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Les squatters de la honte?
Déshumanisés, amers et aigris. Le long du terrain de football de Camp-Levieux, vivent des enfants depuis déjà trois mois, parmi les mouches. Les peaux ciselées de plaies, couvertes de boutons et de cicatrices. La réalité gifle. L?indifférence fait mal au c?ur. Où se trouve l?humain chez le squatter ? La réponse n?existe plus. On leur demande de vivre sans leur dignité, sans leur amour-propre, dans les conditions les plus primitives qui soient. Il est temps de réagir.
?Mo bebe inn ne squatter. Vendredi dernier, linn gagnn trwa mwa. Mo bann de zenfan fek kompoz CPE zordi. Zot inn leve gramatin pu al bainye dan larivier. Nu nepli capav? ?, murmure Nanette. La voix se perd dans le découragement.
Nanette et ses cinq enfants bénéficieront, du Trust Fund for the Rehabilitation Of Vulnerable Groups , d?un terrain à Bambous. En attendant, ils s?essoufflent. Chaque jour, ils ouvrent les yeux et se disent que la situation s?arrangera. Aujourd?hui, verront-ils passer la citerne d?eau ? ?Non, ce sak ouit zour ki sitern la pase?, jette la mère Aude qui déjeune d?un mine Apollo. Le soleil se fait cruel. Il grille les têtes.
Loin d?elles, Clivy Cangy s?abrite sous un vieux parasol. Les épaules saillantes, les cheveux entremêlés, le sourire absent, elle livre son dégoût. ?Mo bann zenfan pe malad. Ou cone comie zenfan pe gagnn bouton ?? questionne-t-elle. La silhouette meurtrie, le regard vidé et la tête baissée. Le pire est à venir.
Ses paroles transpirent la détresse. Elle confie sans-gêne que l?alcoolisme est devenu l?échappatoire pour nombre d?entre eux. ?Bann seki pa ti boir, inn apran boir? Bann seki pa ti fime, inn apran fime??. Nanette revient à la charge : ?Vinn get sa??. Une odeur nauséabonde flotte dans l?air. ?Fer kik choz siouplé, supplie-t-elle. ?Nu bizin sorti la. Aswar nu dormi lizie ouver, bann dimounn vinn anuy nu. Mo sipoze ki bann zouer ousi bizin regaygn zot terin foutborl.? Elle désigne ce qu?il faut voir pour comprendre toute la gravité de ce drame humain. C?est sous la marquise, qui devait être enlevée depuis longtemps déjà, que se cache l?enfant de la honte.
Grégory pose pour les clichés. L?oreille couverte de taches blanchâtres, la tête couronnée de boutons... Il tient entre ses petites mains son short trop large. Comme médusé par l?appareil photo, il ne bouge pas, dans toute sa honte et dans tout son désespoir. ?Nu envi trouv lavoi de sorti. Sa sitiasion la intolerab??, souffle la dame qui donne de la bouillie à son bébé.
Rongés par cette envie de tout abandonner, ils n?ont pourtant pas baissé de ton. Aujourd?hui, les squatters qui n?ont pas obtenu un terrain sont en colère. Peut-être que certains ont abusé. Mais l?humain est désarmé devant un tel spectacle. Un souhait : redonner le sourire à ces enfants.
Réfléchir à une solution
?La situation est sous contrôle, affirme pourtant Shyam Hurbungs du Trust Fund. ?Les 144 familles ont toutes eu leur bout de terre. Huit maisons sont presque terminées à Bois-Marchand. Nous avons eu une réunion aujourd?hui [NdlR : hier] pour identifier les organisations non gouvernementales qui vont aider à la construction des maisons de Bambous.? Les squatters qui seront relogés à Bambous sont ceux qui viennent de Chebel, de La- Tour-Koenig et de Camp-Levieux. Les arrangements pour l?eau et l?électricité ont déjà été faits. La situation sera un peu plus difficile pour les squatters de Cité-La-Cure. ?Le terrain est très boueux, il se trouve sur la berge d?une rivière. Il nous faudra ajouter un soubassement avant la construction des maisons.?
Pour ceux qui n?auront pas de terre, Shyam Hurbungs ne se prononce pas : ?Je crois que le ministère du Logement et des Terres réfléchit à une solution??. Selon une étude de la NHDC et du Trust Fund, 25 000 personnes au moins seraient concernées par ce problème de squatter.
Où sont-elles ? Sur les plages, entassées dans des maisons, sous des tentes. ?Cela prend du temps pour prendre une décision car quelqu?un aura à payer pour ces 25 000 maisons?, entend-on dans les couloirs du ministère du Logement et des Terres.
Un jeune garçon, Kursley, assis à côté d?un vieil homme handicapé, propose une solution. ?Dir gouvernmen, nu kapav pay au moin Rs 1000 sak moi, pu enn ti lakaz cite omoin. Bann seki pann gagnn lakaz kapav sorti dan sa sitiasion la?. Il vient d?obtenir un boulot lundi. Et n?attend plus que quelqu?un lui tende la main?
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