Publicité
L?homme qui humilia Hitler
La légende raconte qu?il a fait fuir Adolf Hitler à Berlin lors des Jeux olympiques de 1936. Le chef nazi voulait prouver au monde que la race aryenne était supérieure mais lui, l?Afro-Américain de 23 ans, allait le défier sur son propre terrain en battant l?un de ses protégés, Luz Long, au saut en longueur afin de remporter la troisième des quatre médailles d?or.
Avec une première place au 100m, 200m, saut en longueur et au relais 4x100m, l?Américain est le premier athlète à avoir remporté quatre médailles d?or aux Jeux olympiques.
Cette performance l?élève au statut de héros sportif. Mais son talent va au-delà de cette Olympiade. Jesse Owens est le premier sauteur en longueur à avoir franchi la barre des huit mètres. Ce fut le 25 mai 1935 à Ann Arbor lors de la traditionnelle Big Ten : 8,13m, un record du monde. « J?avais déposé à 7,98 mètres de la planche, un petit morceau de papier sur lequel j?avais placé un caillou. Je ne cache pas que le record du monde était mon objectif. Je le sentais à ma portée. Quand je pris mon appel, je compris immédiatement que j?allais très loin. Les exclamations de mes coéquipiers m?indiquèrent que je venais de réussir quelque chose d?important », confie-t-il. Ce record durera un quart de siècle jusqu?au saut de 8,21m de Ralph Boston en 1960.
Mais le record de la longueur n?est pas la seule chose importante qu?il réalisa cette année-là. Il égala le record du 100m et améliora les records du monde du 200m et du 200m haies. Ces quatre performances, il les réalisa en seulement 70 minutes, en dépit d?une douleur dorsale. Et c?est après ce petit exploit qu?il s?envola pour Berlin où il écrivit une nouvelle page du sport mondial.
Après cette étape, il retourna aux États-Unis et New York lui fit un accueil triomphal sur Broadway, noyée sous une pluie de confettis.
Néanmoins, pour des raisons financières, car sa famille connaissait toujours des difficultés malgré ses succès, il passa professionnel au printemps 1937 et le demeura jusqu?en 1948. Il participa à diverses courses d?exibition, et à une tournée de démonstration en compagnie des célèbres basketteurs américains, les Harlem Globe Trotters.
James Cleveland Owens est le septième enfant de Henry et Emma Owens. Jusqu?à l?âge de sept ans, lui et sa famille vivaient dans le Sud profond des États-Unis jusqu?à ce qu?en 1920, son père décida d?émigrer dans un autre État afin de trouver un meilleur travail. Le père Owens se fixa dans l?Ohio.
Lors de son arrivée à Cleveland, le petit James Cleveland fut inscrit dans une école publique, et, lorsque l?institutrice lui demanda son prénom, il répond « JC », mais cette dernière comprend « Jesse », et c?est comme cela qu?il sera appelé tout le reste de sa vie.
<B>DISCRIMINATION RACIALE</B>
Sa carrière démarra au lycée. Lors d?une séance de sport, un coach remarqua son talent sur une course de 55 mètres et lui demanda d?être membre de l?équipe d?athlétisme du lycée. Jesse devint une star dans sa catégorie d?âge, réalisa plusieurs performances de choix sur 91 mètres, 200 mètres et en saut en longueur. Grâce à son talent, l?équipe de son lycée remporta la victoire lors des compétitions interscolaires en 1933.
Plusieurs universités prestigieuses cherchèrent alors à le recruter dans leur équipe d?athlétisme. Il choisit la Ohio State University parce que les programmes lui permirent d?être aussi pompiste, bagagiste ou garçon de piscine après ses heures de cours et d?entraînement.
Néanmoins, son talent et son dévouement ne l?épargnèrent pas de la discrimination raciale. Durant la ségrégation raciale, Jesse vit quelques expériences difficiles. Quand il voyageait avec l?équipe, il mangeait ou dormait dans des restaurants où des hôtels « pour noirs seulement ». Parfois, certains hôtels pour « blancs seulement » acceptaient des sportifs « de couleur », mais ceux-ci devaient passer par la porte de derrière et utiliser les escaliers au lieu de prendre l?ascenseur.
Malgré cela, il voulait rester fidèle à ses convictions et il resta favorable aux bonnes relations consensuelles entre noirs et blancs. C?est la raison pour laquelle, il avait critiqué Tommy Smith et John Carlos qui avaient brandi leurs poings pour effectuer le salut du Black Power sur le podium lors des Jeux olympiques de Mexico en 1968 : « Le poing ganté levé est un symbole vide. Quand vous l?ouvrez, vous n?avez rien d?autre que des doigts, faibles et vides. Le seul moment où le poing noir a une signification c?est quand il contient de l?argent. C?est là que réside le pouvoir. »
En 1976, il reçut une des plus grandes récompenses qu?un Américain puisse recevoir. Le président Gerald R. Ford lui remit la Médaille de la Liberté. Jesse avait vaincu la ségrégation et le racisme pour prouver au monde que les Afro-Américains appartenaient à part entière au monde de l?athlétisme.
Ce géant de l?athlétisme s?en est allé le 31 mars 1980 à l?âge de 66 ans à Tucson des suites d?un cancer. Il ne sera jamais oublié. Le film Jesse Owen avait même été réalisé en 1984 afin de retracer le parcours exceptionnel de cet athlète immortel.
Publicité
Publicité
Les plus récents