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Les syndicalistes abusent-ils du « time-off » ?
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Les syndicalistes abusent-ils du « time-off » ?
OUI
Bert Cunningham receveur des douanes
Y a-t-il abus de time-off ?
Oui. Jusqu?à tout récemment encore, on prenait ce temps libre sous prétexte d?activités syndicales, sans même obtenir une permission. Par exemple, des membres de l?exécutif ont demandé à être libres tous les mercredis après-midi. Mais je sais qu?il n?y a pas de réunion tous les mercredis. Pourquoi devrai-je alors accepter cela ? Personne n?a jamais effectué un suivi du temps libre réclamé par les membres de l?exécutif.
Mais les syndicalistes n?ont-ils pas besoin de disposer de ce temps libre pour leurs fonctions officielles ?
D?accord. Mais qui contrôle ce temps libre ? Même s?ils arrivent à le justifier, je ne crois pas que c?est aux contribuables et au département de payer. C?est aux membres du syndicat de payer leurs salaires.
Avez-vous une dent contre quelqu?un ?
Il n?y a rien de personnel. J?essaie de corriger ce qui ne va pas. On dit que le privilège de full time-off a prévalu pendant des décennies. Mais à la douane, cette pourriture que j?essaie de nettoyer a aussi prévalu pendant des décennies. Et je pense sincèrement que le syndicat des douaniers a une part de responsabilité.
Comment ?
Il protégeait les intérêts de quelques corrompus au lieu de s?occuper de choses beaucoup plus importantes. En tant qu?administrateur, je suis plus que disposé à leur accorder du temps libre pour leur syndicat, du moment qu?ils demandent la permission et que cela n?affecte pas le travail.
Le ministère de la Fonction publique n?a-t-il pas déjà émis une circulaire au sujet du time-off ?
Si. Mais elle date de plusieurs années déjà. Elle fait mention de « reasonable time-off », pas de « full time-off ».
Cela semble beaucoup vous gêner?
Ils n?étaient redevables envers personne dans ce département. Ils ne produisent rien et empêchent quelqu?un d?autre d?occuper ce poste, même à titre provisoire. Or, n?oubliez pas que c?est le contribuable qui paie pour tout cela. Je veux des directives très claires du ministère de la Fonction publique concernant le nombre d?heures qu?on peut leur accorder.
Il y a aussi le problème des promotions. Sur quoi est-ce que je vais me baser, par exemple, pour évaluer la performance de Toolsyraj Benydin ?
Mais les syndicalistes disent que leur travail est devenu beaucoup plus exigeant?
Je n?en disconviens pas. Mais c?est comme partout ailleurs. Cependant, je ne connais aucun pays au monde où l?on accorde le privilège de full time-off aux responsables syndicaux. Toolsyraj Benydin, qui dit toujours qu?il a une expérience internationale, doit le savoir.
Il y a une autre question fondamentale. Qui défend les intérêts de la direction à la douane ? Je suis le seul, dans ce département, à ne pas être membre du syndicat. Tous les autres administrateurs sont également membres du syndicat. Je n?ai jamais rien vu de semblable au monde. Personne ne défend les intérêts de la direction, donc de l?employeur, c?est-à-dire du gouvernement, donc finalement ceux des contribuables.
C?est une situation très étrange. C?est cela qui a permis ces bizarreries. Le syndicat appelle cela des droits acquis?
Justement le time-off est un droit acquis?
Je peux comprendre comment c?est arrivé. Les syndicalistes se sont offert ce time-off eux-mêmes. Personne ne l?a jamais remis en cause. Personne ne s?est demandé quelle était la meilleure pratique en ce qui concerne le temps libre accordé aux responsables syndicaux.
Savez-vous qu?on vous accuse d?être contre le syndicat ?
Comment ça ? Quand je suis arrivé dans ce département il y a treize mois, j?étais horrifié par les conditions de travail qui prévalaient. C?était à quoi je pouvais m?attendre dans un des pays les moins développés, mais pas ici. Il y avait par exemple des ordinateurs qui traînaient dans les couloirs. Dieu sait ce qu?il pouvait arriver. Ma première réaction a été : Où est le syndicat qui est censé défendre la santé et la sécurité de ses membres ? Qu?a fait le syndicat pendant tout ce temps ?
