Publicité

L?histoire du Centre administratif de Curepipe

3 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Jeudi 30 septembre 1954 : le conseil urbain de Curepipe inaugure son nouveau centre administratif. Le nouvel immeuble se dresse à l?entrée de la large avenue Elizabeth-II que n?obstrue pas encore celui de la succursale locale de la State Bank. Celui-ci sera plus tard érigé sur l?emplacement occupé avant l?inauguration par le couvent de Bon Secours, aujourd?hui relogé à côté de l?école de la Confiance et de la Nouvelle Clinique Ferrière.

La perspective, s?étendant du parvis de l?église paroissiale Sainte-Thérèse jusqu?à l?aile ouest de l?Hôtel de Ville, comprend aussi une belle pelouse, mettant en valeur le gazon curepipien. Trop beau pour durer. L?espace, ainsi libéré et offert gratuitement aux coups d??il admiratifs, ne pouvait à la longue qu?attiser les convoitises. Mais pour l?instant, l?assistance particulièrement sélecte ne pense qu?à l?événement historique qui se prépare.

Raoul Lamalétie préside. Il souhaite, bien sûr, la bienvenue au gouverneur, Sir Robert Scott. Auparavant, il a reçu Messeigneurs Hughes Otter-Barry et Daniel Liston, le chef-juge et Lady Herchenroder, le maire de Port-Louis, Victor Ducasse, le secrétaire colonial, Robert Newton, le secrétaire financier, Hinchey, le consul de France et Mme Fernand Saugon (qui viennent d?arriver à Maurice pour remplacer Joseph Calabrèse), le Dr Seewoosagur Ramgoolam, Renganaden Seeneevassen, les anciens présidents curepipiens, Maurice P. Pitot, René Maigrot et Raoul Rivet, le président des villes-s?urs, Henri Latham-Koenig, celui de Quatre-Bornes, Roger Giraud, le procureur général Roger Espitalier-Noël, les docteurs France Rivalland, Dufourmentel, A.G. Jeetoo et Maurice Curé (eh ! oui vous avez bien lu?), Harold Glover, le magistrat Droopnath Ramphul, le surintendant de police Wright et les conseillers, Maurice Vigier de Latour, Clément Dalais, Ackbar Gujadhur et R. Lallah. Union Jack et bouquet de fleurs accueillent Lady Scott. La cérémonie inaugurale peut commencer.

Raoul Lamalétie rappelle, au bénéfice de l?assistance, les faits saillants de l?histoire de Curepipe et du projet de construction du centre administratif. Au commencement, un épais brouillard couvre en permanence ou presque les nombreux marécages Curepipiens et l?épaisse végétation s?étendant du Trou-aux-Cerfs Eau-Coulée où se trouve l?habitation de Jean François de Galaup de La Pérouse, à mi-chemin entre le port où il travaille et le Grand-Port où l?attend l?élue de son c?ur, Eléonore Broudou. Au milieu de l?humidité ambiante, la Mare-aux-Joncs, le futur centre-ville curepipien. ?Au fur et à mesure de la montée des citoyens vers les hauts plateaux, les forêts sont abattues, les marais comblés, les maisons élevées, la chapelle édifiée, les jardins créés, les routes tracées, l?hygiène appliquée. Ce développement de force et d?énergie modifie l?atmosphère. La nature change d?aspect. L?homme jouit de son ?uvre.? Ton Raoul passe curieusement sous silence l?apport, pourtant considérable, du chemin de fer qui ponctue régulièrement depuis 1864 les journées curepipiennes.

Les citadins ne tardent pas à souhaiter une direction urbaine. En 1889, le village de Curepipe est élevé au statut de ville. Le 28 mars 1890, le gouverneur Sir Charles Lees nomme un conseil urbain, composé des Drs T. Edwards et F. Antelme, de MM. Théodore Sauzier, Louis de Rochecouste et V. Lamarque et que préside Sir Virgile Naz. Le magistrat Avice met à la disposition des premiers conseillers sa salle d?audience (banc d?accusés compris). La première séance a lieu le 31 mars 1890. Deux mois après, le conseil loue l?immeuble de James de Chasteauneuf, occupé par la famille Levieux en 1954. Edgar Hughes, ingénieur de l?Ecole centrale, nommé architecte de la ville, prépare le premier plan d?urbanisme. Paul Le Juge de Segrais, directeur des Travaux publics, le seconde de son mieux. Les propriétaires aident dans la mesure du possible et ne rechignent guère à céder leurs perches et toises superflues à la nouvelle ville.

L?alimentation en eau est abondante. Nous sommes à Curepipe, ne l?oublions pas. Les Curepipiens sont fiers de leurs nombreux puits. Ils n?en croient pas leurs oreilles quand l?expert Osbert Chadwick les informe qu?il ne faut pas chercher plus loin la cause des nombreux cas de fièvre typhoïde. De gré ou de force, il leur procure l?eau plus potable de la Mare-aux-Vacoas qu?épure la nouvelle station de La Marie. Le Dr F. Antelme a précédemment soumis un plan pour faire monter à Curepipe l?eau de la Mare-aux-Vacoas?La Marie. Chadwick offre, en retour, aux Curepipiens un ?lac? dont ils seront très fiers avant assèchement et transformation en dépotoir sauvage. Glissons sur cette triste dégradation et réjouissons-nous d?une prochaine inauguration, celle d?une patinoire, devant donc intervenir un demi-siècle après celle du Centre administratif.

Admiration et gratitude

L?éclairage de la ville est initialement défectueux. Puis vient le General Electric Supply et la situation s?éclaire. Après la démolition du Casino, les Curepipiens réclament une salle de fêtes. Curepipe achète la Malmaison, la majestueuse demeure mokasienne d?Arthur Noël. Une année suffira aux ouvriers de l?époque pour démolir la Malmaison à Moka, transporter à Curepipe les matériaux de construction démantelés, les reconstruire à l?identique et livrer un nouvel hôtel de ville flambant neuf aux Curepipiens admiratifs.

