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L?histoire d?une traque

14 septembre 2008, 00:00

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Plus d?un mois maintenant qu?ils ont toutes les polices du pays sur le dos. Un mois aussi que les frères Bhoyroo, Yannick (24 ans) et Diop (26 ans), parviennent à passer entre les mailles du filet. Incapable de mettre fin à la cavale de ces nouveaux ennemis publics numéro un, la force policière a décidé de s?adjoindre l?aide de la population en offrant une récompense de Rs 200 000 pour toute information menant à leur arrestation. Pas sûr que cette méthode fonctionne.

Recherchés depuis le 31 juillet dernier, les « jumeaux » sont soupçonnés d?avoir séquestré et assassiné l?un de leurs cousins, Judex Bhoyroo, le 30 juin 2006, sur la ferme de leur père. La victime, âgée de 16 ans, a été torturée, immolée et enterrée pour s?être approchée d?un peu trop près de l?une des s?urs des jumeaux. Ses restes ont été retrouvés début août par la Major Crime Investigation Team (MCIT) sur une ferme.

Depuis, les auteurs présumés de ce meurtre demeurent introuvables, du moins sur nos routes. Car il semblerait que Diop, l?un des jumeaux, aurait pointé le bout de son nez le 20 août dernier sur le site communautaire Facebook. Cet inconditionnel d?Internet, aurait effectivement trouvé le moyen d?avoir accès à un ordinateur pour surfer durant environ une heure et même dialoguer avec quelques-uns de ses contacts sur le Net.

Une information qui laisse perplexes les enquêteurs qui entendent vérifier la véracité de ce nouvel élément. « Nous sommes conscients qu?ils bénéficient d?un important soutien auprès de certains de leurs complices. Il ne serait pas impossible qu?ils communiquent par e-mail », laisse entendre un enquêteur de la MCIT, proche de l?affaire. De fait, l?aide de l?IT Unit de la police a été sollicitée. Ils s?attelleraient à identifier l?ordinateur duquel s?est connecté le suspect.

Les policiers n?avaient jusqu?alors pas envisagé que la traque pourrait aussi avoir lieu sur la toile. Mais ces derniers sont persuadés qu?ils mettront « très bientôt » la main sur ces deux chefs de gang, réputés pour leur brutalité (voir hors-texte).

Impliqués dans des trafics et des délits en tous genres, les jumeaux Bhoyroo ont plus d?une fois eu maille à partir avec la police. Si bien que celle-ci connaît tous les membres du gang et exerce autour d?eux une étroite surveillance. « Il se pourrait bien que l?un d?entre eux tente de rentrer en contact avec les suspects ou du moins de leur apporter de l?aide. Nous n?avons voulu prendre aucun risque », explique-t-on du côté des Casernes centrales.

En planque 24 heures sur 24

C?est pourquoi des unités de police ont été postées dans plusieurs régions des Plaines-Wilhems ? Cité-Barkly, Cité-Beau-Séjour, Cité-Mal-Nourri et Cité- Corps-de-Garde, entre autres ? pour surveiller les déplacements de ceux susceptibles d?être en contact avec les fugitifs. Certains resteraient en planque vingt-quatre heures sur vingt-quatre. « Cela fait plus de deux jours que je n?ai pas vu mon épouse et mes enfants », confie un enquêteur, sur la brèche. Et d?ajouter : «L es retrouver prend certes beaucoup de temps mais à chaque jour qui passe, les mailles du filet se resserrent. »

Et depuis quelques jours, les policiers tournent leur regard vers la région de Moka, où l?un des fugitifs aurait été aperçu. Ce dernier circulait, selon certains témoignages, à bord d?une voiture conduite par un autre individu. Aussitôt alertées, des patrouilles de police se seraient dirigées vers le lieu indiqué par des témoins, mais sans aucun résultat.

Et un enquêteur d?ajouter : « Nous avons concentré nos recherches dans la zone, mais cela n?a toujours rien donné. » Selon les informations dont disposerait la police, les frères pourraient avoir trouvé refuge séparément et changeraient de cachette tous les deux jours.

