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Liberté de penser

11 octobre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L'assassinat par balle, samedi dernier, de la journaliste russe Anna Politkovskaïa a choqué tous les défenseurs des libertés fondamentales. Pour beaucoup, ce crime est de nature politique et visait à éliminer une voix qui dérangeait le président Vladimir Poutine. Le meurtre de cette journaliste vient rappeler au monde entier les horreurs auxquelles peuvent aboutir les atteintes à la liberté de la presse.

En général, les dirigeants autoritaires n?aiment pas la presse indépendante et ne respectent pas la liberté d'expression. Ils commencent par critiquer, puis ils enlèvent, jettent en prison, torturent, et finissent par éliminer physiquement ceux qui les gênent. Pour y arriver, ils comptent sur la complicité involontaire de l?opinion publique et des ONG qui ferment les yeux sur les premiers signes de dérive.

Notre région n?est pas à l?abri de ce fascisme rampant. Aux Seychelles, le 3 octobre dernier, lors d'une manifestation en faveur de la libéralisation de l'audiovisuel, des policiers ont violemment frappé des membres de l'opposition et des journalistes. Roger Mancienne, rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'opposition ?Regar?, a été arrêté, et Jean-François Ferrari, directeur de publication du même journal, a été blessé. En décembre dernier, l'imprimerie de ?Regar? avait été victime d'un incendie criminel resté impuni à ce jour.

Au début, personne aux Seychelles n?imaginait l?ampleur qu?allait prendre la répression contre la presse. L?on s?était accommodé trop facilement d?une législation sur les délits de diffamation et de publication de fausses nouvelles même si elle avait été qualifiée de ?draconienne? par l?ONG Reporters Sans Frontières.

A Madagascar, il n?y a pas de mainmise gouvernementale sur les médias mais les inquiétudes sur la liberté de la presse n?en sont pas moins vives. Pas plus tard que hier soir, un journaliste du groupe ?Midi Madagascar? a été arrêté alors qu?il couvrait une manifestation pacifique du parti de l?opposition à Tamatave.

Au Botswana, un haut responsable du gouvernement a ordonné lundi aux médias publics de s?abstenir de publier des informations négatives. L'organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans Frontières a réagi en dénonçant son comportement ?archaïque et aventureux?.

Au Zimbabwe, la répression continue, bien entendu. Les gorilles de Robert Mugabe ont saisi la semaine dernière des exemplaires du journal ?The Zimbabwean? qui avait publié un article dénonçant des cas de corruption au sein de la police. Le gouvernement a un allié inconditionnel en Tafataona Mahoso, président de l?infâme Media Commission de ce pays.

En Afrique, si on les laisse faire, les prédateurs de la liberté de la presse ont recours à des méthodes de plus en plus expéditives. Un journaliste mauritanien, Khalil Ould Jdoud, avait proposé à une personnalité frustrée par un de ses articles d?exercer un droit de réponse. ?On ne va pas faire de démenti, on va te tuer?, répliqua la personnalité. Quelques jours plus tard, une dizaine d?hommes armés ont fait irruption dans les locaux de son journal à Nouakchott. Le journaliste était absent à ce moment-là.

Tous ces dirigeants qui pensent qu?ils peuvent impunément s?en prendre à la liberté de la presse seront sans doute interpellés par l?émotion et l?indignation que soulève la mort de la journaliste Anna Politkovskaïa. Les autocrates peuvent arracher des plumes et des micros mais ne pourront pas accaparer les esprits libres.

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