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Les Verts Fraternels n?en démordent pas
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Les Verts Fraternels n?en démordent pas
Concert, concours de musculation masculine, défilé de mode, démonstration d?art martial, dragon chinois et intervention de politiciens, la plage du Morne était animée hier. Les Verts Fraternels y avaient organisé pour la sixième fois, une journée de célébration pour commémorer l?abolition de l?esclavage. Le parti a clairement affiché sa satisfaction quant au dossier du Morne et a réitéré sa demande pour une compensation aux descendants d?esclaves.
?Sa ki nou appel ti dimounn zordi, sa piti piti la inn resi. A zordi noune teigne le Morn. Miliard fonn. Ici a Moris soa ou teigne soa ou enn fou, soa ou continie ek zot pren ou o serie?, a dénoncé Sylvio Michel, leader des Verts Fraternels. Il exprimait ainsi sa joie face à la demande d?inscription du Morne en tant que site du patrimoine mondial.
?La commémoration, un moyen de rappeler aux jeunes générations que l?humanité a assuré sa survie aux dépens de vies humaines?
Il a, de plus, rappelé l?importance de la montagne du Morne et de ses cavernes, en tant que point d?attache et d?identité. Le leader des Verts Fraternels a tenu à montrer du doigt ceux qui n?accordent pas de valeur historique au site.
Sylvio Michel a aussi rendu hommage au dévouement des historiens locaux, en particulier Vijaya Teelock, pour sa contribution au dossier de l?Aapravasi Ghat. Selon lui, de nombreux intellectuels intéressés par le sort du Morne appartiennent à diverses communautés et ne sont pas exclusivement d?appartenance créole.
Elie Michel et Narain Soobrun des Verts Fraternels ont, quant à eux, réitéré une demande de compensation pour les descendants d?esclaves. Sujet repris par Rashid Beebeejaun, Premier ministre par intérim et vice-Premier ministre. Il a assuré que le prochain programme gouvernemental comporterait quatre lignes par rapport à la création d?une Commission Vérité et Justice.
?Sylvio n?est pas à l?Assemblée à nos côtés. ça c?est une grande injustice pour moi?, a aussi ajouté Rasheed Beebeejaun.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, aurait déjà consulté l?archevêque Desmond Tutu à ce sujet. Ce dernier a présidé la Commission Vérité et Justice mise en place en Afrique de Sud. Alors que le comité des Verts Fraternels se réunira ce mois pour décider d?un plan d?action face à cette demande de compensation.
Toute construction est à exclure sur la core zone du site du Morne. Cependant, en ce qui concerne la buffer zone, la règle n?est pas aussi intransigeante. Selon Rashid Beebeejaun et Mahendra Gowressoo, des projets de développements dans la buffer zone devront se plier à des critères très stricts définis, entre autres, par l?Unesco.
La partie protocolaire des célébrations des Verts Fraternels s?est terminée par un dépôt de gerbes sur la clôture qui entoure le site du Morne. Antonio Covane, ministre mozambicain de l?Education et de la Culture était également présent et s?est adressé à la foule après le dépôt de gerbes.
Sharon SOOKNAH
Cérémonie à Pointe-Canon
Protocolaire certes, mais pas seulement. La cérémonie officielle marquant le 172e anniversaire de l?abolition de l?esclavage à Pointe-Canon a été l?occasion de réaffirmer le rôle des esclaves et leurs descendants dans la construction de la nation mauricienne.
Elle était organisée par le ministère des Arts et de la Culture, le Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine, et Le Morne Heritage Trust Fund. Invité d?honneur de la célébration, le vice-ministre de l?Education et de la Culture du Mozambique, Luis Covane, a souligné que Maurice et le Mozambique partagent une identité commune, héritée de l?esclavage. L?abolition de l?esclavage est, insiste Liuis Covane, une victoire de la justice sociale et de l?humanité.
Rashid Beebeejaun, Premier ministre par intérim et ministre des Infrastructures publiques, voit dans cette commémoration un moyen de rappeler aux jeunes générations que l?humanité a assuré sa survie aux dépens de vies humaines afin que la différence n?amène plus à la barbarie.
Le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, lance un appel afin que tous les citoyens gardent à ?l?esprit et dans le c?ur? l?horreur de l?esclavage. D?autant que les séquelles de ce crime contre l?humanité sont encore palpables au sein de la communauté créole.
Le ministre des Arts et de la Culture a, lui, rappelé l?engagement du gouvernement, et plus particulièrement de son ministère, dans le dossier du Morne. Selon Mahen Gowressoo, l?octroi du titre de Patrimoine mondial de l?Unesco n?est qu?une question de temps.
