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Les terres intérieures de Malika Dhurn-Teeluck

22 février 2004, 20:00

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Rentrée de ses études en Inde, où elle réside de 1991 à 1998 ? elle a fréquenté le Delhi College of Arts, où elle a obtenu une Licence en Arts Plastiques et une Licence en Education, suivies de deux années de pratique de la gravure à la Lalit Kala Academy ? Malika D. Dhurn-Teeluck propose son premier solo à l?Alliance française de Bell-Village du 26 février au 10 mars. L?exposition, intitulée Enchevêtrement d?âmes, regroupe ses créations de 2003, soit six peintures à l?huile et 50 gravures, toutes des aquatintes.

La relation privilégiée entre l?exposante et la gravure fait qu?on se cantonne à cette discipline. 5O, ne serait-ce pas trop ? Mais l?homogénéité est là. Et le format si petit, que l?on pourrait presque parler de miniatures. Pourquoi pas ?

Voilà qui traduit une facette essentielle du rapport de Malika Dhurn-Teeluck avec son support. Un rapport d?intimité. Ceux qui travaillent les grands formats le savent : les gestes sont amples, le recul large. Ils sont petits face à l?espace à couvrir. L??uvre les enveloppe. Alors qu?ici, le geste est limité. Les tracés, minutieux. C?est la graveuse qui enveloppe sa plaque de zinc. Du coup, le regardeur doit s?en rapprocher. Pénétrer l?intimité. Chaque gravure est un secret que Malika chuchote à son oreille.

La figure féminine est son espace sine qua non, son lieu de confrontation obsessionnel. Celle-ci évolue entre fleurs, arbre et oiseaux. Parfois sur un thème musical. Mais ceux-là ne sont pas du monde environnant. Ils ne content pas d?anecdotes. Ils viennent de terres invisibles à l??il ordinaire, terres intérieures qui nous habitent, toutes de fertilité. Les mêmes ?terres noires? dont le poète Jean Fanchette parle avec autorité. Pour capter cette réalité des rives surréelles, sans doute les plus réelles, faut-il d?un alphabet autre, un vocabulaire de signes et de symboles.

Le dialogue entre l?exécutante et sa plaque de zinc, s?érige en mille détails. Ils vivifient l?espace à la manière d?un pépiement d?oiseaux. Ces détails créent des plans différents, selon les traits plus ou moins appuyés du burin. Les plans ont tous la même autorité. Aucun ne fait silence au profit des autres. L??il du regardeur va et vient dans un mouvement continu. Il souhaiterait même pouvoir se reposer quelque part. Telle est la singularité de Malika D. Dhurn-Teeluck.

Ces rêves rapportés de l?autre côté du miroir, s?expriment tantôt en noir et blanc, tantôt en couleurs. Les gris subtils des premiers, rappellent ceux du révélateur de la chambre noire du photographe. Ils sont prenants. Ces gravures sont d?ailleurs d?une autre facture. D?un format plus grand, leurs espaces, traités en à-plats, ont chassé les détails. Ils facilitent la lecture. Les différents gris instaurent une hiérarchie où l?on respire. Le silence engendré est propice. Dans cette veine, The Pair, The Tune. La mythologie côtoie le rêve. Ainsi, cette femme qui dialogue avec un oiseau à tête humaine, sobre de couleurs rompues, à simuler le Noir et Blanc, retient la rétine. Le thème en est aussi moins commun.

C?est la composition qui dicte les couleurs. Il n?est point de symbolisme ici. Seuls les signes en assignent. Les rêves ramènent en mémoire Gibran. Mais aussi des réminiscences de Blake. L?on pense à La Naissance de Vénus d?Odilon Redon, au Serpent d?Eau de Klimt. Gibran, Blake?, il y a là une parenté, une plage de spiritualité.

Si les visages sans traits parlent à l?universel, ils révèlent tout autant Malika. Son désir de pratiquer la danse européenne introduit Degas. Dans son jardin, l?arbre devient femme, et la femme arbre. Osmose. Mais il y a aussi beaucoup de souffrance, de la confusion parfois, dans cet ?Enchevêtrement d?âmes? : Conflit, Brutalité, Envie? Et, dans ce jeu récurrent de femme et d?oiseau, un immense besoin de protection, de tendresse, et de liberté.

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