons peu à peu initiés aux programmes tels que le Word Processing ou Excel. Nous entamerons bientôt des séances de formation pour Access et l?Internet. Les élèves montrent une véritable soif de connaissance. Par exemple, plusieurs d?entre eux voulaient savoir comment lire les CD ou même des films sur VCD en utilisant un ordinateur. Nous leur apprenons également des petites techniques qui peuvent les aider dans la vie de tous les jours », souligne Nazim Soobrattee, 24 ans, formateur. Chaque samedi, la séance a lieu de 13 à 16 heures et de neuf heures à midi le dimanche. Il n?y a pas de devoirs après les cours, au grand soulagement des élèves ! « Nous suggérons aux participants de réviser ce qu?ils apprennent pour mieux l?assimiler, mais il arrive très souvent que ces derniers oublient de le faire ! », ajoute l?enseignant. Cela provoque d?ailleurs des petits sourires chez Mohammed Akram Teelhawod : « J?étais si concentré sur mes devoirs pour l?école que j?ai négligé ces révisions. Quand notre formateur m?a posé des questions, j?étais très embarrassé. Heureusement, il a pris ça à la plaisanterie. »
Subventionnés par le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups, ces cours s?échelonnent sur seize semaines. Pour beaucoup, cette formation a permis de retrouver espoir.
« Nous vivons dans un monde où l?informatique permet de travailler à grande vitesse. Je n?ai pas les moyens de me payer des cours, mais je sais à quel point c?est un outil indispensable. Combien de fois ai-je postulé pour un emploi en voyant ma candidature rejetée parce que je n?avais aucune notion d?informatique ? Actuellement, je survis grâce à quelques travaux d?artisanat », assure Mooneisa Cadersaib, 35 ans. « À l?école, c?est à peine si nous avons le temps de toucher à l?ordinateur. Ces cours nous ont permis d?approfondir nos connaissances », soutiennent Shamima Seechurrun, 17 ans et Aadil Goolam Hossen, 14 ans, deux étudiants. Les parents aussi ont repris espoir : « ça banne cours là finne aide mo zenfant. Li pé bien développé. Li pou ène plus pou so l?édicasion. Mo pas ti pensé ki mo garçon ti pou gagne ène chance pou apprane computer ène zour », déclare Sarifa, la mère de Mobarak Fokeerbux.
Après les cours, les participants doivent remplir une fiche d?évaluation. Par la suite, chacun d?eux doit recevoir une attestation de stage. D?autres cours débutent bientôt pour les enfants défavorisés.
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