À Camp-Levieux, il ne se passe pas une journée sans que les proches des fugitifs ne reçoivent la visite de policiers venus s?assurer que les jumeaux Bhoyroo ne sont pas rentrés au bercail. « Ils effectuent des perquisitions plusieurs fois par semaine et ne cessent d?interroger tout le monde », fait ressortir un habitant de la localité, qui réside non loin de la famille Bhoyroo. Et d?ajouter : « Les policiers croient voir Yannick et Diop partout. Cela frise parfois le ridicule. »

De son côté, le père des fugitifs, José Bhoyroo, 58 ans, a lancé un appel à ses fils pour qu?ils se rendent à la police dans les plus brefs délais. « Il souffre beaucoup de cette situation. Les enquêteurs le harcèlent sans cesse pour savoir où se trouvent ses fils », explique un membre de la famille. Le quinquagénaire a même été arrêté lundi sous une accusation provisoire de complicité. Cela lui a valu de passer quatre jours derrière les barreaux.

Les perquisitions effectuées à son domicile n?ont pas pour autant cessé. Excédé, José Bhoyroo a renoncé à mettre de l?ordre chez lui après le passage de la police.

Par ailleurs, la « trop longue » cavale des frères Bhoyroo met les Casernes centrales mal à l?aise. Le commissaire de police, Dhun Iswar Rampersad, a exigé de ses hommes que cette affaire soit réglée au plus vite. Une priorité donc pour l?homme fort de la police qui souhaite ainsi asseoir son autorité.

« C?est l?une des premières grosses affaires qu?il a eues à gérer depuis son entrée en fonction et il digère plutôt mal la tournure qu?ont pris les événements », confie un haut gradé de la police. Plus qu?un simple fait-divers, le cas Bhoyroo pourrait devenir une affaire d?État.

EN CHIFFRES

  1. C?est le nombre de policiers qui seraient affectés à la traque des jumeaux Bhoyroo. Si la plupart d?entre eux sont issus de la MCIT, d?autres venus de plusieurs unités leur prêtent main-forte quand cela s?avère nécessaire.

11 individus composeraient le noyau dur du gang des jumeaux. Tous ont été interrogés et placés sous étroite surveillance depuis la disparition de Yannick et de Diop Bhoyroo. Les enquêteurs n?excluent cependant pas la possibilité que d?autres complices apportent un soutien logistique aux deux frères.

10 perquisitions auraient été effectuées par la police dans la région de Cité-Barkly, où, pense-t-elle, les fugitifs auraient pu se réfugier.

  1. C?est le nombre de personnes qui ont été entendues par la police dans le cadre de la traque des fugitifs.

LES JUMEAUX CHEFS DE GANG

Les acolytes des frères Bhoyroo sont reconnaissables à leurs survêtements kaki, style militaire. Ils inspirent la crainte chez ceux qui ont un jour ou l?autre croisé leur chemin. Videurs la nuit, ils vivent, le jour, de trafics en tous genres quand ils ne règlent pas tout simplement leurs comptes avec des bandes rivales. C?est exactement ce qui s?est passé il y a un an, lorsque les habitants de Cité-Barkly ont été arrachés de leur sommeil par des coups de feu. Cette nuit-là, la clique de Yannick et Diop affrontait celle des Caroopen et des Jolicoeur.

Le gang des jumeaux ne fait pas dans la demi-mesure. Lorsqu?il a un compte à régler, cela finit immanquablement dans un bain de sang. D?ailleurs, Judex Bhoyroo, un cousin des frères, a payé de sa vie pour avoir approché d?un peu trop près la s?ur des jumeaux. Torturé et immolé, il a été enterré sur un terrain appartenant à la famille.

Plus récemment, les complices des frères Bhoyroo se sont illustrés lors d?une bagarre dans une boîte de nuit à Quatre-Bornes. Agacés par l?attitude de certains clients, ils ont sorti la grosse artillerie : sabre, gourdins et coups de poing américains. Autre victime du gang : Bernard Rebet, 37 ans. Les jumeaux lui reprochaient de les avoir balancés à la police. Résultat : bras et jambe fracturés, contusions et plusieurs points de suture résultant de coups de sabre.

Yannick et Diop le savent, ils peuvent compter sur leurs complices. Mécontents d?être, depuis un peu plus d?un mois maintenant, l?objet d?une attention particulière de la part des forces de l?ordre, Yannick et Diop ont chargé leurs complices de régler quelques comptes avec, notamment certains hommes politiques.

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