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L?incident Henri Adam et faits divers de 1928
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L?incident Henri Adam et faits divers de 1928
Nous avons laissé Rajcoomar Gujadhur et la Vauxhall, ayant véhiculé en juin 1927, le futur George VI et son épouse, à bord du ?S.S Shirala? (Voir L?Express du 7 juillet 2003). L?Hon. Rajcoomar Gujadhur est en partance pour Kalkatta. De nombreux amis sont venus lui souhaiter bonne traversée, bon séjour dans la terre des ancêtres et dans la mère patrie. Survient alors l?incident Henri Adam. Le Cernéen du 14 janvier 1928 rapporte que, la veille, ce dernier descendait l?escalier quand il est pris à partie par des passagers et des visiteurs qui l?empruntent pour monter à bord du vapeur. On l?accuse de lèse-galanterie et on veut le passer à tabac, ?avec la dernière brutalité?. Le Dr Edgar Laurent et l?Hon. Rajcoomar Gujadhur seront les premiers à rappeler à l?ordre les assaillants de M. Henri Adam.
Le lundi 16, Le Cernéen publie une lettre d?Henri Adam qui tient à donner sa version de l?incident. ?Je commence à descendre l?escalier quand un Gujadhur me signale que des dames l?empruntent déjà dans le sens de la montée. Comme mon temps ne m?appartient pas, je continue ma descente? m?effaçant chaque fois que je rencontre un groupe montant? Au troisième groupe, je m?efface de nouveau? Une femme glisse? Je lui tends la main? Je l?aide à gravir deux marches? Je reprends ma descente? J?entends une voix : Vous êtes ène brite ! Deux énergumènes veulent me boxer? Du poing, je frappe un à la mâchoire pour le rappeler aux convenances... deux assaillants me tiennent par les jambes? Je renonce à me servir de mes poings pourtant libres ? craignant que dans la mêlée, une femme et deux enfants présents ne tombent à l?eau? A ce moment MM. Dunputh Lallah et Rajcoomar Gujadhur arrivent jusqu?à moi? et obtiennent qu?on cesse de m?agresser? Je prends place dans une chaloupe où l?on me menace de nouveau. Le maire de Port-Louis offre alors de me reconduire à terre à bord de son canot.?
Le 18 janvier, Le Cernéen publie une lettre de Dhuncoowar Lallah, en date du 17 : Réponse à la version d?Henri Adam? Celle de Dhuncoowar pouvant être corroborée par des témoins? : ?Adam descend l?escalier en dépit de la demande d?un policier, le priant d?attendre car d?autres personnes le gravissent péniblement? J?aide une dame à monter? Adam l?écarte d?un geste brutal pour se faire passage :
- Respectez cette dame?
- Je m?en f? Suis pressé !
- Vous n?êtes qu?une brute.
Adam me donne un coup de poing? Comment peut-il alléguer avoir été entouré d?assaillants vu l?étroitesse de l?escalier? Bref, Henri Adam aurait-il été plus patient qu?il n?y aurait pas eu d?incident??
Jeudi 19, Le Cernéen publie la réponse d?Henri Adam : ?Pour ce qui est de la notion de la vérité et des principes de bonne éducation, je suis satisfait des miens. Ceci pour vous dire, Monsieur le Rédacteur (F.L. Morel) que toute autre dénégation restera, comme il convient, sans réponse.?
Réponse lapidaire qui ne donne pas forcément raison à Henri Adam. Mais c?est élégamment dit.
?O tempora, ô mores !? Qu?il ne faut pas traduire par : ?Quel tempérament ces Mauresques? mais par ?autre temps, autres m?urs?, autrement dit ?saque létemps éna so margoze !?. Il eut peut-être été préférable à Adam de laisser choir la dame en question plutôt que d?offrir à la preneuse, à la mi-voie, sa main en guise de perche. Tout comme il est peut-être préférable aujourd?hui de tourner sa langue sept fois dans sa ( ?) bouche avant de décider de ce qu?on fera si la plus adorable des femmes vous demande gentiment, en fin de soirée : ?Please, Darling !, voulez-vous être mon driver ?? On croit vaquer à ses affaires sans se mettre martel au crâne et on se retrouve à la une de la presse à sensations. Mais fi des ?ô tempora, ô mores !?, les années se suivent et se ressemblent et Adam ne cesse pas de charger Eve de tous les péchés de la terre, péchés d?hier, d?aujourd?hui et de demain. Une façon comme une autre de nous faire comprendre que l?auteur du ?pas moi, li ça? n?a finalement rien inventé. Comme au premier jour, autrement dit à la genèse du temps, Adam, pourtant incapable du moindre nombrilisme, se cachera toujours derrière Eve et celle-ci, derrière le serpent tentateur.
