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L?histoire s?écrit devant Ramgoolam
«This night could not have happened 40 years ago - or even 4 years ago (?) You believed, against the odds, that change was possible. I felt your passion here tonight, and I know it was shared by millions of Americans who are building this movement all across the country. The general election is going to be faster and tougher than anything we?ve faced so far. And our opponents will do everything they can to tear us down? » Ces mots, jubilatoires mais prudents, sont ceux de Barack Obama, adressés, dans un e-mail à ses supporters, tout juste après son discours d?acceptation comme candidat démocrate aux présidentielles US, jeudi dernier, dans l?Etat du Colorado, aux Etats-Unis.
Tout au long de cette semaine, à la convention démocrate de Denver, des hommes et des femmes, de tous les horizons, ont pleuré, chanté et dansé de joie. Des orateurs hors pair, comme Al Gore et Ted Kennedy, ont sorti leur meilleur discours de circonstance. Une centaine de milliers de personnes sont venues écouter et voir Barack Obama, qui a bouclé une longue marche historique, en arrachant l?investiture démocrate des mains expertes de la famille Clinton ? qui a finalement concédé que la masse populaire était derrière Barack Obama. « He is on the right side of history », a admis Bill Clinton, sous les acclamations de son épouse Hillary, écartée au profit de Joe Biden, dont la solide expérience au Sénat, comme président de la Commission des Affaires étrangères, a mis fin aux interminables polémiques intra-démocrates, entretenues à la fois par les déçus du camp Clinton et les Républicains.
Oui, à plus d?un égard, le moment était « historique » (on a tendance à galvauder ce terme avec la candidature d?Obama) et c?est pourquoi, qu?on soit démocrate, républicain, indépendant, ou simple spectateur, le fait de voir Barack Obama, ce jeudi soir, décrocher le prestigieux ticket de la famille démocrate était l?un de ces moments forts de la politique internationale. Bien évidemment il y avait la dimension-spectacle, à l?américaine : le discours d?Obama qui coïncide avec le 45e anniversaire du fameux discours de Martin Luther King sur son vieux rêve d?une Amérique post-raciale. Le choix de Biden entériné, entre autres, par la fille de John Fitzgerald Kennedy.
Dans la foule, quelque part au pied des « Rocky Mountains », se trouvait le Premier ministre mauricien. Si sur le plan protocolaire, en tant que chef du gouvernement mauricien, on peut questionner le choix (imprudent ?) de Navin Ramgoolam d?avoir choisi le camp démocrate alors que la bataille présidentielle fait rage, sur le plan historique, en revanche, on ne peut pas lui reprocher de vouloir voir l?histoire contemporaine mondiale s?écrire devant lui. Surtout connaissant sa passion pour l?histoire et la politique.
Ce jeudi, 28 août, Ramgoolam n?a peut-être pas entendu Obama parler de « rêve », mais il était manifeste que le métis de l?Illinois était en train de l?accomplir en allant frapper aux portes de la Maison-Blanche, portée par une impressionnante marée humaine.
Ce changement dans la manière dont les Américains se voient eux-mêmes est impressionnant. Aujourd?hui, même s?il passe ou pas le 4 novembre face à John Mc Cain, Obama vient de démontrer que « la race n?est plus l?axe de lecture principal de compréhension du monde ». Comme l?a si bien résumé Peter Groff, président du Sénat dans le Colorado. « Si certains pensent que ce n?est pas historique, alors c?est clair qu?ils n?ont jamais essayé d?entrer dans la peau d?un noir des Etats-Unis d?hier ! » Sur ce plan, la nomination d?Obama traduit une sorte de réconciliation des Noirs avec l?histoire du pays elle-même.
De retour à Maurice, Ramgoolam aura la chance de propager ce courant post-racial. S?il s?est laissé influencer par les exigences ? désuètes ? ? de notre société multiraciale, en nommant deux vice-Premiers ministres de trop et ce, en faisant fi des directives de la Constitution, le Premier ministre a l?opportunité de faire moins communal avec la nomination du prochain président de la République.
Si le choix de la personne qui va succéder à sir Anerood Jugnauth obéit strictement à des impératifs politiques, ou à des critères ethniques, alors tout ce qu?il a vu à Denver n?aura servi à rien. En revanche, s?il opte pour une personne qui ne représente pas une communauté, mais indistinctement l?ensemble du pays, alors il redonnera, à la politique locale, ses lettres de noblesse. La méritocratie, souvent sacrifiée au profit du clientélisme politique, retrouvera sa place au sein de notre démocratie ? que Ramgoolam a décrite, avec fierté, lors de ses dîners dans le Colorado. Il a vu l?histoire s?écrire devant lui, va-t-il, à son tour, écrire l?histoire en brisant les tabous de chez nous ?
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