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Les voyages poétiques de Premila Gajadharsingh
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Les voyages poétiques de Premila Gajadharsingh
Premila Gajadharsingh, journaliste de la presse écrite, est aussi poète dans ses moments de solitude. A travers ses 32 titres illustrés, qui fondent son premier recueil, ?Voyages autour d?une vie?, lancé la semaine dernière, (dont 22 en français, huit en anglais, et deux autres en créole), elle peint les réalités quotidiennes qui bercent et hantent son existence. Certains de ses titres évoquent une certaine allégresse (Maman, Dieu, Musique, Amour), d?autres une révolte (La misère pleure sur Baghdad, Sida, Castéisme, Société).
Fonction sociale
D?une inspiration mondaine et populaire, sa poésie est une manière de ?Jeter un regard - Dans notre hangar pour constater que c?est une Société pourrie - Société Corrompue - Société détruite?. L?activité poétique et intellectuelle de la poétesse se réfugie dans le social, voire dans l?humanisme. Car la poétesse prône un monde où l?art de vivre rendra celui-ci plus humain. Sa poésie se veut donc moralisatrice. Chaque poème correspond à une fonction sociale et affiche une tendance à la psychocritique. La portée morale que véhicule sa poésie montre une aspiration à la victoire du Bien sur le Mal. Sa poésie est en ce sens un procès.
Mais dire le monde en poésie, et tel est le cas dès le 16e siècle, ne signifie pas le connaître. La présentation du monde à travers les vers libres est chez Premila une explication plus ou moins mécaniste du monde. En effet, sa poésie lui ouvre la voie à une vision du monde humain qui se proclame fondamentalement manichéenne. Elle réduit la réalité humaine à sa nature primitive, le monde à une manifestation exclusive du bien et du mal. C?est cette série d?apparitions qui s?inscrivent dans l?ordre d?un dualisme embarrassant qui fonde la poésie manichéenne de Premila Gajadharsingh.
Cette vision archaïque du monde s?oppose à la forme dans laquelle sont coulés les vers. Car, à bien y voir, cette poésie semble obéir à une volonté d?être moderne. Sans strophes, ni hémistiches, les vers tendent à faire passer la langue parlée avant la langue écrite. L?absence de la ponctuation fait appel ici à une lecture dite libre. La suppression de la ponctuation donne aux vers une coupe brutale.
C?est le rythme du vers qui marque la ponctuation et non les signes graphiques. Chaque vers est alors isolé, non pas par l?absence de la ponctuation, mais par le silence qu?introduit cette absence même. Lire les vers, c?est les dire d?un seul souffle. Le silence et le souffle deviennent ainsi présence par l?absence de la ponctuation. C?est ce qui explique l?absence de rejets et d?enjambements que l?on retrouve si souvent dans la poésie traditionnelle.
Mais alors que signifie ce respect pour la majuscule en début de vers, ces deux points d?interrogation ou d?exclamation dans un poème qui ne contient d?autre signe ou ces deux uniques virgules dans un même vers alors que tout le poème est dépourvu de ponctuation ? Un tiret par-ci, des points de suspension par-là ! Ou encore des virgules là où il n?en faut pas : ?Tantôt, le désir de fredonner - Tantôt, le feu de danser? (Musique). Parfois, la seule virgule d?un poème peut être fort dérangeante : ?Viol et, vol? (Vol et viol).
Les voyages de Premila sont alors des voyages sans repères. En réalité, ce sont des survols qui marquent souvent une absence de profondeur ? d?où le titre ?Voyages autour?? Il ne s?agit pas d?une méditation approfondie mais d?un passage dans ?l?entourage?, dans le ?voisinage? de tous les éléments qui constituent nos réalités contemporaines. C?est pourquoi sa subjectivité va jusqu?à puiser dans des évidences, dans l?ordinaire, pour tenter d?extraire l?extraordinaire, allant d?une maman ?aux traits uniques? (Maman) aux ?proies dévorées? (Sida).
C?est pourquoi aussi certains de ses vers trouvent leur effet de sens à partir d?un jeu de sonorités entre signes linguistiques : ?Je la couvre et la couve? (Maman), ?Ainsi est tracée ma vie / Pour retracer celle des autres? (Prostitution), ?Défoulement contre refoulement? (Amour). Mais, si l?on néglige la dextérité dans l?application, c?est un procédé qui va malheureusement jusqu?à briser le rapport de sens ou de réciprocité sémantique : ?Est-ce le destin ? ?
Ou le festin ?? (Destin). Allez comprendre?
(Lire billet ci-contre)
Premila Gajadharsingh ? Voyages autour d?une vie?
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