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Les temps forts de l?Entente cordiale

25 avril 2004, 20:00

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?IL EST difficile de parler de l?île Maurice car il y a autant d?îles Maurice qu?il y a de Mauriciens.? Difficulté corsée par la multiplicité d?attitudes adoptées par un interlocuteur, selon le milieu ethnique, social, et autres, où il se trouverait. C?était l?entrée en matière d?Yvan Martial, traitant, ? avec un humour succulent ? des ?Temps forts et temps faibles de la pré-Entente Cordiale? lors du colloque organisé conjointement par l?ambassade de France, le Haut Commissariat britannique, et l?université de Maurice sous la présidence du Professeur Serge Rivière, l?université le mercredi 21 avril, pour célébrer le centenaire de l??Entente Cordiale?.

Au chapitre des ?Aspects culturels et linguistiques?, Yvan Martial poursuit: ?Cela n?empêche pas la vérité historique indiscutable concernant le vécu mauricien d?une pré-Entente Cordiale d?exister.? Et pas seulement entre francophiles et anglophiles, même avant 1810, ?mais en faveur des Anglais?, 1810, date du ?chant du cygne français à Maurice, les Mauriciens devenus sujets britanniques.?

Toutefois, Martial brandit un exemple édifiant d?Entente Cordiale. ?En 1796, le commodore anglais George Losack fait le blocus de l?île de France.? Apprenant que son épouse vient d?accoucher à bord, le gouverneur Malartic lui envoie une chèvre laitière pour son bébé, prénommé Maurice. Et pour elle, viande, fruits et légumes frais. Comme les Anglais, la communauté musulmane de Port-Louis bénéficie de la pratique des Français. Decaen l?autorise à construire la mosquée Al Aqsa, la première sur un territoire français.

Vient Farquhar le francophile, premier gouverneur anglais. Qui milite aussi pour notre sucre. Martial en dira qu?il aura créé ?cet étrange Homo Mauricianus, français de c?ur ayant le portefeuille en Grande Bretagne,(?) parlant franglais, mais étudiant aussi à Oxford, Cambridge? L?histoire de l?après-Entente cordiale dans l?île Maurice du X1Xe siècle se confond fréquemment avec celle de la francophonie et de la présence française dans notre île.(?) Les infortunés délégués ?english speaking? doivent, le lendemain, lire les comptes rendus de leurs délibérations dans les journaux rédigés en Français?, explique Yvan Martial.

Prenant la parole après lui, George Easton s?étend sur ?L?EC vécue par l?intelligentsia dans la première moitié du XXe siècle.? Vu la difficulté de suivre ce qui aurait pu être un exposé hautement passionnant, mais livré sans boussole, nous retiendrons surtout le rôle joué par Robert-Edward Hart, homme illustrant magistralement la fusion des deux cultures et civilisations en présence, par son aptitude marquée pour la traduction. ?Maurice a connu une double colonisation-administration, à la croisée des échanges ? Voltaire, Locke, Rousseau, Arnold ? mais Hart est cet homme, cet individu rarissime qui symbolise cette rencontre, voire cette fusion.? Mais il n?est pas le seul, car il y a eu, rappelle Easton, Auguste Toussaint, John de Lingen, Alex Bhujoharry, Frank Avray Wilson et d?autres, Anquetil, Bissoondoyal, ?avec une orientation plus indianophile?; puis, dans la seconde moitié du XXe siècle, Jean et Régis Fanchette, Kissoonsingh Hazareesingh, sir Harilall Vaghjee??

Revenant à Hart, Easton rappelle que le poète, traducteur des poètes anglais (et américains), chroniqueur signant la rubrique ?Clartés anglaises? dans ?Savez-vous que ??, périodique-journal officiel des années 40, est un ?homme ouvert aux autres cultures (un homme vraiment transversal) ? traduisant ?the mellifluousand honey-tongued Shakespeare? et Edgar Allan Poe (?) quelqu?un qui tout en admirant l?apport du X1Xe siècle, le Romantisme ?, ne perd pas pour autant l?acuité de son regard,(?) fin connaisseur de Sidney, Spenser, Marlowe, Webster (?), il promène sa plaisante érudition sur les deux littératures (?)?

Vinesh Hookoomsingh, de son côté, élabore sur ?L?Elite mauricienne et le bilinguisme anglais-français? avec clarté : il y a, dit-il, des élites mauriciennes, et non une seule. Et s?attarde sur l?élite montante. Il dit en substance qu?ils se trompaient, ceux qui pensaient qu?une certaine élite privilégiait l?usage de l?Anglais. Ce n?est qu?un mythe véhiculé dans les années 30-40. Il y a eu une tactique d?appropriation de la langue française. L?anglais, aujourd?hui, on le voit bien, est en régression devant le rayonnement du français. Il existait, à son avis, une peur interne d?une montée asiatique, qui mettrait en péril l?avancée de ceux prônant l?occidental. Et mentionne l?accueil de Pezzani aux différentes élites : L?élite d?où qu?elle vienne. Il parle de la langue comme arme d?affirmation de soi-même. ?Annauth Bheejadhur écrivait en français.?

L?intervenant ne manque pas de rappeler la pénurie de papier qui mena trois titres à fusionner en une Feuille Commune. Et délimite les périodes marquantes : l 1920-1940: l?émergence d?une nouvelle élite Indo-Mauricienne. Qui compose avec l?élite Franco-Anglaise.

l Les élections de 1948?1960 : l?intense montée du communalisme, des identités spécifiques.

l 1960?1990 : 30 ans d?Indépendance. L?émergence d?une nouvelle. classe moyenne, concentrée dans l?espace urbain. Période de grandes mutations, de l?occupation de l?espace démographique.

Vinesh Hookoomsingh dira qu?on ne peut plus parler d?identités cloisonnées. L?interculturalité, le multilinguisme, coupent à travers les cloisonnements, ?avec une richesse commune.? L?on voit, selon lui, de nouvelles solidarités avec la région, par le biais de la langue. ?Il existe une Francophonie très vivante dans l?Océan Indien?, dira-t-il.

A l?heure des débats, Norbert Benoît a pour sa part mentionné d?autres traductions par Hart, montré un opuscule en anglais sur l?Islam, et la version française de Hart de l?ouvrage. Robert Furlong devait, pour sa part, faire sensation en rappelant aux mémoires défaillantes l?existence d?une femme, en l?occurence Marie Le Blanc, qui, bien avant tous ceux mentionnés par les intervenants, avait publié de nombreuses revues aux titres infiniment percutants sur l?Entente Cordiale.

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