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Les visages féminins de Val Hezinger-Guimbeau
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Les visages féminins de Val Hezinger-Guimbeau
Le moins qu?on puisse dire c?est que Val Hezinger-Guimbeau ne choisit pas la voie esthétique la plus facile. Le visage féminin est le piège pictural par excellence dans la mesure où le peintre côtoie sans cesse le risque de tomber dans les clichés de la photo glamour, dont nous inondent de multiples revues féminines, qu?elles sacrifient aux besoins de la mode, de la beauté, du charme, de l?élégance, du besoin de rêver, de s?évader des pesanteurs quotidiennes, quand il ne s?agit pas, plus vénalement, des exigences de la publicité et de la basse réclame propagandiste et consumériste.
Le peintre peut étaler ses talents, l?appareil photographique le précède toujours, puissamment armé de ses facultés technologiques, pouvant captiver la totalité de la lumière baignant un visage, les reflets l?auréolant, les zones d?ombre annonçant les plus belles irradiations, sans oublier les possibilités infinies de retouches et d?autres corrections, ne nécessitant qu?un léger doigté mais quand même un regard d?artiste. Car n?est pas Yves Pitchen qui veut.
C?est dire que nombre de portraits réalisés au pinceau ou, mieux encore, au couteau, par Val Hezinger-Guimbeau nous émeuvent pour plusieurs raisons sans que nous puissions aisément chasser de nos souvenirs visuels le sentiment du déjà-vu, à force de feuilleter des magazines féminins ou de mode, débordant de visages féminins d?une beauté irréprochable mais sans âme, sans caractère, sans vie. C?est qu?une certaine photographie sublimement glaciale, excessivement publicitaire, exploite le visage féminin pour n?en faire qu?une amorce, un appât, sinon des appas, pour mieux nous vendre n?importe quoi, un bijou, un caillou (dite pierre précieuse), une bagnole, un frigo, un portable, un ordinateur, quand ce n?est pas une piscine ou une villa plus ou moins luxueuse, bref un gadget quelconque.
Soir en ville nous offre un visage rayonnant de lumière à l?état pur et que souligne une mèche peut-être trop à la mode. Ce tableau ne parvient toutefois pas à nous faire oublier les innombrables clichés bien léchés des magazines précités. La mondaine dégage incontestablement une mystérieuse atmosphère de l?entre-deux guerres mais également déjà vue. On peut répéter les mêmes regrets au sujet de femme au coucher de soleil, de bain de soleil, de regard intense, de réflexion, de plein vent, plein soleil, de femme féline, de douceur de femme.
Val Hezinger-Guimbeau nous rappelle, par moments, et heureusement, qu?elle est d?origine allemande et que son pays est la patrie d?un expressionnisme, ayant fait ses preuves aussi bien en peinture qu?au cinéma. L?espionne est un bon exemple de cet art mettant en scène des personnages ne s?exprimant que du regard. Mais quel regard alors ! Pénétrant, taraudant même celui qui ose le soutenir. L?expressionnisme allemand privilégie aussi l?imperméable dans lequel on s?engonce pour mieux voir sans être vu. Il va jusqu?à donner au déshabillé du saut du lit une certaine imperméabilité peu encourageante.
Une aura de mystère insondable
Il favorise également une situation mettant en valeur le personnage féminin et permettant de chercher ailleurs que sur son visage le sens profond du message. Jeune femme en bottes, assise par terre, aux pieds d?un parvis de basilique ou de palais de justice, nous émeut autant par sa solitude que par sa provocante insolence. La chevelure médusante donne en revanche une pesanteur excessive à la légèreté bondissante, par ailleurs, comme des seins bibliques.
Val Hezinger-Guimbeau atteint le sommet de son art avec quelques toiles où son pinceau, ou son couteau, parvienne à donner à ses personnages une aura de mystère insondable devant laquelle nous ne pouvons que nous incliner. La jeune fille posant (devant l?artiste) annonce déjà cette réussite. Dans l?intérieur clair, l?héroïne n?est pas à la hauteur du décor blanchâtre et évocateur à souhait.
La châtelaine est émouvante en raison d?un dénuement ambiant le mettant en valeur. Son regard se perd dans le vide. On peut y lire un désarroi certain. Le dire avec des pinceaux relève de l?exploit. Virginie offre une timidité et une hésitation réussie, correspondant bien à son âge adolescent. Le geste, le repliement des épaules, sont peut-être trop posés mais l?ensemble est sauvé par l?atmosphère sablonneuse et dorée de l?ensemble.
Rien n?est plus réussi cependant que contre l?arbre, n?ayant pourtant intéressé aucun acquéreur en dépit de la modicité de son prix. Cette femme, cachant l?arbre, au regard aussi perdu que la châtelaine, est pourtant l?attente personnifiée. De plus, Val Hezinger-Guimbeau la vêt d?un bleu soyeux, la drapant d?un élégant mystère. L?atmosphère virevoltant autour d?elle dit bien les tourments qui l?assaillent. Une vraie réussite. La plus belle toile de l?exposition. Que les amateurs intéressés contactent au plus vite l?artiste, à la rue Autard de Bragart, Gris-Gris, Souillac.
Quelques femmes africaines nous touchent en raison de leur environnement continental, fait souvent de sables brûlants, de steppes tortueuses et accidentées. On retrouve la lumière incandescente de la brûlante Afrique où a longtemps séjourné Val Hezinger-Guimbeau. Omanais, les potiches, les arches du sultanat d?Oman, le tri, la sieste au souk, ces toiles africaines, disent bien l?habilité de notre artiste à peindre des atmosphères écrasant les personnages qui s?y fourvoient.
Deux toiles particulièrement réussies nous offrent des sujets, en contre-jour, peut-être trop bronzés, se détachant sur un fond assez vaporeux pour créer le mystère. Jeux d?eau et chercheurs de coquilles rappellent le regretté Roger Merven car ces toiles demandent aux différentes couches de peinture superposées de donner libre cours à leur alchimie.
L?exposition de Val Hezinger-Guimbeau, aux Écuries du Domaine des Aubineaux, Forest-Side, Curepipe, indique surtout que cette artiste a autant besoin du paysage-atmosphère que du sujet principal, subissant le poids de ce décor oppressant, pour faire revivre un moment d?émotion, une vibration esthétique. Elle ne choisit pas les chemins les plus faciles. Elle ne doit pas s?étonner de se retrouver plutôt esseulée sur le chemin de l?exploration de la personne humaine et de son environnement. Elle élargit considérablement le panorama de notre peinture mauricienne en lui, donnant une dimension plus intériorisante. Sa démarche ne peut laisser insensibles ni indifférents nos amateurs de Beaux-Arts.
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