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?L?euro a atteint son objectif devenir une alternative au dollar?
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?L?euro a atteint son objectif devenir une alternative au dollar?
●Quels sont les facteurs qui ont contribué à la formidable appréciation de l?euro ces derniers douze mois ?
Il fut un temps où le dollar s?appréciait considérablement vis-à-vis de l?euro et avait même atteint le taux de 0,87 dollar pour un euro.
A cette époque, les taux d?intérêt en dollars avaient atteint 8 %, ce qui représentait un taux de rémunération très intéressant pour les investisseurs alimentant la demande pour le billet vert.
Avec les problèmes qu?a connu l?économie américaine, il y a eu une série de baisse des taux d?intérêt qui ont chuté jusqu?à 1 %. Du coup, le dollar avait perdu tout son attrait. Il y a eu un exode des placements en dollars vers d?autres devises tels l?euro et la livre sterling, qui offraient, eux, des taux plus attrayants.
L?autre facteur fondamental ayant contribué à la faiblesse du dollar est l?énorme déficit budgétaire des Etats-Unis que les autorités de ce pays n?ont pas cessé de nourrir.
Jusqu?ici, ce déficit a toujours été comblé par le flux des capitaux étrangers dans le marché financier et boursier des Etats-Unis. Mais avec les scandales financiers d?Enron et des autres, le doute s?est installé quant à la fiabilité et la crédibilité du système comptable américain. Les flux de capitaux ont diminué et cela n?a pas arrangé le déficit budgétaire.
A ces considérations économiques est venu s?ajouter un facteur géopolitique. Pour beaucoup d?investisseurs internationaux, les Etats-Unis sont assis sur une bombe à retardement et on ne sait pas quand elle va exploser. Il y a des risques que le système financier américain soit victime d?attentats terroristes.
Les investisseurs ne veulent donc pas mettre tous leurs ?ufs dans un seul panier. La tendance à la hausse du dollar s?est inversée.
●Certaines récentes annonces de la Chine et de la Russie ont-elles dopé l?euro ?
Effectivement, de nombreuses banques centrales à travers le monde sont en train de convertir leurs réserves en d?autres devises, dont l?euro. Cela crée une grande demande pour ces devises qui s?apprécient donc.
La conversion des réserves dans une autre devise n?est pas une décision qu?une banque centrale prend à la légère. Elle ne fait pas du ?trading? et ne change pas de devises du jour au lendemain. C?est une décision de politique générale qui ne sera pas renversée de sitôt.
Par ailleurs, le fait que des pays producteurs de pétrole préfèrent maintenant être payés en euros plutôt qu?en dollars est un autre signal fort. On assiste là à un changement structurel de l?économie financière mondiale. C?est un changement en profondeur qui s?opère.
●Le dollar n?est donc plus la valeur refuge?
Cela fait longtemps déjà que le billet vert ne joue plus ce rôle. Le franc suisse est aujourd?hui la deuxième valeur refuge après l?or. Les considérations d?ordre géopolitique ont été le déclic dans ce changement en profondeur qui s?opère dans le marché international des devises.
L?un des objectifs de l?Union européenne en lançant l?euro était de remplacer le dollar ou de devenir une alternative au billet vert. Cet objectif est en train d?être atteint.
● N?y a-t-il pas aussi une politique délibérée des Etats-Unis de maintenir un dollar faible pour favoriser les exportations ?
C?est difficile à dire. Officiellement, les Etats-Unis ne cessent de répéter qu?ils sont pour un dollar fort. Mais à part les interventions verbales des responsables américains, rien n?a été fait concrètement.
Lors de la dernière rencontre du G8, les Etats-Unis ont demandé le soutien des autres banques centrales pour une intervention sur les marchés afin d?aider le dollar. Washington n?a pas obtenu le coup de main demandé.
Les autres pays ont fait comprendre que les Etats-Unis devraient d?abord soumettre un plan de réduction de son déficit budgétaire. C?est peut-être une façon de faire comprendre à Washington qu?il a pendant trop longtemps taken for granted le fait que son déficit budgétaire allait toujours être réduit grâce aux flux de capitaux étrangers.
● Parallèlement en Europe, des voix se sont élevées pour mettre en garde contre l?effet négatif d?un euro fort sur les exportations?
Il y a effectivement eu des commentaires officiels ici et là à ce sujet. Mais lors des grands sommets et des plus importantes réunions où les préoccupations économiques et financières sont discutées, cette question n?a jamais été à l?agenda.
Les derniers commentaires émanant de la Banque centrale européenne (BCE) ont même fait comprendre qu?un euro en dessous de 1,45 ne l?inquiétait pas.
Je pense que le taux de change n?affecte plus autant les exportations des pays européens. Avant l?avènement de l?euro, il y avait plusieurs devises et donc davantage de risques de change quand les pays européens commerçaient entre eux.
Aujourd?hui, les échanges se font dans un marché unique avec une monnaie unique. Le risque de change a beaucoup diminué. C?est vrai que l?Union européenne exporte aussi hors de l?euroland mais d?une manière générale, je crois qu?il y a maintenant plus de tolérance face à un euro fort.
