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Lillka Cuttaree-Gujjalu : Une femme de défis !

4 mars 2006, 00:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

En apparence, Lillka Cuttaree-Gujjalu fleure le bon chic, bon genre des jeunes cadres dynamiques avec son chemisier noir, sa jupe du même ton, son collier de perles, ses boucles d?oreille assorties et sa montre carrée au poignet. Mais sous ces dehors convenus, l?éclat de son regard laisse deviner un esprit d?analyse vif, prompt à réagir aux stimulations environnantes. Un comportement étroitement lié à sa formation en stratégies industrielles et à son frottement subséquent avec les entrepreneurs du secteur privé avant qu?elle ne décide de goûter au travail dans le secteur public.

Lillka est de formation française. Après une scolarité au Lycée Labourdonnais, elle décroche la bourse de fin d?études. Comme elle est intéressée par tout ce qui a trait à l?économie et à la politique et veut avoir une vision globale des choses, elle tente le concours d?entrée à l?Institut des sciences politiques à Grenoble qu?elle réussit. Son diplôme obtenu, elle décide d?approfondir ses connaissances en stratégies industrielles avec une maîtrise qu?elle passe à l?université de Paris Dauphine.

Elle s?octroie une pause d?un an au cours de laquelle elle s?essaie aux études de marché aussi bien en Europe qu?à Maurice pour le compte d?entreprises engagées dans des secteurs aussi divers que l?aviation, la construction et la grande distribution. Étape qui lui permet de «comprendre les dynamiques de ces différents secteurs». à ses diplômes déjà acquis, elle ajoute un Master in Business Administration avec une forte orientation marketing qu?elle accomplit à l?Institut des sciences politiques de Paris. «J?ai pu maîtriser les outils de diagnostic en stratégies industrielles car je voulais faire du service conseil en la matière.»

Le BPO, un secteur d?avenir

Il est question qu?elle travaille à Paris où elle a eu deux propositions d?emploi mais les lois Pasqua pour les étrangers la ramènent au pays. Elle exerce pendant neuf mois comme marketing executive pour le groupe Roland Maurel et démissionne lorsque De Chazal Du Mée lance sa structure de conseils en stratégie, la première du genre à Maurice. Elle y obtient un poste de senior consultant.

Au cours des trois années qui suivent, elle a l?occasion de conseiller bon nombre d?usines textile sur la restructuration de leurs procédures, sur leur plan stratégique. Elle n?est pas étonnée par le nombre de fermetures d?usines. «Il n?y a pas eu assez de réflexion sur la stratégie. Beaucoup ont aussi souffert d?une inadaptation aux exigences du marché international. Avec le résultat que l?on sait aujourd?hui.»

Pour ne pas se couper des réalités du secteur industriel et savoir comment il fonctionne à l?interne, Lillka franchit la barrière et accepte un poste de Sales and Merchandising Manager chez Floréal Knitwear. Là, elle traite non seulement de ventes avec les agents des clients américains basés à Hong Kong mais s?occupe aussi de merchandising. Ce qui lui permet de faire la différence entre le client américain et européen et à développer encore plus son sens de rigueur et son temps de réaction face aux demandes. «L?Américain est plus rigoureux, plus orienté vers les résultats. Il ne transige pas. Un léger retard de livraison et une amende doit être payée. Par contre, avec l?Européen, il y a plus de place pour la souplesse et une certaine flexibilité».

C?est non sans regret que Lillka qui est mariée à Anil Gujjalu, directeur à la Mauritius Post, abandonne son emploi au bout de deux ans pour suivre sa moitié qui a obtenu un contrat de travail à Londres. Elle accepte un emploi de responsable de porte-feuille clients pour un agent textile. Elle qui a besoin de stimulations intellectuelles finit par se lasser de «l?aspect parfois superficiel de la mode».

Tout comme elle a du mal à s?ajuster aux contraintes professionnelles de son mari qui travaille à l?extérieur de Londres en semaine et qu?elle ne voit qu?en week-end. Le couple regagne le pays au bout de deux ans. Elle décide de travailler en free-lance en service-conseils marketing et s?accorde du temps pour agrandir sa famille avec la naissance de Meiya, aujourd?hui âgée de deux ans, et Nash, huit mois.