NON
Toolsyraj Benydin
président de la Federation of Civil Service Unions
On conteste actuellement le time- off?
Le principe de time-off est inscrit dans notre pratique des relations patronat-syndicats. Il est garanti par le Code of Practice de l?Industrial Relations Act, où à l?article 96, il est stipulé que l?octroi de ce privilège dépend de la nature des fonctions des syndicalistes. Il y est même question du maintien du salaire de ceux qui doivent s?acquitter de leurs obligations syndicales.
En ce qui concerne les fonctionnaires, des pratiques ont été établies depuis l?ère coloniale. Le Secretary to Cabinet d?alors, M. Simpson, était même d?accord pour octroyer un full time-off aux syndicalistes pour qu?ils puissent effectuer leurs tâches sans contrainte.
Depuis, les choses ont bien évolué. Notre fédération, la Federation of Civil Service Unions (FCSU) dont je suis le président élu, regroupe 72 syndicats de la fonction publique. Ce qui signifie que le full time-off est d?autant plus justifié que dans le passé.
Plus récemment encore, le 19 octobre 2000, le ministère de la Fonction publique a émis une circulaire demandant aux chefs de département de s?assurer que les responsables syndicaux sont affectés à des postes qui ne sont pas susceptibles d?être gênés par les activités syndicales.
Au niveau international, la Conven-tion 151 du Bureau international du travail, touchant à la protection des droits des travailleurs, garantit le temps libre aux responsables des syndicats durant et en dehors des heures de travail pour leurs obligations syndicales.
Votre employeur vous reproche en particulier d?abuser de ce temps libre?
Je suis bien placé pour savoir qu?il n?y a pas d?abus de ce droit acquis. D?ailleurs, il n?y a pas qu?à la douane où cette question d?abus de temps libre a été soulevée. Encore que si je n?étais que le président de la Customs and Excise Officers Union je n?aurais jamais demandé un full time-off. Or, il se trouve que je suis également le président élu de la National Trade Union Confederation (NTUC), la confédération syndicale la plus représentative du pays, avec plus de 60 000 membres.
Ajoutez à cela que je viens d?être élu président de l?Organisation démocratique syndicale des travailleurs africains qui est la régionale africaine de la Confédération mondiale du travail. En outre, je viens d?être appelé à assumer la vice-présidence du National Economic and Social Council.
Avec toutes ces responsabilités, pourquoi le full time-off ne serait-il pas justifié ?
On oublie trop souvent que, de par ses fonctions, le syndicaliste aide à trouver des solutions aux nombreux problèmes de relations patronat-syndicats, mais permet aussi aux rouages administratifs de rouler plus efficacement.
Comment ?
Il n?y a pas un aspect des conditions de travail où le gouvernement ne nous demande pas notre avis. Cela va de la révision des contrats de travail à l?élaboration de nouvelles conditions de service pour un département. Ajoutons à cela, qu?en vertu des nombreuses lois, nous siégeons dans des comités et conseils d?administration. Nous avons de multiples fonctions officielles, conférences, séminaires et autres, auxquelles nous sommes tenus d?assister en tant que représentants des fonctionnaires. N?oublions pas non plus que nous recevons quotidiennement les plaintes de nos membres auxquelles nous devons prêter attention et chercher des solutions. Enfin, il y a les longues sessions de négociations et de dépositions devant des instances officielles, comme le Pay Research Bureau.
Comment expliquez-vous alors ce tollé soulevé par la question du time-off ?
Il n?y a pas de tollé. Il n?y a qu?à la douane que ce droit acquis a été remis en question. Partout ailleurs, les règlements touchant au time-off sont appliqués sans problème. Ce sont d?ailleurs les deux seules fédérations des syndicats de la fonction publique, la FSCU et la State Employees Federation (SEF), qui ont été amenées par le ministère de la Fonction publique à discuter de la question. Nous leur avons fait comprendre qu?il paraît que tout cela relève d?une tentative de restreindre mes activités syndicales. Tout à coup, mes services sont devenus indispensables pour la bonne marche du service, alors que le principe du full time-off est appliqué depuis de décennies sans aucun problème.
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