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L?industrie non zone franche montre ses griffes
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L?industrie non zone franche montre ses griffes
L?industrie domestique non zone franche semble en avoir assez de vivre continuellement dans l?ombre de l?industrie d?exportation. Et elle le fait savoir. L?Association of Mauritian Manufacturers (AMM) a lancé récemment une campagne de sensibilisation à l?existence d?une industrie locale destinée surtout au marché intérieur.
Au-delà de la sensibilisation aux produits locaux, la campagne Achetez mauricien est la manifestation visible d?une réflexion et d?une stratégie destinée à donner à ce secteur les moyens de faire face à la compétition que représentent les produits importés et qui se fait de plus en plus pressante.
Tout d?abord quelques chiffres permettent de donner une idée du poids économique réel de l?industrie domestique. Selon une étude que lui consacre la Mauritius Employers? Federation (MEF) ce secteur compte 487 grandes entreprises et quelque 3 500 petites et moyennes entreprises.
Le secteur emploie 52 500 personnes soit 10,6 % de la main-d??uvre totale de l?économie. Si l?emploi dans la zone franche est en déclin, tel n?est pas le cas dans l?industrie domestique où l?emploi enregistre un taux de croissance de 3 % contre 1,3 % de moyenne nationale.
L?industrie domestique devrait contribuer Rs 14,6 milliards au produit intérieur brut (PIB) cette année, représentant 11 % du PIB. Il convient de noter que c?est la première fois cette année que l?industrie domestique dépasse la zone franche en termes de contribution au PIB ? 11 % contre 10 %.
Autre statistique intéressante : l?industrie domestique a investi Rs 3,3 milliards cette année, ce qui représente 9,3 % des investissements globaux et près de 70 % des investissements réalisés par l?industrie manufacturière.
Par ailleurs, l?industrie domestique paraît bien diversifiée avec 18 % des entreprises engagées dans l?alimentation, 11 % dans les vêtements, 10 % dans le papier et l?imprimerie.
En termes de valeur ajoutée, c?est la catégorie boissons et tabac qui domine avec une part de 20 % même si les entreprises dans ce secteur sont moins nombreuses. L?alimentation arrive en deuxième position avec une part de 18 %.
Malgré ces statistiques qui témoignent de l?importance économique de l?industrie non zone franche, les opérateurs de ce secteur ont un peu le sentiment d?avoir été le parent pauvre aux yeux des autorités et de l?opinion en général.
?C?est toujours la zone franche qui a été sous le feu des projecteurs. Cette année nous dépassons la zone franche en termes de contribution au PIB. Il est réconfortant de se dire que malgré les problèmes de la zone franche, Maurice dispose quand même d?une base industrielle sur laquelle elle peut compter?, déclare le président de l?AMM, Iqbal Joonas.
Exportation
Si l?industrie non zone franche veut sortir de l?ombre, ce n?est pas une question d?ego mais de survie. La libéralisation du commerce à travers les accords régionaux ? la Southern Africa Development Community (SADC) et le Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) ? commence déjà à influer négativement sur la performance de ce secteur. L?étude de la MEF démontre que la croissance du secteur a stagné autour de 4,2 % ces trois dernières années en raison, notamment, de l?importation de produits bon marché du Comesa et de l?Asie.
?Cela fait longtemps que nous savions qu?il fallait faire quelque chose, mais que voulez-vous, c?est quand on est en présence d?échéances réelles qu?on est sans doute plus motivé?, concède Iqbal Joonas.
Pour Rajiv Servansingh, l?assistant secrétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie (CCI) la situation dans laquelle se retrouve actuellement l?industrie non zone franche est en grande partie le résultat des conditions de sa création. Créée au début des années 60, l?industrie domestique avait pour essentielle vocation d?être une industrie de substitution à l?importation. La création d?emploi, la croissance économique et l?économie de devises étaient parmi les principaux objectifs de cette démarche.
Bien protégée par des barrières tarifaires élevées sur les produits importés, l?industrie domestique a prospéré. ?C?était une industrie créée pour desservir un marché d?un million d?habitants seulement. Elle avait besoin d?être protégée pour survivre?, explique Rajiv Servansingh.
