Publicité

L?espace mauricien en italiques

6 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pour certains, c?est un ?ici?, pour d?autres, un ?là-bas?. Qu?il soit empreinte de nostalgie ou invitation au voyage, il a souvent servi de source d?inspiration aux nombreux écrivains, poètes et artistes, d?ici et d?ailleurs. Il est social, culturel, esthétique, génétique, cosmologique ou physique. Il est espace tout court. Et ici, il est littéraire et il est Mauricen.

La sortie du numéro double 9/10 du magazine Italiques, lancé la semaine dernière par l?Ambassadeur de France, Dominique Renaux, en présence de Karl Mootoosamy, directeur de la MTPA, et de Christophe Vallée, professeur au Lycée Labourdonnais, marque la réalisation pour son rédacteur en chef, Issa Asgarally, d?un rêve qui date de 1991 : consacrer à la toponymie de l?île Maurice une édition spéciale. Sous le titre L?île Maurice des écrivains et des artistes, ce rêve réalisé s?accompagne de la volonté de permettre au lecteur ?d?associer des noms et des textes à des lieux précis de notre île?, comme le note Asgarally dans son éditorial.

C?est dans une même optique que le magazine cherche à toucher la clientèle touristique : dévoiler Maurice aux visiteurs étrangers non plus comme un lieu réservé exclusivement qu?à l?oisiveté mais comme une destination à profondeur littéraire et culturelle, sous-jacente aux sites et paysages, et susceptible d?éveiller et nourrir leur curiosité intellectuelle. La ?promenade? proposée par Robert Furlong, dans la partie consacrée à des textes d?analyse sur le thème de l?espace dans la littérature notamment mauricienne, montre bien la nécessité d?un tourisme littéraire. (Nous reviendrons ultérieurement et plus en profondeur sur les textes d?analyse d?Emmanuel Juste sur Marcel Cabon, de Vijayen Valaydon sur L?évolution de la représentation de l?espace romantique, d?Emmanuel Richon sur Le voyage de Charles Baudelaire aux Mascareignes et de Danielle Tranquille sur La retranscription de l?espace dans le roman).

Pour la partie anthologique, les textes que regroupe ce double numéro sont ceux qu?ont écrit des écrivains qui sont nés ici ou qui y ont séjourné, à l?exception de celui d?Alexandre Dumas qui n?y est jamais venu, mais qui situe son roman Georges à Maurice en s?inspirant des carnets de voyage comme ceux de Bernardin de St. Pierre, regroupés sous le titre Voyage à l?Isle de France.

De Bernardin de St. Pierre à Bertrand de Robillard, en passant par Joseph Conrad, Tahar Ben Jelloun, Léoville l?Homme, Abhimanyu Unnuth, Barlen Pyamootoo et Ananda Devi, quelque vingt-cinq romanciers et poètes et quatre artistes ont fait l?objet de cette anthologie.

Autant de noms que de styles, mais à chaque fois une invitation à un voyage dans l?espace. Ce recueil de brillantes pages vous transportera de villages en villes, vous plongera au fond d?un Crève-C?ur inchangeable, vous fera revoir la nudité d?un Bénarès, voir surgir Port-Louis dans sa grandeur majestueuse, sentir la chaleur de Chamarel et respirer le parfum nocturne de Curepipe et ses tavernes. Il vous emmènera contempler Le Morne dressé au-dessus de la mer, admirer le soleil levant au-dessus des Trois Mamelles, voir s?estomper au loin les monts de Port-Louis et se profiler le Corps-de-Garde dans les nues. Enfin de la rivière à la mer, en passant au pied des montagnes, en traversant des villages qui naissent ou qui meurent, vous finirez sans aucun doute par reprendre goût au pays natal si vous êtes d?ici, ou tomber sous ses charmes si vous venez de loin.

Un voyage dans l?espace mais aussi dans le temps quand on songe que le document authentique le plus ancien qui propose une observation d?histoire naturelle à partir d?un tracé autour de l?île, et auquel remonte le magazine, date de 1778. En effet, dans Voyage à l?Isle de France, Bernardin de St. Pierre, le premier écrivain piéton, raconte son parcours quotidien autour de l?île, commencé un bon matin du 26 août 1769.

Choix arbitraire

Le choix, quoi que quelque peu arbitraire et répondant souvent à un goût personnel, n?a pas été facile, même si l?intérêt était vif pour regrouper en moins de cent pages plus de deux siècles de regard par d?illustres écrivains et artistes sur l?espace mauricien. Loin de prétendre à un résultat exhaustif, par ailleurs impossible pour un projet de cette nature, Asgarally a voulu tout simplement offrir aux lecteurs mauriciens et étrangers un choix sans critère défini, si ce n?est que celui de la thématique centrale, mais original de textes et d?auteurs. Chaque lecteur, tout en n?y retrouvant pas tous ses auteurs préférés, y trouvera matière à ses goûts littéraires.

Certes, le magazine dessine, par la volonté de son rédacteur et ses collaborateurs, l?évolution dans la littérature d?un regard particulier sur l?espace en gommant une partie de la littérature existante. Le résultat est une réprobation générale qui laisse certaines ?uvres et leur auteur, francophone ou pas, certains artistes, importants ou pas, à l?écart.

En réalité, il s?agit d?un parti pris de la littérature qui ne se conjugue pas avec une certaine méconnaissance de l?histoire littéraire. L?intention n?est pas l?illusion qui correspondrait à celle d?inventer l?élite des époques, ni celle d?une anthologie qui, par un choix obligé et délibéré, annoncerait la fin d?une catégorie d?auteurs et d?artistes.

Sans doute, le risque d?une interprétation sans limites vient de l?annonce, dans le libellé, d?une présentation de l?île Maurice ?des? écrivains et ?des? artistes alors qu?il s?agit de toute évidence de celle de quelques repères identitaires de l?espace littéraire et artistique. Reste que ce double numéro d?Italiques, par la diversité de ses textes et sa prétention à un tourisme littéraire, est une riche contribution à la compréhension de l?espace mauricien comme thème d?une littérature qui va, tout doucement mais sûrement, loin vers le large?

Italiques, Nos. 9-10, disponible en librairie à Rs 100.

Publicité