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L?espoir retrouvé d?un petit manufacturier

24 septembre 2005, 20:00

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Abdool Coonjah a une mine réjouie, et pourtant sa fabrique de sous-vêtements parquée dans son ancien garage à Cité-Martial est quasiment vide. Seuls trois irréductibles ouvriers continuent à faire tourner les machines. Mais depuis que le ministre des Finances, Rama Sithanen, a annoncé des mesures pour relancer l?industrie manufacturière, Abdool Coonjah a retrouvé le sourire. Pour rappel, dans le dernier budget duty-free du gouvernement MSM-MMM, Pravind Jugnauth, alors ministre des Finances, avait aboli les 80 % de taxes douanières sur les vêtements importés. Une mesure qui devait sonner le glas de l?industrie manufacturière, se souvient Abdool Coonjah.

Enfin, Rama Sithanen est venu rétablir quelques protections en réinstaurant les droits de douane sur une liste de produits. Ansi, les sous-vêtements, t-shirts et autres vêtements importés sont désormais taxés à l?unité. « Pour nous, c?est un nouveau souffle apporté au secteur. Je vais pouvoir relancer mon business et j?estime que, d?ici 10 ans, si aucun obstacle ne vient me barrer la route, je pourrai connaître à nouveau les beaux jours d?il y a 25 ans? », estime notre interlocuteur. Mais les importateurs ne l?entendent pas toujours de cette oreille.

Abdool Coonjah a lancé son entreprise très modestement en 1984. Au départ, comme la plupart des petites usines, la fabrique est dirigée par femme et enfants. C?est ainsi que Maraly Fashion voit le jour. La compagnie élargit ensuite sa gamme de produits et embauche quinze ou-vriers. Les sous-vêtements, jupons et autres maillots de corps se vendent alors comme des petits pains. Les touristes malgaches et réunionnais en raffolent, si bien qu?Abdool Coonjah doit doubler sa production annuelle.

« Cette usine c?est ma vie »

Puis l?entreprise passe peu à peu à la vitesse supérieure. Les commandes affluent et les affaires sont au mieux de leur forme. L?usine est alors transférée du garage exigu à un local plus spacieux à Terre-Rouge. Les employés bénéficient même de prestations sociales et d?un transport gratuit. Leur patron n?est pas en reste, et Abdool Coonjah, qui auparavant livrait sa marchandise à mobylette, investit ses profits dans une fourgonnette et achète, par la même occasion, une voiture.

Hélas, la chance tourne. L?entre-prise n?arrive plus à honorer ses dettes face à une baisse des commandes et le dumping de produits importés qui ne font qu?empirer les choses. Abdool Coonjah voit alors péricliter son entreprise, sans qu?il puisse y faire grand-chose. Le montant de ses dettes s?élève à Rs 1,2 million. « Cela a été une année noire. Les machines ne tournaient plus, mais il fallait bien payer les dettes et les salaires des employés. »

Puis en 2000, la taxe douanière sur les vêtements importés passe de 100 % à 80 %. En 2003, Abdool n?a pas d?autre choix que de licencier ses quinze employés avant de revenir installer ses machines dans son ancien garage. La Textile and Bag Manufac-turers Association ne reste toutefois pas les bras croisés. Elle multiplie ses représentations auprès des autorités, mais rien n?y fait. « L?abolition de la taxe douanière cette année aura été un coup de massue pour nous, petits entrepreneurs. Avec duty-free island, nou fine mort. »

L?entreprise est endettée jusqu?au cou. Fournisseurs, matières premières et banquiers ne cessent de rappeler l?entrepreneur à ses devoirs de débiteur. Malgré la perte des biens acquis les Coonjah persévèrent dans la fabrication de sous-vêtements. « Nous avons reculé de 25 ans. Je me suis retrouvé à faire la coupe, et mon fils, qui a suivi des cours en Garment ma-king à l?IVTB, a dû abandonner son poste dans l?usine familiale pour chercher de l?emploi ailleurs. Quant à ma fille, je souhaite qu?elle puisse terminer ses études en Afrique du Sud, mais rien n?est moins sûr. »

En 2004, Abdool se résout même à importer des sous-vêtements de Chine pour garder la tête hors de l?eau, mais c?est peine perdue. « Si je n?avais pas autant de dettes je me serais tourné vers un autre créneau, mais cette usine c?est ma vie? Puis qu?aurais-je fait à 57 ans ? »

Puis arrive enfin la bouffée d?oxygène tant attendue. À nouveau requinqué, Abdool Coonjah, fait des projets. Il veut passer à la vitesse supérieure et souhaite obtenir des prêts sans taux d?intérêt pour pouvoir redémarrer son business. « J?ai dû décliner deux commandes parce que je n?avais pas suffisamment de liquidités pour acheter des matières premières. J?espère pouvoir me rattraper bientôt. » Il voudrait aussi pouvoir réembaucher ses anciens ouvriers.

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