Mais aujourd?hui, libéralisation oblige, les ?petites? usines mauriciennes se trouvent confrontées à la concurrence de multinationales produisant pour des populations de plusieurs dizaines de millions et qui bénéficient ainsi d?économies d?échelle incomparables. Le combat est inégal.
L?AMM et les industriels de ce secteur ne s?avouent pas vaincus pour autant. Ils ont compris que leur survie passe par l?exportation afin d?accéder à des marchés plus importants et de pouvoir étendre leurs bases de production. La région est la première cible dans la ligne de mire.
Les chiffres sont plutôt encourageants. L?industrie non zone franche a exporté pour Rs 1,4 milliard vers la région en 2002. Ceci ne représente que 3 % des exportations totales. Mais la tendance compte davantage. Les exportations du secteur ont augmenté de 10 % en moyenne chaque année depuis 1990.
La diversification des produits et des marchés est aussi encourageante. Si les engrais chimiques et la farine ont longtemps dominé les exportations vers la région, de nouveaux produits tels que la bière, les détergents, la savonnette et les couches pour bébé sont venus s?ajouter à la liste.
Mais avant d?attaquer plus agressivement la région, l?AMM a voulu que les entreprises locales fassent le plein sur le marché local, d?où la campagne de sensibilisation Achetez mauricien.
Dans sa stratégie de transformer l?industrie domestique en une industrie d?exportation à part entière, l?AMM tout comme la CCI réclament des moyens pour aider le secteur à se retourner.
?Nous ne sommes pas là pour perpétuellement protéger des canards boiteux. Mais il faut créer les conditions pour que l?on puisse faire face à la concurrence?, plaide Rajiv Servansingh.
Il estime que la libéralisation du commerce et l?ouverture du marché local ont été plutôt bien gérées jusqu?ici. Il ne faut pas céder aveuglément aux pressions mais continuer à adopter la même approche prudente.
Un plan de transition est nécessaire pour éviter de mettre en danger l?industrie domestique. Il faut établir une liste de produits sensibles et établir pour chaque produit les conditions et les délais préalables à la libéralisation, préconise l?assistant secrétaire général de la CCI.
Stratégie d?intégration
De plus, l?adoption d?une loi anti-dumping devient une urgence. Dans sa publication Eco-Trends, la MEF cite le cas de produits égyptiens importés qui avaient envahi le marché, forçant le gouvernement à réintroduire des droits de douane. L?association patronale cite aussi l?invasion de produits en provenance de pays comme la Malaisie, la Thaïlande et la Chine. Entre 1990 et 2002, les importations de Chine se sont multipliées par sept. Parallèlement à ces mesures de protection, le gouvernement devrait donner au secteur les moyens de faire face à la concurrence. En gros, Iqbal Joonas de l?AMM réclament pour l?industrie domestique un traitement similaire à celui de la zone franche.
Certes des progrès ont été réalisés ces dernières années. Les droits de douane sur les intrants ont aussi été abolis pour l?industrie non zone franche, même s?il reste encore quelques anomalies.
La Corporate Tax a été réduite à 15 %, sauf pour les producteurs de cigarettes et de boissons alcoolisées qui continuent à payer la taxe à 25 %.
Par ailleurs, même si la liste des produits a été réduite, le contrôle des prix existe toujours sur quelques-uns et demeure, en principe, une menace car il peut être réintroduit à tout moment, estime Rajiv Servansingh.
Les tarifs d?électricité et d?eau demeurent plus avantageux pour la zone franche que pour l?industrie non zone franche. ?Nous ne comprenons pas cette différence. Nous sommes tous deux soumis à la concurrence?, déclare Iqbal Joonas.
Si la zone franche a son plan de sauvetage, l?industrie non zone franche attend elle aussi son plan de restructuration. Il ne peut qu?être basé sur une stratégie d?intégration visant à mettre fin à la dichotomie de traitement de deux secteurs.
?Les industriels du secteur ne s?avouent pas vaincus. Ils ont compris que leur survie passe par l?exportation afin d?accéder à des marchés plus importants et de pouvoir étendre leurs bases de production. La région est la première cible dans la ligne de mire.?
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