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L?Inde et les USA font capoter des négociations
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L?Inde et les USA font capoter des négociations
Les échanges commencés le 21 juillet au sein de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève ont échoué après neuf jours des négociations, ont annoncé hier des diplomates. Ces derniers ont imputé la responsabilité aux Etats-Unis et à l'Inde qui, selon eux, ont refusé de faire des compromis sur les mécanismes de sauvegarde en importations agricoles.
Le responsable américain a ajouté que les Etats restaient attachés à faire aboutir le cycle dit de Doha, lancé il y a sept ans dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. La France s'est défendue par contre d'être sortie de son rôle de présidente de l'Union européenne en s'opposant au projet d'accord à l?Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a finalement échoué.
Paris avait reçu le soutien de huit autres pays de l?UE -- soit un tiers environ des Etats membres -- à Genève, où le commissaire européen chargé du commerce, Peter Mandelson, négociait au nom des 27 depuis neuf jours.
«Nous nous attachons à présider de façon impartiale et rigoureuse, mais sur une affaire aussi grave il n'est pas pensable que la France ne donne pas son avis», a déclaré à Reuters Michel Barnier en réponse aux critiques sur les dernières interventions françaises dans les négociations.
Pour Michel Barnier cependant, «il n'y a pas de drame, pas de crise européenne». «Ce n'est pas la première fois que les pays européens ne sont pas d'accord», a-t-il dit. «Il faut faire en sorte que les pays de l'Union soient unanimes lorsqu'il y aura un accord final sur la table» au printemps prochain. Nicolas Sarkozy s'est entretenu lundi avec le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a-t-on appris de source ministérielle.
L?Elysée a également fait savoir que le président français avait parlé avec la chancelière allemande Angela Merkel et, selon Le Monde, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, deux dirigeants qui soutiennent la position de Mandelson.
L?Allemagne «soutient à fond» Paris sur la question des appellations d?origine contrôlée, a-t-on expliqué dans l?entourage du chef de l?Etat français. La chancelière «ne disconvient pas qu?il y a des soucis» sur les autres questions auxquelles elle n?accorde «peut-être pas la même pondération» que la France, a-t-on ajouté de même source.
«Quand le porte-parole français dit que Sarkozy et Merkel partagent la même inquiétude sur les négociations, cela ne veut pas dire qu?ils ont les mêmes. Merkel s?inquiète qu?il n?y ait pas d?accord à l?OMC. Sarkozy semble s?inquiéter du fait qu?il y en ait un», explique un diplomate européen.
Des négociations «sur le fil du rasoir»
Tout au long de la journée de lundi, l?Inde est apparue comme l?un des principaux obstacles à la recherche d?un accord, notamment sur la question de la clause de sauvegarde, une protection tarifaire souhaitée par des pays en développement en cas de flambée des importations d?un ou plusieurs produits. New Delhi veut pouvoir la déclencher à partir d?un seuil relativement bas de hausse des importations ou de baisse des prix sur le marché intérieur pour protéger ses propres producteurs alors que d?autres pays, comme les Etats-Unis, craignent que cela ne la transforme en un outil protectionniste.
Peu avant la décision d?interrompre les discussions pour la nuit, le porte-parole de l?OMC, Keith Rockwell, a qualifié les négociations de «très tendues». Pour le ministre des affaires étrangères brésilien, Celso Amorim, elles sont «sur le fil du rasoir». La journée a notamment été le théâtre d?affrontements verbaux assez vifs entre Américains d?un côté et Indiens et Chinois de l?autre, le camp européen montrant des signes manifestes de division. Les Chinois ont réclamé une forte réduction, voire l?élimination, des subventions américaines sur le coton qui «ont provoqué des torts importants pour les producteurs de coton dans les pays en développement, en Afrique et pour quelque 150 millions d?entre eux en Chine», selon les termes employés par l?ambassadeur chinois auprès de l?OMC, Sun Zhenyu.
La négociatrice américaine, Susan Schwab, a déploré que la Chine soit revenue sur ses engagements de vendredi, lorsque le directeur général de l?OMC, Pascal Lamy, avait mis sur la table une proposition de compromis largement approuvée. Le ministre indien a rappelé qu?il ne s?était, pour sa part, jamais rallié à cette proposition de compromis. Des petits pays exportateurs comme l?Uruguay et le Paraguay s?en sont également pris à l?Inde, l?accusant de vouloir protéger son marché alors qu?elle constitue pour eux un important débouché.
