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Liberté de la presse
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Ce 3 mai, à travers le monde, est célébrée la Journée mondiale de la liberté de la presse. Là où certains ont beaucoup à se plaindre, Maurice peut s?enorgueillir d?une presse relativement libre et indépendante. En effet, les titres abondent pour une petite île. Hormis les organes partisans et les quelques titres à coloration politique, la presse mauricienne se signale par son souci d?objectivité et sa recherche de professionnalisme. C?est ce qui explique que, malgré les contraintes financières et la multiplication des relais électroniques, les lecteurs ont toujours foi en la presse, surtout celle qui, inlassablement, s?échine à préserver son autonomie.
Certes le paysage médiatique n?est pas tout rose. Il y existe encore des carences à surmonter. Mais l?exigence professionnelle est perceptible. Tout comme la volonté d?une rigueur qui ne cède pas facilement au sensationnalisme. Les contempteurs de la presse pourraient encore montrer du doigt la propension au sang et au sexe à laquelle succombent certains titres. Ils n?auraient pas tort. Cependant, lorsqu?il y a une demande, l?offre suivra automatiquement. Dans le même souffle, il faut se réjouir que les velléités voyeuristes ne franchissent pas les limites de la vie privée des gens. La tentation pourrait exister. Toutefois la transgression n?est pas patente.
Aujourd?hui, c?est au plan d?une modernisation des structures et de la quête obsessionnelle du professionnalisme que se situent les défis pour la presse mauricienne. Son histoire est riche. Son avenir est prometteur en dépit des difficultés. Car elle inspire confiance et participe pleinement aux débats nationaux. Avec l?affaiblissement des contre-pouvoirs, comme le syndicalisme, la récupération politique dans laquelle se complaisent les associations socio-religieuses et le peu d?ancrage dans le monde moderne des relais associatifs, la presse indépendante remplit un grand vide. Elle parvient à fournir à ses lecteurs les outils et les grilles qui leur permettent de lire adéquatement le monde.
C?est en cela aussi qu?elle gêne les politiques. Ceux-ci sont souvent coupables de tentations liberticides, échafaudant continuellement des plans de régulation et de féodalisation. Le délire obsidional amène souvent les gouvernants, quels qu?ils soient, à élaborer des stratégies de musellement de la presse indépendante, auxquelles n?échappent pas désormais les radios privées. Certaines des critiques de ces gouvernants ne sont pas dépourvues de sens. Mais c?est l?arbitraire de leurs jugements de valeur qui ne tient pas. Ils sont d?autant plus critiquables qu?ils ne s?épargnent aucun effort pour verrouiller l?information. La presse qui fait la différence entre la parole de propagande et l?information subit dès lors l?opprobre. Ce qui n?est nullement étonnant.
Il fallait, en effet, s?y attendre. Lorsqu?on prend des risques dans l?exercice de sa profession, comme le fait l?express en proposant des estimations de foules aux meetings, on ouvre la porte à toutes sortes de critiques. C?est une manière pour nous de participer aux efforts d?autonomisation de la population, comme l?indique l?Organisation des Nations unies pour l?éducation, la science et la culture (UNESCO) dans ses objectifs pour cette Journée mondiale de la liberté de la presse 2008. C?est en fournissant aux lecteurs de telles informations qu?on les équipe pour mieux affiner leurs réflexions et mieux saisir les enjeux. Dans le même ordre d?idées, il est bon de rappeler que ce n?est pas tant la densité d?une foule qui est importante que sa composition en termes de genres, de tranches d?âge et d?ethnies.
En fin de compte que ce soit le MMM, le MSM ou le PTr qui ait réuni la plus grosse foule, cela ne nous importe que dans la mesure où cela aide à mieux comprendre les rapports des forces et les configurations qui se mettent en place. Notre agenda s?arrête là ! Le plus important est de travailler à une responsabilisation de la classe politique, déjouer ses opérations de manipulation de l?opinion publique et son ?uvre monumentale d?infantilisation des électeurs.
Lorsque de telles missions agacent les politiques, il faut s?en réjouir. La parole de la presse indépendante provoquera toujours des électricités contraires à la parole politique. Car à la parole de séduction, elle oppose la parole des faits.
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