Grande doit être la gratitude des Curepipiens à l?égard de leurs anciens dirigeants. ?Les devanciers ont bien mérité de la ville. Tout était à faire. Ils ont tout transformé et embelli. Bien des rues n?étaient que sentiers et, en 1954, elles résistent à la circulation intense. Ponts et ponceaux permettent de relier certaines voies. Les drains assainissent la ville. Les jardins publics, la bibliothèque Carnegie, la station des pompes, l?abattoir sont autant de réalisations à leur actif. Ils ont su faire face aux fléaux nommés peste, grippe espagnole et poliomyélite.?

Les Curepipiens ne tardent pas à vouloir élire leurs conseillers. Une première pétition en ce sens essuie un refus en 1924-25. Ils auront, en partie, satisfaction, en 1950, date des premières élections urbaines. Les problèmes vont croissant. Le gouvernement central empoche les taxes urbaines et les villes doivent assurer un entretien coûteux et ne rapportant pas de revenus.

Poliment pourtant, le gouverneur remercie et félicite les conseillers pour toutes leurs réalisations. Footing collectif de l?Hôtel de Ville au nouveau centre administratif que Scott déclare ouvert. Deux coups de ciseau. Sir Robert et Lady Scott, M. et Mme Raoul Lamalétie sont les premiers à pénétrer à l?intérieur du nouvel immeuble dûment inauguré. Il a été construit d?après les plans de Boullé, Lagesse, Schaub. Au rez-de-chaussée sont installés les bureaux de la Trésorerie, des travaux publics, des jardins et de la voirie. A l?étage, le gratin (salle du conseil, bureaux du président, du secrétaire, de l?assistant-secrétaire). Bureaux aérés, sobrement aménagés de meubles modernes en acier, commandés par la Maison Esclapon.

Ne quittons pas l?administration urbaine sans avoir signalé les 22 arpents que Beau-Bassin-Rose-Hill met en location à Vuillemin. Le théâtre municipal des villes-soeurs accueille, pour sa part, le chanteur Jean Planel qui interprète, en première partie, divers chants sacrés et profanes de Jean Sébastien Bach, Mozart, Haydn, Schubert, Mendelssohn, Levadé, Busser et Moussorgski. La seconde partie fait la part plus belle aux variétés avec L?âme des poètes de Charles Trénet, Gitanilla en espagnol, Vous pleurez en filant en basque, Magali en provençal, Santa Lucia lontana en italien, Souvenir tzigane en? français, tout comme Moulin Rouge de Georges Auric et les Petits chaussons de Charlie Chaplin. Georges André Decotter présente la tournée de la troupe Jean Jacques Daubin, dirigée par Claude Piéplu .

Les sportifs se préparent à assister aux rencontres de football qui opposeront l?équipe kenyane de la G.H.Q. East African Army Football Army Team et les équipes A et B de Maurice. Celles-ci seront respectivement composées de (i) Moossun, Elahee, J.E. Noël, Maroussem, Marc Gallet, Ph. de Robillard, Albert d?Unienville, Fr. de Robillard, Régis Jean, J.R. Desveaux et Jean Gallet, et (ii) Lamusse, Favory, Guého, Hugnin, Khedoo, Maurice de Robillard, B. de Robillard, Raman, Philippe, Pierrus et Robert Lagesse. Les Mauriciens refileront aux militaires anglais, combattant les Mau-Mau kenyans, la raclée que leur servit l?équipe professionnelle de Burnley en juin 1954. Le 7 octobre, l?équipe B l?emporte par 4 buts à 2. Le 10, l?équipe A met 9 buts à zéro aux Anglais. Ceux-ci se montreront plus résistants, le 14 octobre, car ils ne s?avoueront vaincus que par le score de 2 buts à 4.

La presse, d?il y a un demi-siècle, fait la part belle aux résultats scolaires de la GCE Avanced level. Ils font mention des succès de Madhukarlal Baguant (en mathématiques, mathématiques appliquées, physique et chimie), de May Célestin (mathématiques), de Berthe Dupavillon (histoire, latin, français), de Baboorun Jitsingh Goordyal (histoire et français), d?Aline Perdreau (histoire), de Félix Lebon (français) et de Mohamad Amode Hajee Dawjee Mamode Vayid (histoire et français).

Au niveau inférieur Ordinary level, on trouve les noms de Donald Ah-Chuen, Lall Jugnauth, Noël Cangy, Vijay Deelchand, Hossenjee Edoo, Marcel Joson, Daniel Percy Julien, Lindsay Lingaya, Noël Madeleine, James Harold Mayer, Clément Mootoo, Geejapersad Ramloll, Claude Roland Sauzier, Christian Sauzier, Azize Asgarally, Antoine Grenouille, Swalay Kasenally et Serge Salesse

Toutes les nouvelles ne sont pas aussi réjouissantes en cette fin de septembre 1954. Ainsi, c?est avec stupeur que les Mauriciens apprennent que M. William Robert Buchan, assistant-Receveur des douanes, est trouvé mort à l?aube du 23 septembre à l?entrée principale du cimetière de Phoenix. Il porte une blessure à la tempe. Près de lui, se trouve un revolver. On ignore tout de cet acte de désespoir. Il était très estimé à la douane. Il était arrivé à Maurice en juin 1954, venant de Rhodésie du Nord (aujourd?hui Zambie). Il était marié et père de deux enfants. Il a servi comme parachutiste pendant la Seconde Guerre mondiale. Il souffrait d?insomnie.

Publicité