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Les têtes de Turc de l?avocat frondeur

16 août 2003, 20:00

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Dev Hurnam vient d?enfoncer une porte grande ouverte. En balançant son confrère Raouf Gulbul, il voulait démontrer qu?il est « victime d?une justice à deux vitesses ». Or, depuis mars 2003, le Central Criminal Investigation Department avait été saisi des allégations portées contre ce dernier par le détenu Joseph Jacharie Bottesoie. Une enquête a été ouverte pour déterminer si l?avocat a tenté d?influencer le témoin afin qu?il revoie ses accusations contre le trafiquant de drogue Rajen Velvindron.

Dev Hurnam nie avoir montré du doigt cet avocat, simplement parce que c?est son épouse qui a prononcé le verdict le condamnant à six mois de prison. Il déclare avoir agi par pure coïncidence. Vendredi soir, il raconte qu?il a « tout simplement appris » les accusations portées contre son confrère lorsqu?il a « entendu un ancien client faire une déposition » en cour d?assises.

C?est donc tout aussi naturellement qu?il a fait circuler, lors du point de presse à son bureau quelques minutes après sa condamnation, une copie des lettres que son « ancien client », Joseph Jacharie Bottesoie, a adressé au commissaire de police et au chef de la brigade anti-drogue en début d?année.

Témoin à charge contre le trafiquant de drogue Rajen Velvindron, Bottesoie allègue que Raouf Gulbul lui aurait proposé en mars 2003, Rs 5 millions pour changer sa déposition contre le trafiquant.

« Je laisse au public le soin de tirer ses propres conclusions par rapport à la prise de position de Dev Hurnam. Au lieu de commenter le jugement prononcé contre lui, il fait des commentaires contre moi? Je trouve surprenant qu?il vienne maintenant avec ces renseignements. Je peux expliquer pourquoi j?ai vu Bottesoie en prison. J?étais son avocat. Je l?ai assisté dans chacune des dépositions où il implique Velvindron », s?insurge Raouf Gulbul.

Une longue croisade

« Si je voulais qu?il blanchisse cet homme, je lui aurais conseillé de dire tout le contraire aux enquêteurs. D?ailleurs, je n?ai jamais rendu visite à ce Velvindron. Hurnam réclame mon arrestation. Laissons aux institutions comme la police faire leur travail. Je pourrais aussi me poser des questions sur l?authenticité de ces lettres. Ne sont-elles pas censées être confidentielles ? »

Dev Hurnam a eu d?autres cibles dans le microcosme judiciaire. En 2001, lorsque la Directrice des poursuites publiques (DPP) ouvre une enquête sur les allégations de Soobashing Bholah, Dev Hurnam s?engage dans une longue croisade contre l?ancienne DPP, Ah Foon Chui Yew Cheong. Il lui fait parvenir des lettres l?accusant de gérer son bureau comme sa propriété privée, voire comme une « boutique ».

En mars 2001, il crée le scandale en s?attaquant tour à tour au commissaire de police, aux magistrats Rashid Hossen et Rita Teelock qui viennent d?aviser le DPP des allégations de l?accusé Bholah selon lesquelles il a été payé de l?argent provenant du hold-up de Grand Bois.

Dev Hurnam s?en prend également à la directrice de l?ancienne Economic Crime Office (Eco), Indira Manrakhan, parce qu?elle n?a pas voulu prendre le téléphone pour lui parler de l?accusation portée contre ses clients dans une affaire de bijoux. Il lui réclame des excuses et menace de la rapporter au Premier ministre?

Durant la même période, il use de son statut de député pour interpeller le chef du gouvernement sur des sujets portant sur le judiciaire : tels que les déplacements du Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen à l?étranger et le montant des impôts payés par le chef juge Ariranga Pillay et le juge Keshoe Parsad Matadeen. Surtout après qu?ils ont siégé à la cour d?appel des Seychelles.

Les lettres insultantes adressées à la Judicial and Legal Services Commission dans lesquelles il s?en prend aux magistrats Hossen et Teelock, au DPP et à la directrice de l?Eco lui vaudront une année de suspension comme avocat sur la demande du conseil des avocats auprès de la Cour suprême.

Même s?il présente des excuses aux parties concernées dans un premier temps, il persiste et signe quelques jours plus tard.

Dans un meeting, il s?attaque cette fois à l?intégrité du juge Paul Lam Sham Leen, le DPP, l?avocat Gavin Glover et l?avoué Ng Wong Hing relativement à une affaire de restitution de passeport à un homme condamné pour consommation de drogue.

Le juge Lam Sham Leen refusera de siéger si des mesures ne sont pas prises contre l?avocat frondeur. Après les membres du judiciaire, il s?en prend à la presse et en accusant l?express et Le Mauricien de racisme?

Il n?en est certes pas à son premier coup. Depuis 1985, il a été condamné à plusieurs reprises pour des déclarations tout aussi intempestives.

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