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L?hommage de G.A Decotter à Jean Urruty

29 janvier 2008, 00:00

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La disparition, le 11 janvier 1983, de Jean Urruty, l?historiographe de la poésie mauricienne, pour reprendre l?heureuse expression de Clément Charoux, émeut grandement un autre historiographe inspiré, Georges André Decotter. Il saisit sa plume et confie au papier, à l?intention de ses nombreux lecteurs de l?express, ses souvenirs personnels de son confrère au sein du Cercle littéraire de Port-Louis et du comité de rédaction de L?Essor.

Il rappelle pour commencer une confidence publique de Jean Urruty. Celui-ci évoque, lors d?une conférence sur Jean Blaize, son admission au Cercle littéraire. Il se réjouit que par un heureux concours de circonstance, il échappe au traditionnel discours de réception, imposé aux recrues. Il se contente de répondre malhabilement aux souhaits de bienvenue du président. Il est reconnaissant aux anciens de ne pas lui en avoir voulu de cette entorse aux traditions littéraires. Il lui reste toutefois le sentiment d?être un intrus au sein de cette pléiade de poètes, de romanciers, d?hommes de lettres. La honte et la confusion, qui s?emparent alors de lui, sont d?autant plus grandes qu?il se veut « traditionalistes à tous crins ». Le remords lui travaille l?esprit. Il songe à quelques hauts faits littéraires, pouvant combler ce manquement et lui accorder pleinement le droit de cité, au sein du Cercle littéraire de Port-Louis.

On reconnaît là toute la modestie d?un Jean Urruty, dont l??uvre perdure, heureusement, alors que tant de discours grandiloquents sont oubliés à jamais.

Georges André Decotter situe l?entrée d?Urruty au Cercle littéraire, en 1940. Il confirme qu?il ne tarde pas à acquérir pleinement le droit de cité auquel il aspire de toutes ses forces. Son enthousiasme et sa bonne volonté ne tardent guère à le qualifier au renforcement de l?équipe de rédaction de L?Essor, l?organe du Cercle littéraire. On trouve trace de sa participation à ce comité de rédaction, à partir de mars-avril 1941. Auparavant, il participe au banquet offert au R.P. Roger Dussercle, le jeudi 10 décembre 1940, pour saluer son élection comme membre honoraire du Cercle. Il en devient membre du comité exécutif, le 28 février 1942.

En janvier 1943, Jean Urruty fait paraître, dans L?Essor, le texte de sa conférence du 29 décembre 1942 sur Jean Blaize, écrivain français, né au Port Louis, à l?angle des rues Madame et La Brillane, le 24 octobre 1860, mais ayant quitté son île natale, à l?âge de 18 mois. Le père de l?écrivain, Auguste Blaize, est un courtier maritime, originaire d?une famille malouine. Blaize, père, est des intimes de Rémy Ollier. Il fait partie de la Société d?Emulation, fondée par Evenor Hitié, en 1839. Il est l?auteur de plusieurs contes et nouvelles dont fait état Edgar Janson. La fortune lui souriant, il regagne la France en 1862, s?installe à Marseille et meurt en 1891, ayant eu la joie de connaître les premiers succès littéraires de son fils. Jean Urruty se plaît à relever que bien qu?ayant quitté Maurice, à l?âge de 18 mois. Jean Blaize demeure attaché à son île natale, à l?instar d?un Paul Jean Toulet, qui a sur lui l?avantage d?être retourné à Maurice dans sa jeunesse. Il est des Mauriciens qui célèbrent à Paris, en octobre 1910, le centenaire de la victoire navale napoléonienne du Grand-Port. A la mort de Léoville L?Homme, il envoie à sa veuve « un peu de sol gaullois », envoi qui donne lieu à une émouvante manifestation au cimetière de l?Ouest. En 1913, il est de ceux qui célèbrent le centenaire de la naissance de Félicien Mallefille. A Versaille, il fréquente assidûment le peintre mauricien Henri Le Sidaner, qui meurt quelque temps après lui (10 mars 1937).

Avant sa causerie sur Jean Blaize, Urruty confie, à L?Essor, une série d?articles sur la poésie franco-canadienne. Il s?intéresse de près également à la poésie haïtienne et réunionnaise. Dès ses années Cercle littéraire, il songe à une nouvelle anthologie de la poésie mauricienne. Decotter se souvient avec émotion les années 1950 passées, avec l?aide précieuse de Jean Urruty, à maintenir en vie le Cercle littéraire et L?Essor.

Il conserve d?Urruty le souvenir d?un rêveur, « semblant vivre dans un monde qui n?est pas le sien ». La poésie y tient lieu de culte. Un culte dont il est le fidèle et dévoué servant plutôt qu?un officiant. Decotter confie qu?il s?enfermait volontiers dans son monde intérieur, ce qui lui vaut de nombreux moments de distraction, suivis d?excuses les plus plates et les plus humbles. Il conclut qu?avec Jean Laurent Urruty disparaît l?homme ayant su donner à la poésie mauricienne la place éminente qui lui revient de droit. Cela lui donne un droit de cité éternel dans notre panthéon littéraire.

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