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Libération idéologique
Le ministre des Finances ne peut pas gagner sur tous les tableaux demain. Pour boucler son budget, il lui a fallu à la fois jouer sur des symboles, faire de la politique et (re)construire l?économie. Certaines décisions vont fâcher, d?autres feront plaisir. Quels que soient ses dons de funambule, l?exercice va forcément occasionner quelques chutes pour lui. En revanche, pour le progrès du pays, l?objectif sera atteint si les exigences économiques l?emportent toujours sur les autres considérations.
Déjà, on peut se réjouir d?un retour à la raison des dirigeants après les dérives populistes du début de mandat. La folie du transport gratuit, la stupide décision de revenir sur le ciblage des pensions et le rêve fou de Rajesh Jeetah de fausser le marché ont constitué les faux pas d?un Parti travailliste encore enivré par son retour au pouvoir. Depuis, les choses se sont calmées. Avec courage, le Premier ministre a annoncé la dissolution de la DWC, un organisme parapublic qui incarnait le gaspillage. Le ministre des Finances a organisé la fin d?un système anachronique de négociations tripartites, puis il a annoncé l?assouplissement des lois du travail. On voit bien que la fantaisie des cent jours censés changer la vie des Mauriciens appartient au passé. Navin Ramgoolam applique maintenant son plan B.
Le pays a besoin d?une réforme de ses structures qui lui permettraient d?attirer de nouveau les investisseurs. Les tares du système sont connues : lenteur à traiter les projets qui sont présentés au Board of Investment, taxes non conformes au libre-échangisme, difficulté à libéraliser le secteur des services, une fonction publique cherchant toujours à mettre des bâtons dans les roues de la libre entreprise, etc. Il faut instaurer un climat d?affaires plus incitatif.
Si l'on veut sortir Maurice de l'ornière dans laquelle elle s'est enfoncée, il faudrait aussi revoir les fondements de notre Etat-providence devenu complètement obsolète. En sus de l?aberrante pension universelle, il y a les subsides sur le riz et la farine. Lors d?un précédent passage au ministère des Finances, l?économiste Rama Sithanen a essayé de corriger cette anomalie mais il s?est rétracté sous la pression des travaillistes. Redevenus raisonnables, les mêmes travaillistes pourraient le soutenir sur cette question.
La libération idéologique du PTr n?entraîne pas forcément un reniement des principes d?équité qu?il a historiquement défendus. Ainsi, il y a des mesures de justice sociale que l?on attend également de ceux qui dans l?opposition scandaient le slogan de ?bef travay, souval manze?. Par exemple, il faut mettre fin au scandale qui permet à des rentiers de vivre grassement d?un bail locatif portant sur des terres du littoral. L?Etat leur octroie ce bien pour quatre sous alors qu?une vente aux enchères de ces terres accroîtra considérablement les revenus publics.
De plus, pour emporter l?adhésion du plus grand nombre à ce qui est annoncé comme un budget de rigueur, le ministre des Finances a intérêt à éviter les querelles politiciennes. Ses dernières sorties contre les ?squelettes dans le placard? ne sont pas sérieuses. En particulier, les critiques contre les pertes accumulées du BPML sont injustifiées car les investissements dans le secteur des Tic ne pouvaient évidemment pas être rentabilisés sur le court terme.
Le budget est un exercice de corde raide. Pour réussir, il faut oser s?attaquer aux vaches sacrées tout en évitant de gaspiller des cartouches contre des boucs émissaires.
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