Diminuer l'écart de richesse
Une réunion tard dans la nuit de lundi à mardi n'a pas permis de rapprocher les positions des Etats-Unis d'un côté et de l'Inde de l'autre sur la question de la clause de sauvegarde, empêchant toute progression dans les discussions. Cette clause permet à un pays d'appliquer des tarifs exceptionnels sur des produits agricoles face à une forte hausse des importations ou une baisse des prix afin de protéger ses propres producteurs. Delhi souhaite obtenir que le seuil de déclenchement soit placé assez bas mais Washington s'y oppose, estimant qu'elle pourrait dans ce cas devenir un outil protectionniste. Il s'agit pour les 153 pays membres de conclure le cycle de négociations lancé à Doha, au Qatar, en novembre 2001 et qui aurait dû théoriquement déjà se conclure fin 2004. Appelé «cycle du développement», il doit en principe profiter aux pays en développement et émergents pour tenter de diminuer l'écart de richesse entre ces derniers et les grands pays industrialisés.
QUESTIONS À?
● Patrick Messerlin, directeur du groupe d?économie mondiale de sciences PO
«Les pays les plus pauvres souffriraient d?un échec»
Quelles seraient les conséquences pour l?Union européenne d?un échec des négociations à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) ?
A court terme, elles seraient mineures, sauf qu?il sera impossible de reprendre la moindre négociation avant deux ou troisans, compte tenu des échéances électorales aux Etats-Unis comme dans l?Union europeenne. A Genève, certains évoquent un nouvel accord possible? aux alentours de 2020, compte tenu des délais pour reconstruire des dossiers très complexes.
● Quelles seraient les victimes de cet échec ?
Les perdants seraient tous les agriculteurs qui ne sont pas aidés par la politique agricole européenne ? et la France en compte beaucoup plus que l?Irlande ? et qui, comme les horticulteurs ou les éleveurs de poulets, peuvent espérer mieux exporter leurs produits, à la faveur de la baisse des droits de douane des autres pays.
Le grand perdant sera le secteur agroalimentaire français qui continuera à pâtir des importantes taxes à l?importation que lui oppose le reste du monde.
Les industriels européens, eux, se croient peu concernés par une impasse, car ils se débrouillent très bien en profitant de deux décennies d?abaissement des droits de douane. Le droit de douane industriel moyen est de 7 % dans 34 pays qui représentent 95 % du commerce mondial.
Ce qu?oublient nos industriels, c?est que 24 pays et non des moindres, tels le Brésil, l?Inde, la Chine et l?Australie, n?ont pris aucun engagement de ne pas relever leurs droits de douane, à la différence de l?Union européenne ou des Etats-Unis. Si la Chine, par exemple, connaissait un début de récession, la panique pourrait la pousser à multiplier par deux ou trois ses taxes à l?importation, suscitant des réactions protectionnistes similaires chez ceux qui brûlent de le faire par intérêt, comme l?Argentine, ou par idéologie, comme le Venezuela. Si l?on ne parvenait pas, alors, à stopper très vite ce phénomène de boule de neige, une guerre commerciale pourrait s?enclencher et, comme en 1929, déboucher sur une récession mondiale. La guerre commerciale est une guerre comme une autre : personne ne la veut mais, un beau jour, tout le monde s?y met !
● Qu?adviendrait-il de la croissance que le Cycle de Doha voulait susciter dans les pays en développement ?
Les pays les plus pauvres souffriraient d?un échec. Pas la Chine ou l?Inde, qui ont la taille et les moyens de tirer leur épingle du jeu. En revanche, les petits pays émergents et les pays les moins avancés se retrouveraient aux prises avec des accords très inégalitaires voire, comme les accords de partenariat économique, «impérialistes», disons le mot.
Notre refus d?abaisser les droits de douane très élevés que nous, Européens, maintenons sur un nombre limité de produits industriels comme le textile ? très importants pour les pays en développement ? aurait des conséquences géostratégiques : nous achèverions de perdre l?Afrique au profit de la Chine et du Brésil autrement libéraux à son égard en matière douanière.
© Le Monde 2008
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