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Lieux de citoyenneté

9 octobre 2004, 20:00

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Sur le front du développement, l?heure doit être au volontarisme afin de trouver des solutions concrètes. Il ne faut pas attendre les politiques pour prendre des initiatives. Une de celles-ci ? la déclinaison de la Corporate Social Responsibility ? constitue l?un des niveaux privilégiés du modèle de développement intégré que nous avons évoqué ici même.

Le monde des entreprises doit relever le défi de la bonne gouvernance, avec la Corporate Social Responsibility occupant une place centrale. Toutefois, sachant que le mieux est trop souvent l?ennemi du bien, il faut veiller à ce que le principe de « conformance » aux normes de la bonne gouvernance ne se fasse pas au détriment de l?impératif de la performance par laquelle passe la pérennité de toute entreprise.

L?enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Une adhésion « pour être à la mode » de la bonne gouvernance peut nous y conduire. Ici comme ailleurs, il s?agit d?articuler le niveau des principes et celui des réalités. En somme, il ne faut pas perdre de vue les données et paramètres de base tels que la pro-activité, le juste à temps, la flexibilité qu?imposent les différents environnements dans lesquels évoluent les entreprises. Une conception technobureaucratique avec son overdose d?administration est mortelle, tant pour l?esprit que pour le goût d?entreprendre.

À travers le monde, la conception de l?entreprise ? son rôle, sa finalité et sa responsabilité ? continue de connaître une évolution significative. Le temps où elle avait comme seule et unique finalité le profit pour rémunérer les actionnaires est en train d?être révolu. À Maurice, certaines entreprises ont déjà fait leur la conception qui repose sur la recherche d?équilibre entre les trois partenaires que sont les actionnaires, les clients et les employés. Le partage équitable sous forme de dividendes pour les actionnaires, de prestations et services avec un bon rapport qualité-prix pour les clients et de systèmes de rémunération du personnel récompensant l?effort et le mérite relève d?une philosophie humaniste et réaliste de l?entreprise.

À Maurice, il existe quelques entreprises qui ont choisi d?aller plus loin en explorant la voie de la conception élargie de la responsabilité sociale, une conception qui intègre la participation de nouveaux « stakeholders ». Dans cette nouvelle conception, l?entreprise, en sus de créer des richesses et des emplois, s?évertue à être un partenaire du développement global en accord avec les principes de l?entreprise citoyenne. Concrètement, elle soutient des initiatives et projets allant dans le sens d?une meilleure intégration en leur apportant des moyens financiers, un savoir-faire et des ressources humaines à travers un personnel sensibilisé à des causes et ayant un sens de l?engagement social.

Beaucoup d?entreprises mauriciennes font du « social », qui en réalité est un mix de Public Relations, de mécénat et de sponsoring. Mais elles sont rares celles qui ont mené une réflexion sérieuse sur cette dimension de l?entreprise. Les raisons à cela sont multiples : prééminence du bilan financier, absence de compétences internes, absence de thinking global et stratégique réel. Il est pour dire le moins révélateur que la réflexion étalée sur toute une année sur l?apport du secteur privé au community developpement qu?a faite la JEC en 2002-2003 est restée lettre morte. C?est dommage, car des idées et propositions valables avaient été émises. Mais il n?est jamais pas trop tard pour bien faire.

Malgré tout, le concept d?entreprise citoyenne est en train de frayer son chemin. Certains ont mis en place des schemes spécialisés, d?autres des entités distinctes. Le pays sera définitivement gagnant si d?autres emboîtent genuinely le pas. Dans l?hypothèse qu?une entreprise décide d?allouer 1 % des profits à son budget social, la MCB par exemple, avec ses Rs 2 milliards de profits, y investirait Rs 20 millions. Si ce même principe est appliqué à la SBM, à MT, à Air Mauritius et aux autres grosses entreprises ou groupes d?entreprises, des dizaines de millions de roupies pourraient être dégagées pour soutenir des initiatives et projets visant l?intégration socio-économique. Il importerait aussi de réfléchir à comment fédérer ces ressources en vue de leur exploitation optimale au niveau local, régional et national, et selon le mode du partenariat avec l?État, les collectivités locales et les ONG.

L?application du concept d?entreprise citoyenne recèle un réel potentiel car elle peut faire de l?entreprise un lieu de citoyenneté. Pour cela, il faudrait que tous les dirigeants d?entreprises s?engagent résolument dans cette voie, mettant ainsi fin soit à l?indifférence, soit à un lip-service approach. Ici comme ailleurs, il faut être proactif et ambitieux et non être réduits à obéir aux marching orders des politiques. Ce n?est qu?à cette condition que les entreprises pourront insister pour que l?État et la société civile jouent aussi leur partition en évitant la facilité de « passe boule ».

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