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L?Europe soutient la pression américaine sur le Soudan

25 juillet 2004, 20:00

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Après les Etats-Unis, l?Union européenne a élevé la voix contre les autorités soudanaises pour les enjoindre de mettre un terme aux exactions au Darfour. Ceci alors que le Pape Jean-Paul II a interpellé la communauté internationale à faire pression dans ce sens.

Tandis que le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, exhortait Khartoum à désarmer au plus vite les milices arabes qui sévissent dans cette région de l?ouest soudanais, l?armée britannique se déclarait prête, le cas échéant, à mobiliser 5 000 hommes sur le terrain.

La France dépêchera pour sa part son ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, cette semaine au Darfour afin de participer à la recherche d?un règlement politique. ?Le cas échéant, nous serons capables d?aller au Soudan. J?imagine que nous pourrions réunir très rapidement une brigade (ndlr, l?équivalent de 5 000 hommes)?, a déclaré samedi matin sur la BBC le chef d?état-major des forces armées britanniques, le général Mike Jackson. La Grande-Bretagne, principal bâilleur de fonds du régime soudanais, tient Khartoum responsable de la recherche d?une solution de paix dans cette région désertique théâtre d?affrontements depuis mars 2003 entre milices arabes ? les Djan-djaouids ? et rébellion noire.

On estime à 30 000 le nombre de personnes tuées en quinze mois et, selon l?Onu, plus d?un million ont été déplacées par les combats. Quelque 180 000 d?entre elles se sont massées dans des camps aux conditions de vie précaires de l?autre côté de la frontière tchadienne.

Le 3 juillet, lors de la venue à Khartoum du secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, les autorités soudanaises se sont engagées à désarmer les milices Djandjaouids qui sont accusées de viols, de meurtres et de pillages dans les villages de la communauté noire du Darfour.

Mais les Nations unies ont estimé depuis que peu de progrès avaient été enregistrés. ?Je regrette de devoir dire que des attaques de milices djandjaouid continuent d?avoir lieu?, déplorait le 21 juillet Kofi Annan.

<B>Génocide ? </B>

Dix ans après l?indifférence face au génocide rwandais, les Nations unies et Washington sont accusés de ne pas réagir suffisamment vite à la tragédie au Darfour, que l?Onu qualifie de plus grave crise humanitaire du moment. ?C?est le Rwanda au ralenti?, assure Eric Reeves, du Smith College, dans le Massachusetts. ?Ce sont les mêmes erreurs, à la différence que cette fois, il y a davantage de temps pour en commettre?, ajoute-t-il.

Le Congrès des Etats-Unis a adopté une résolution stipulant que ?les atrocités ayant eu lieu dans le Darfour, au Soudan, relèvent du génocide?. L?administration américaine, déjà engagée militairement en Irak et en Afghanistan, a refusé de reprendre l?expression à son compte, mais a clairement précisé que le gouvernement soudanais était, à ses yeux, responsable.

?Puisqu?ils l?ont déclenché, ils peuvent l?arrêter. Et que les choses soient claires: ils s?exposeront à des conséquences s?ils ne l?arrêtent pas?, a affirmé jeudi le secrétaire d?Etat, Colin Powell, qui s?est rendu à la fin du mois dernier au Darfour. Washington a par ailleurs soumis au Conseil de sécurité des Nations unies une résolution menaçant le Soudan de sanctions si le gouvernement ne désarme pas les milices arabes.

Mais plusieurs Etats membres, dont la Russie et la Chine, sont réticents, redoutant de perdre la collaboration du gouvernement soudanais.

Recevant vendredi soir à Bruxelles le ministre soudanais des Affaires étrangères, Osman Ismaïl, Javier Solana, a exhorté Khartoum à agir sans délai contre les Djandjaouids. ?Solana a exhorté le gouvernement à arrêter les chefs des Djandjaouids afin de prendre une mesure importante pour commencer à démanteler ces milices, qui sont responsables de la plupart des violations ?, rapporte samedi la porte-parole du haut représentant européen à la politique étrangère et de sécurité commune.

Le gouvernement soudanais s?est dit prêt à procéder à ce désarmement mais a souligné que cela prendrait du temps. ?Nous ne prétendons pas que la situation soit revenue à la normale (...) Mais il faut comprendre que nous appliquons un plan et que cela se fait par étapes?, plaidait cette semaine Moustapha Osman Ismaïl dans un entretien accordé au Monde.

Son gouvernement récuse également toute ingérence des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne dans ses affaires intérieures, notant qu?il refusera toute assistance militaire pour régler la crise. Mais, à Londres, un porte-parole du Foreign Office a indiqué que Tony Blair consultait la communauté internationale. ?Nous avons la responsabilité morale de traiter cette affaire, et de la traiter par tous les moyens possibles?, avait souligné jeudi le Premier ministre britannique.

D?après le Guardian, l?option militaire n?est pas exclue. Ce qu?a semblé attester le général Jackson. Même si, au ministère de la Défense, on assurait samedi ne disposer d?aucun plan opérationnel.

<B>Paul Casciatto</B>

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