Spectacles mauricien et malgache
Par ailleurs, il faut trouver le juste milieu entre lieu de mémoire, développement économique et préservation de l?environnement. Le ministre de la Culture a, dans ce sens, invité tous les citoyens à prendre connaissance du management plan de la péninsule du Morne et à faire des suggestions. Deux spectacles, l?un mauricien, l?autre malgache, ont suivi. Des rythmes africains et chorégraphies suggérant le lien entre la mère-Afrique et les descendants d?esclaves en quête de leurs racines.
La cérémonie a également été l?occasion de lancer un CD sur les sites relatifs à l?esclavage à Maurice ainsi que la Revi Kiltir Kreol n°6 sur le thème ?diaspora africaine et culture(s) créole(s)?.
Pour clore la célébration, une exposition traitant, d?une part, de la découverte de l?épave Le Coureur, à Pointe-aux-Feuilles, témoignage de la traite illégale au XIXe siècle et, d?autre part, de l?histoire des ?liberated slaves? ayant transité par l?Aapravasi Ghat à la même période.
Gilles RIBOUET
Le plan de gestion du Morne rendu public
La version temporaire du plan de gestion du Morne, pour l?inscription au Patrimoine mondial de l?Unesco, a été rendue publique hier au village du Morne. Elle est d?ores et déjà soumise aux observations du public.
Le plan a été présenté par l?expert sud-africain, François Odendaal, en présence de Mahen Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture, de Stéphanie Anquetil, présidente du Morne Heritage Trust Fund et d?autres membres de ce trust fund. La présentation a eu lieu au centre communautaire du village.
?Tout développement devra épouser le plan. Mais je suis confiant car les lois mauriciennes sont très strictes?, lâche l?expert sud-africain. Plusieurs promoteurs, au Morne, dont Mauritian Properties Partnerships et Rogers, espèrent y développer un projet integrated resorts scheme (IRS). Rien n?a encore été finalisé. ?Les projets devront suivre les guidelines. Nous ne sommes pas contre le développement?, insiste Mahen Gowressoo.
Rogers qui a modifié un projet IRS initial, mis au frigo pendant plusieurs années, se positionne à nouveau. ?Nous allons étudier le plan de gestion?, indique l?un des représentants du groupe. Les autres promoteurs n?étaient pas présents.
Mais déjà, les guidelines pour la zone tampon dictent les limites à ne pas dépasser. Il y en a 12 : pas de développement sur les Pas géométriques, pas de développement sur la portion de terrain qui relie la péninsule à la terre ferme, pas de nouveaux hôtels sur les plages, ?intégrité culturelle? du paysage. Et un principe de compensation à ceux qui ne pourraient mener un projet à terme?
Le plan préconise aussi que l?environment impact assessment de tout projet soit accompagné d?un cultural assessment. Et que le Morne Heritage Trust Fund ait un droit de regard.
Stéphanie Anquetil a fait appel à la participation du public pour l?élaboration du plan final. Cet exercice se fera durant les prochains mois. Le plan final sera alors constitué. Déjà, des amendements effectués par rapport à la buffer zone seront apportés la semaine prochaine.
Le plan de gestion décrit le site et ce qu?il contient comme richesses culturelles, écologiques et patrimoniales. Ayant abrité des Marrons, sacré pour certains, ce site légendaire est décrit comme un ?trésor? dont les ?gardiens? sont les Mauriciens eux-mêmes.
Le plan décrit donc la réalité socio-économique du village voisin du site. Le trust fund aura la tâche de gérer la core zone où aucun développement n?est permis. Elle encercle la montagne, en incluant le restaurant le Domino, au nord, Trou-Chenille au sud, et excluant l?Embrasure, à l?est, le morcellement Cambier, au nord, les hôtels et la plage publique, à l?ouest, entre autres.
Il y aura plusieurs entrées pour le site, un centre pour les visiteurs, le long de la route côtière ou de la plage publique. Des sentiers d?excursion seront aménagés. La biodiversité sera protégée.
Le plan comprend les guidelines pour la zone tampon qui va aussi loin que la passe Saint-Jacques, au sud, la route de Coteau-Raffin au nord et la passe l?Ambulante, à l?ouest.
En attendant l?achèvement de l?exercice de consultations, rien ne sera entrepris sur le site. La date limite pour la soumission est janvier 2008. Le dossier du Morne passera devant le jury de l?Unesco en juin 2008. Mahen Gowressoo affiche un optimisme inébranlable : ?Nous ferons tout pour que le dossier obtienne son inscription.?
