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L?Europe fait front

16 octobre 2008, 00:00

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L?Europe fait front

L?Histoire dira si c?est en Europe, et plus précisément à Paris, dimanche 12 octobre, que la première réponse sérieuse et globale a été apportée à la crise financière mondiale. Les flottements inquiétants d?une administration américaine à bout de souffle imposaient aux dirigeants européens de dépasser leurs égoïsmes nationaux, de renoncer à faire «cavalier seul» et d?assumer leur responsabilité collective. Ils l?ont fait. Et, en particulier, les trois principaux d?entre eux.

Le Premier ministre britannique, tout d?abord, invité à la réunion de l?Eurogroupe, bien que la Grande-Bretagne n?en fasse pas partie, puisqu?elle n?a pas adopté la monnaie unique européenne : ce sont les propositions solides de Gordon Brown ? injection de liquidités, nationalisation partielle des banques en difficulté et garantie des prêts interbancaires ? qui ont inspiré le plan global adopté à Paris pour tenter de rétablir la confiance des marchés financiers.

En perdition à la fin de l?été, en chute libre dans les sondages, contesté dans son parti et menacé par les conservateurs à deux ans des prochaines élections générales, le travailliste Brown tient peut-être sa revanche. Sans doute a-t-il été, entre 1997 et 2007, comme ministre des finances de Tony Blair, l?un des militants les plus actifs de la dérégulation des marchés qui a conduit à la crise actuelle. Mais, devant le séisme, il a su réagir ? réagir en européen et en s?émancipant de ce à quoi il a trop longtemps cru.

La chancelière allemande, également, joue son avenir dans cette crise, un an avant les élections législatives. Son refus, il y a une dizaine de jours, d?un «plan Paulson» européen n?était sans doute pas sans fondement. Mais il avait été formulé avec une brutalité qui laissait mal augurer de tout effort pour trouver une réponse européenne coordonnée à la crise. Bon gré, mal gré, Angela Merkel s?est laissé convaincre de changer d?attitude.

Le président français n?y est pas pour rien, qui peut se prévaloir des efforts incessants qu?il a déployés pour rassembler ses partenaires et éviter que l?Europe ne se défasse un peu plus. Le crédit de la présidence de l?Union, que Nicolas Sarkozy assume jusqu?à la fin de l?année, était en jeu. Il a su jouer collectif. Tant mieux. Reste à espérer que la planète finance entende le message.

© Le Monde 2008 (Editorial paru dans l?édition du 14 octobre)

Distribué par The New York Times Syndicate

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