L?incident Adam n?est pas le seul fait divers mémorable de ce mois de janvier 1928. Des événements survenus il y a trois quarts de siècle de cela, on peut se souvenir de ceux-ci :-
Pendant que l?Hon. Rajcoomar Gujadhur achète la ?Vauxhall? ducale, 300 propriétaires d?automobiles demandent de mettre des scellés sur leurs véhicules (?mette l?auto lors caisse?) car ils ne sont plus en mesure déjà de s?acquitter des taxes imposées aux automobilistes. Les temps sont difficiles et nous sommes à seulement 18 mois du krach de Wall Street.
En quittant Maurice, Sir Hesketh Bell a reçu de plusieurs fonctionnaires un chèque de £280, à charge pour lui de se procurer un objet pouvant lui rappeler les bons souvenirs laissés par lui à Maurice. L?ancien gouverneur utilise cette somme pour demander au peintre Läszlo de faire son portrait. Une réplique de ce portrait se trouve au château du Réduit.
Adolphe Duclos est fait King?s Counsel. Il est le troisième légiste mauricien à accéder à un tel honneur après Sir William Newton et Georges Guibert. Adolphe Duclos fut le chef de file des anti-rétrocessionnistes du début des années 1920. Robert-Edward Hart était à l?époque son secrétaire. Me Duclos est l?auteur d?un livre sur cette controverse. Il est intitulé ?L?évolution nationale mauricienne?.
Restons dans le judiciaire pour signaler que le jury du procès Nanard eut droit à une journée de pique-nique au Chaland à la mi-janvier 1928.
Ne quittons pas ce secteur sans rappeler une collision de voitures à Phoenix, à proximité de la chapelle protestante, collision qui aurait pu hypothéquer sérieusement les carrières sucrière et légale de Me André Raffray, un autre King?s Counsel. L?Austin de Raymond Harel entra, en effet, en collision avec l?Auckland de Mme Stevens. Me André Raffray et les enfants Jackson faisaient partie des occupants des deux véhicules accidentés.
Il fut beaucoup question d?industries secondaires en janvier 1928. Le Cernéen consacre plusieurs articles à un projet d?ananas en conserve et à une fabrique de meubles modernes de Max Boullé et de Georges Pitot. Ses journalistes visitent même une Joyeuse Poterie et font l?éloge des maisons construites en briques à Floréal.
Le bâtiment du Trésor a connu une complète rénovation. Il serait intéressant de savoir si les responsables de ces travaux ont constaté de visu le mur en briques et la toiture en tôles cannelées devant assurer la parfaite étanchéité du caveau de ce bâtiment. Le nécessaire fut fait en janvier 1928.
Restons dans les Travaux publics pour signaler quelques décisions du Fonds de Développement : augmentation de la capacité du réservoir de Mare-aux-Vacoas (de 100 à 187 millions de pieds cubes) ; réparations à effectuer aux filtres de La Marie ; acquisition de 238 arpents à Cluny pour Rs 187000 à M. Ferdinand Martin afin d?étendre la zone de captage de la rivière Bee-Manique ; une dépense de Rs 612 332 pour des travaux d?irrigation à la Nicolière.
Et pour terminer cette perle typographique, un extrait du Cernéen du 12 janvier 1928. ?Le chroniqueur Lewis écrit le souriant Emile Pitot. Le prote lit et imprime le vacillant Pitot?. L?erratum paraît avec des plates excuses mais aussi avec l?inévitable NDLR (Note de la rédaction) : ?Quelle écriture aussi, cher collaborateur !?? ?Pas rédacteur ça, collaborateur ça !?.
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