Thierry CHATEAU
Ode à la liberté sur la statue d?Adrien d?Epinay
L?an dernier, la menace du ministre des Administrations régionales James Burty David de ?déboulonner? la statue d?Adrien d?Epinay lui a valu de vives critiques. Contraint, sous la pression, de faire machine arrière, il revient à la charge à travers une nouvelle forme de contestation. Ceux qui passent au Jardin de la compagnie pourront lire une nouvelle inscription au pied de la statue. Elle est inspirée du poète Paul Eluard sur la liberté et est gravée sur une plaque avec une représentation de chaîne brisée. On peut donc lire : ?Sur cette statue qui glorifie l?esclavagiste
J?ose écrire LIBERTE
Contre les crimes commis envers mes Frères...?
La plaque a été dévoilée hier par James Burty David et le lord- maire de Port-Louis, Reza Issack.
Marc ATCHIANE
Une marche en l?honneur de ceux qui ont osé
Marcher près de cinq kilomètres sous un soleil de plomb un jour de congé public. Beaucoup s?en seraient abstenus mais pas quand ils ont un hommage à rendre à leurs ancêtres. C?était le cas de quelque 300 personnes hier qui ont marché du Morne Community Centre jusqu?à Trou Chenille, lieu où se trouve une plaque en mémoire des ?ancêtres, victimes d?esclavage, qui ont osé défendre leur liberté et leur dignité?. A neuf heures du matin, Marcesse Perle, une habitante de Baie-du-Cap était déjà au Morne Community Centre. Prête pour sa longue marche. ?En tan ki desandan esclav, mo bizin fet sa zour la, parski si nou nou lib zordi se parski nou ancet inn mor pou nou?, lâche-t-elle. Malgré le soleil qui chauffait l?asphalte au début de la marche, quelques ?pèlerins? ont décidé de marcher pieds nus, à l?image de François Auguste, conseiller du district de Rivière-Noire et membre de Le Morne Heritage Trust Fund, son épouse. Cela pour ?entrer de plain-pied dans l?esprit de l?esclavage, car les esclaves marchaient pieds nus?, confie François Auguste.
Heureusement pour leurs pieds, une pluie fine devait s?inviter en cours de route...
C.M.
Un rendez-vous à ne pas manquer
Marianne Verte fait partie de ceux qui ont voulu faire d?une pierre deux coups : rendre hommage aux ancêtres tout en passant une agréable journée sous les filaos. ?Ki la pli, ki soley, nou bizin la pou sadat la.? Et ce n?est pas la distance qui l?accable : elle vient de Camp-Levieux, Rose-Hill.
Pour l?occasion, Marianne a loué un van pour accommoder les quinze personnes qui l?ont accompagnée. Pour elle, l?histoire du Morne restera à jamais gravée dans les mémoires, en tout cas dans la sienne. ?Mem lesclavaz enn zafer kinn fini pase, kinn fini aboli, mo enkor emu kan mo tann se ki zot inn pase. Kapav parski sa coule dan nou disan ?, explique-t-elle.
Tour à tour, ils vont chacun délaisser leur petite tente pour écouter les discours de ceux qui sont partie prenante de la cause du Morne. Et ils comptent quitter la plage vers cinq heures pour assister à d?autres célébrations au Plaza à Rose-Hill.
Poignante l?heure où quelques personnes vont déposer les gerbes sur la clôture qui entoure la montagne du Morne. Certains ont la larme à l??il. D?autres, plus expansifs, se font l?accolade. Car ?l?année prochaine, il n?y aura plus de clôture?, lâche François Odendaal, consultant à l?Unesco et chargé du dossier d?inscrire Le Morne comme patrimoine mondial.
Ces personnes pourront se rendre sur la montagne du Morne pour ?enfin pouvoir rendre hommage à nos ancêtres comme il se doit?, déclare Jean Humbert, un habitant de Port-Louis. Pour ce dernier, c?est un ?moment très fort? car certains se sont ?accaparés de ce terrain et nous ont empêchés de nous y rendre. Donc, c?est définitivement une victoire pour nous?.
Pascal Pigeot, un touriste français de 28 ans, a suivi tous les discours et le spectacle culturel sur la plage du Morne, quasiment, sans cligner des yeux. ?Je comprends assez peu la langue créole, mais cette ferveur des gens d?ici m?a fait vibrer. J?ai pu comprendre qu?ils ont lutté pendant longtemps et c?est bien de voir que, finalement, ils sont proches de la victoire?, déclare-t-il en applaudissant aux propos d?un des orateurs.
Corinne MINERVE
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