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Les vagues de chaleur risquent de se multiplier à l?avenir

6 août 2003, 20:00

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Les canicules à répétition et la sécheresse intense qui sévissent sur une grande partie de la France feront certainement de 2003 une année noire au même titre que 1976. Avec des différences cependant. En 1976, la sécheresse avait commencé très tôt, fin 1975, tandis que cette année la situation est plus contrastée et de nombreuses nappes phréatiques sont encore pleines.

Depuis juin, la France a connu trois vagues de chaleur, qui ont duré de dix à quinze jours en moyenne. Une première canicule s'est abattue sur le pays vers le 20 juin, au cours de laquelle des records cinquantenaires de températures ont été battus dans plusieurs villes. Une seconde a frappé le pays à la mi-juillet et la troisième se manifeste depuis quelques jours. Les températures grimpent un peu plus lors de chaque nouvelle vague de chaleur. Les stations de Météo France ont ainsi enregistré dans le Sud-Ouest des records absolus pour un 4 août à Montauban (41,8 °C, Tarn-et-Garonne), Cazaux (41,8 °C, Ariège), Bordeaux (40,2 °C, Gironde) et Auch (40,5 °C, Gers). Mais on n'a pas encore atteint le record absolu de température pour la France : 44 °C à Toulouse, le 8 août 1923.

Une telle situation est ?exceptionnelle par sa durée, sa généralisation sur une grande partie de la France et son association avec une sécheresse importante?, note Jérôme Lecou, ingénieur prévisionniste à Météo France. Les grandes vagues de chaleur vont souvent de pair avec une sécheresse marquée, et les deux phénomènes s'entretiennent mutuellement. Les sols étant très secs et les végétaux en état de stress hydrique, l'énergie solaire n'est plus consommée par l'évaporation, ?qui joue un rôle bénéfique en refroidissant l'air de l'atmosphère et en imitant l'amplitude de la température?. A cela s'ajoute un effet saisonnier : la première semaine d'août est en effet favorable aux records, car l'énergie solaire y atteint son maximum.

Peut-on cependant relier les canicules et la sécheresse au réchauffement climatique induit par le rejet de gaz à effet de serre (gaz carbonique et méthane principalement) dans l'atmosphère ? Dans ce domaine, météorologues et climatologues sont d'une extrême prudence car ils manquent de séries statistiques assez longues. Ils constatent cependant tous qu'au XXe siècle les températures moyennes ont augmenté de 0,6 °C sur la planète et de 1 °C sur la France (0,3 °C au Nord et 1 °C dans le Sud-Ouest et le Centre-Est).

?Au cours de cette période, on a détecté très clairement trois phases de réchauffement?, explique Pierre Bessemoulin, directeur de la climatologie à Météo France. La première, de 1900 à 1940, a été marquée par une augmentation modérée. La seconde, de 1940 à 1970, a plutôt connu une stagnation dans ce domaine. Et, depuis 1970, les températures sont reparties à la hausse. L'Organisation météorologique mondiale précise que les dix années les plus chaudes dans le monde sont toutes postérieures à 1987.

Les experts remarquent certaines corrélations entre les simulations informatiques destinées à évaluer les effets du réchauffement climatique et la réalité de la hausse des températures observée dans le monde et en France.

?Aujourd'hui, ajoute M. Bessemoulin, les modèles climatiques reproduisent les trois phases et surtout la deuxième, dès l'instant qu'on y inclut les données concernant les émissions d'aérosols.? Si l'on en croit les simulations, les températures moyennes mondiales vont augmenter dans le futur et, avec elles, la probabilité d'occurrence des vagues de chaleur. Le réchauffement climatique pourrait donc se traduire dans un premier temps par un maintien du climat actuel avec une accentuation des températures extrêmes, l'effet de serre augmentant l'énergie thermique emprisonnée dans l'atmosphère. Il semble que ce processus soit déjà à l'?uvre.

Christiane Galus

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