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L?esclavage dans les Mascareignes, un commerce mondial
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L?esclavage dans les Mascareignes, un commerce mondial
Un trou béant dans l?histoire de Maurice. C?est ce qu?à tenté de combler le Dr Richard Allen, jeudi. Reconstituer le fonctionnement de la traite négrière dans les Mascareignes au 18e et au 19e siècle. Un commerce dont ?nous savons relativement peu de choses?.
Le conférencier du Framingham State College, du Massachusetts, a apporté un éclairage sur la question, dans le cadre des commémorations de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Son intervention à l?université de Maurice a été organisée par le centre culturel Nelson Mandela.
S?arrêtant à la période allant de 1770 à 1810, Richard Allen a expliqué que ce commerce est modelé par la forte demande du marché local. ?C?est la fin du règne de la Compagnie des Indes, le commerce est ouvert à tous les ressortissants français.?
Des conditions balancées par le fort taux de mortalité des esclaves et le faible taux de natalité. ?On comptait huit décès pour une naissance. Il fallait constamment importer de la main-d??uvre servile.? Mortalité galopante causée par la variole, le scorbut, la gangrène, l?épuisement, la fièvre maligne, la ?maladie vermineuse?, sans oublier les cas de suicide. Il devait citer un cas où pas moins de 80 captifs préfèreront se jeter par-dessus bord plutôt que d?être esclaves.
La traite négrière, précurseur de l?engagisme
Des décès entraînés aussi par la durée de la traversée et des conditions déplorables dans lesquelles elle s?effectuait. ?Le voyage Madagascar-Maurice durait en moyenne 21 jours, 59 jours de la côte Est africaine et 44 jours de l?Inde?.
Qui se charge d?approvisionner le marché ? Des négociants arabes, français, réunionnais et portuguais qui importent la marchandise humaine de Madagascar, de la côte Est de l?Afrique et d?Inde. ?Le nombre d?esclaves en provenance de la Grande Ile est considérablement inférieur à ceux d?Afrique de l?Est, surtout parce que dans le cas de Madagascar, la traite négrière est associée au commerce du b?uf et du riz.? Il note que même si la traite avec l?Inde n?est pas aussi importante que celles avec Madagascar ou l?Afrique, n?est-elle pas le précurseur de l?engagisme ?
Deuxième volet de la conférence: les impératifs économiques de la traite. Selon Richard Allen, Maurice et la Réunion sont des bases d?opérations pour lancer les expéditions vers Madagascar et l?Afrique. Tous les esclaves ne sont pas destinés aux Mascareignes, certains faisant la route vers les Amériques, notamment Saint Domaingue. ?Les négriers de Port-Louis, Saint Denis et Saint Paul facilitaient ce commerce en fournissant les équipages, en réceptionnant le cargo humain ou en représentant les intérêts métropolitains.?
L?historien affirme que ces marchands peuvent réunir des sommes substantielles, preuve de leur commerce florissant. ?Le plus connu est celui de d?Arifat qui peut réunir la somme d?un million de livres?.
Contrairement aux idées reçues, Richard Allen affirme que ces marchands ne sont pas que de France métropolitaine mais aussi des commerçants de Bordeaux, du Havre, de Lorient et de Saint Malo installés à l?île de France. ?Nous avons répertorié 152 entreprises de ce type entre 1769 et 1792, mais ce chiffre pourrait être loin de la vérité.?
?La demande constante signifie que le prix des esclaves, même en mauvaise santé, grimpe très vite.? à titre d?exemple, les hommes en bonne santé âgés de 16 à 24 ans ( les plus chers) valent 1 000 livres alors que ceux qui sont malades valent 500 livres. ?Et le marchand lui-même admet que l?esclave n?est pas en forme.?
Richard Allen précise que pour se faire une idée de la traite négrière dans les Mascareignes, il faut consulter des sources d?information éparpillées.
Il dit s?être concentré sur les déclarations d?arrivées des capitaines à Port-Louis. ?Mais elles sont incomplètes. Les capitaines parlent plus de coup de vent ou de la perte d?une ancre, et moins de leur cargo. Il faut lire entre les lignes?. Le chercheur a aussi épluché les registres de la police. Autant d?informations qui le pousse à résumer : pour comprendre, il faut voir les liens avec la traite en Atlantique.
DEDUCTION
Les Seychelles, colonisées grâce à la traite négrière
■ L?archipel voisin est lui aussi un carrefour de ces routes de l?esclave. ?Les Seychelles ont été colonisées en 1770. Mais savons-nous pourquoi exactement ?? Richard Allen est d?avis que pour cerner la question, il faut s?intéresser à son importance comme lieu d?escale et de ravitaillement pour les négriers. Le décret d?ouverture du commerce y est aussi pour quelque chose. ?On peut donc déduire que la colonisation des Seychelles est motivée par les impératifs de la traite.?
PARCOURS
Dr Richard Allen : débroussailler l?histoire de Maurice
■ Cet universitaire de la Framingham State College, dans le Massachusetts aux états-Unis se penche sur l?histoire de Maurice depuis ces vingt-cinq dernières années. Auteur de l?ouvrage de référence ?Slaves, Free Men and Indentured Labour in Mauritius? édité par Cambridge University Press, il est ?research consultant? auprès de l?Aapravasi Ghat Trust Fund depuis 2004. Diplômé en anthroplogie et en histoire, il a bénéficié d?une bourse Fullbright. Après avoir eu l?occasion d?enseigner à l?université de Cape Town en Afrique du Sud, il dirige désormais les travaux de recherche de troisième cycle des étudiants de l?université de Maurice depuis 2005. Entre autres publications, il travaille sur ?African and Asian Free Men and Women of Color and the Development of a Creole Society in Mauritius?, 1721-1835. La teneur de sa conférence de jeudi fera bientôt l?objet d?une publication ?
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