A son lancement, l?euro valait 1,17 dollar. Il est aujourd?hui à 1,32. Il n?y a pas une grande volatilité.
● Il n?y a donc pas de risques que la BCE intervienne sur le marché ?
Je crois qu?elle a dit cela pour faire plaisir aux Américains. Elle a annoncé une potentielle intervention mais elle n?a pas exprimé assez fortement ses inquiétudes par rapport à l?appréciation de l?euro. Pour qui connaît le discours de la BCE, le ton n?est pas encore suffisamment musclé.
De leur côté, les Etats-Unis ne peuvent intervenir pour soutenir le dollar car s?ils interviennent seuls, cela ne servira à rien. La faiblesse du dollar est structurelle. Les Etats-Unis ont donc besoin de l?aide de l?Europe tandis que la BCE réclame le soutient des Etats-Unis.
On voit bien que c?est un jeu. Quand l?euro était à 0,85, les Etats-Unis n?avaient pas levé le petit doigt pour venir à la rescousse. Ce qui se passe aujourd?hui est peut-être la réponse du berger à la bergère.
● Cette situation d?un euro fort et d?un dollar faible va-t-elle durer encore longtemps ?
Il y a une tendance claire. L?euro va s?apprécier et le dollar va se déprécier. Cela s?arrêtera quand la BCE menacera sérieusement d?intervenir sur le marché et de prendre des mesures drastiques.
Si la menace est suffisamment convaincante, le marché commencera alors à faire des prises de bénéfices et cela devrait estomper la hausse de l?euro.
Toutefois, sur la base des derniers commentaires, on sait que la BCE ne sera pas sur le marché avec un euro à 1,45. En attendant, il y a d?autres paliers que le marché devra tester.
● L?appréciation du rand fait également souffrir les importateurs et les consommateurs. Quelle évolution prévoyez-vous concernant la monnaie sud-africaine ?
Comme dans le cas de la livre sterling, l?appréciation du rand est attribuable à la faiblesse du dollar américain. Toutefois, la monnaie sud-africaine a aussi bénéficié de la hausse du cours de l?or dont ce pays est un grand producteur.
Je pense que le marché se pose des questions sur le rand. On assiste depuis peu à des prises de bénéfices. C?est signe qu?on s?attend à une stabilisation du rand d?ici la fin de l?année. Mais il faudra d?autres données pour une indication plus précise.
On est dans une période d?appréciation du rand mais au cours du second semestre de 2005, il devrait commencer à se déprécier car vers cette période, le dollar devrait se stabiliser.
● L?évolution des taux de change à Maurice ne reflète pas toujours l?évolution des taux sur le marché international. Quels sont donc les facteurs locaux qui affectent la détermination des taux ?
A Maurice, il faut savoir que le anchor currency est le dollar-roupie. Les facteurs locaux qui affectent l?offre et la demande des monnaies étrangères s?expriment principalement sur la parité du $/MUR. Ce qui voudrait dire qu?un excédent de l?offre sur la demande aura pour effet de faire apprécier la devise locale et inversement. Les autres devises hormis le dollar, sont, elles, déterminées en croissant le cours du $/MUR contre leur parité vis-à-vis du dollar sur le marché international. A titre d?exemple si le $/MUR est à 25 et E/$ à 13, le cours sur le marché local sera de ?2.50 (25 x 1.30).
Il arrive que l?appréciation de l?euro sur le marché local soit supérieure à son appréciation sur le marché international si on a un effet cumulé. Par exemple si le dollar s?apprécie contre la roupie à 30 et que l?euro est passé de 1.30 à 1.40, l?euro traitera sur le marché local à ce moment à 42. De là donc une appréciation de l?euro de 7.69 % sur le marché international contre 29.2 % sur le marché local. Fort heureusement, ce type de volatilité est rare et qu?actuellement la roupie contre le dollar est stable voire même dans une phase d?appréciation. Bien évidemment, avec la flambée du pétrole, cette appréciation de la roupie est la bienvenue essentiellement pour atténuer l?inflation.
● Ne serait-il pas temps de revoir cette manière de déterminer les taux de change en se basant sur le dollar car actuellement la roupie se déprécie vis-à-vis de pratiquement toutes les autres devises ?
Si cette situation persiste, il faudrait que les acteurs du marché des changes et les autorités se concertent pour juger de l?opportunité d?ajuster cette méthodologie à la conjoncture internationale et à l?économie du pays.
● La hausse des taux d?intérêt aidera-t-elle à réduire la pression sur le marché local des devises ?
Définitivement. L?offre et la demande sont maintenant équilibrées. Il y a eu d?une part, la rentrée des recettes d?exportation et d?autre part, une réduction de la demande de la part de certains acteurs du marché.
Le relèvement des taux a joué en faveur de la roupie car il a découragé l?exode vers d?autres devises. Des placements en devises impliquent une prise de risque sur le change. Avec la hausse des taux, la prime de risque offerte sur les autres devises est devenue moins intéressante.
La volatilité sur le marché des changes peut être nuisible à ceux qui thésaurisent en devises étrangères. C?est un risque qu?il faut savoir gérer avec prudence.
?La Banque centrale européenne a même fait comprendre qu?un euro en dessous de 1,45 ne l?inquiétait pas.?
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