Elle a l?occasion de découvrir le monde du secteur public en travaillant pour l?Information and Communication Technologies Authority et trouve qu?il y a trop d?idées reçues sur ledit secteur. «J?ai été agréablement surprise car j?y ai rencontré des gens extrêmement compétents, ayant une approche professionnelle et une réelle volonté de mettre en place des normes de qualité.»

Son expertise est aussi sollicitée par la Mauritius Freeport Development où elle côtoie à nouveau Maurice Vigier de la Tour. «J?ai eu la chance au cours de ma carrière de rencontrer des personnes exceptionnelles dans leur vision des choses, que ce soit Roland Maurel ou Maurice Vigier de La Tour. Ce sont des visionnaires qui ont une passion pour leur pays. Et là-dessus, on se rejoint».

Si elle répond à l?appel de candidatures pour remplir le poste de coordinateur du BPO Secretariat au BOI, c?est parce que le poste correspond à son profil. Embauchée, elle s?attelle pendant deux ans à développer des stratégies pour promouvoir le secteur des technologies de l?information et de la communication, à attirer des investisseurs potentiels, à faciliter leur installation et à faire le monitorage de leurs opérations, tout en montrant l?évolution du marché aux partenaires mauriciens. «Je crois humblement que nous avons réussi à faire ce que nous demandait notre mandat.»

Lillka est convaincue que le secteur des technologies de l?information et des communications, surtout les possibilités offertes par l?externalisation ou BPO, est un secteur d?avenir. «C?est un secteur extrêmement dynamique qui a une excellente croissance économique, employant plus de 4 000 personnes. Il peut être davantage développé.»

Ce qui pourrait donner un coup de fouet et accélérer davantage cette croissance, selon elle, est la mise en place d?une instance de coordination à un très haut niveau pour une meilleure application des stratégies de développement. «Le BOI est un partenaire parmi tant d?autres. Ce qu?il faut maintenant, c?est une instance pour l?application et plus de coordination entre tous ceux impliqués dans le secteur. Je crois que le gouvernement en est conscient et évolue positivement en ce sens, que ce soit au niveau du Prime Minister?s Office qu?à celui du ministère des Technologies de l?Information».

«Ma priorité, mes enfants»

Lillka est excitée car un nouveau défi l?attend. La cellule qu?elle dirige est appelée à agrandir ses activités pour traiter non seulement d?externalisation mais aussi du développement de logiciels, de multi- média et d?industrie cinématographique. La cellule sera rebaptisée et portera le nom d?Info Com and Media Cluster.

Lillka reconnaît qu?il n?est pas aisé de concilier vie professionnelle et vie de famille. Pour elle, le plus important est la qualité du temps passé avec son mari et ses enfants. «C?est vrai que quand je rentre à la maison, ma priorité, c?est mes enfants, mais Anil et moi nous répartissons les tâches domestiques. Le gros problème qui perdure à Maurice et qui est au détriment des femmes, c?est le poids culturel. Il faut qu?il y ait une meilleure répartition des tâches dans le couple. Cela commence par le empowerment des filles mais aussi des garçons dans leurs cellules familiales respectives.»

Appelée à dire comment elle est perçue dans son milieu professionnel vu qu?elle est la fille de Jayen Cuttaree, un des dirigeants du Mouvement militant mauricien, parti de l?opposition, Lillka réplique qu?elle ne peut changer ses origines familiales. «J?ai choisi de rester dans le secteur public car j?ai une passion pour mon pays et je veux apporter une petite contribution à son développement économique. C?est cette logique qui m?anime. Je ne crois pas que cela passe seulement par la politique. Ils sont nombreux à contribuer au développement de leur pays à leur niveau et de façon anonyme. Cela dit, comme on est dans un pays démocratique, je ne peux empêcher quelques esprits chagrins et petits d?être intolérants. Je leur reconnais la liberté d?expression et de pensée. Mais dans ma relation avec mes collègues et autres partenaires du BOI, je crois être appréciée pour mes compétences. à la fin de la journée, nous sommes tous des professionnels». C?est ce qu?on appelle avoir du répondant?

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