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Les sièges de « best loser » pourraient-ils être réservés aux femmes ?
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Les sièges de « best loser » pourraient-ils être réservés aux femmes ?
OUI
Robert Ahnee ancien juge
Cette proposition supposerait que l?on amende la Constitution pour y inclure une discrimination sur la base du sexe. Au lieu d?effacer celle sur la race, nous en ajoutons une autre. N?est-ce pas dangereux ?
Quand, pour la première fois, la femme a été autorisée à voter, des restrictions ont été imposées. Il fallait qu?elle se « qualifie » pour voter. Mais c?était une décision que l?on a acceptée en attendant mieux. Si on avait tapé du pied en disant « c?est tout ou rien », les femmes n?auraient jamais voté en 1948. J?ose espérer que cette proposition est faite dans le même sens, « en attendant mieux ».
Une discrimination, hélas oui, c?en serait une, mais quand je vois ce chiffre sur la représentation des femmes au Parlement, qui est presque une insulte, je me pose la question de savoir où est la plus grande discrimination. S?il faut faire une entorse à la Constitution dans le but de s?assurer que l?on donne une représentation plus digne, je suis disposé à admettre cette dérogation en attendant de nouvelles. Comme un pis-aller.
En fait, ce n?est pas une solution?
Loin de là. De toute façon, pour que les femmes soient « best losers », il faut déjà qu?elles soient candidates. Et pour cela, il faut convaincre les partis politiques.
La solution, la vraie, on la connaît. Avec un nombre élargi de députés élus par représentation proportionnelle, la chose se règlerait d?elle-même. Il est vraiment dommage que le pays soit si bien armé pour réformer le système électoral et, qu?à quelques mois des élections, on abandonne tout. En reléguant dans un tiroir le rapport Sachs, qui a reçu en outre l?approbation du comité d?élite de Collendavelloo, on a raté une occasion. Mais ce n?est pas parce que Sachs n?a pas été accepté qu?il ne faut pas passer à autre chose.
Si on élimine le « best loser system », qu?adviendrait-il de l?« ethnic reassurance » qu?il est censé garantir ?
Je crois que tout le monde est d?accord aujourd?hui qu?on n?a plus beaucoup besoin de cette « ethnic reassurance », que la société évolue. Au cours des quarante dernières années, au Parlement à Maurice, on n?a jamais vu un cas où les députés d?une communauté ont fait bloc pour voter tel ou tel projet de loi. Tous les partis politiques qui espèrent se faire élire se chargent eux-mêmes de représenter adéquatement les communautés.
Une des injustices du BLS serait perpétuée, à savoir une grande circonscription sous-représentée, et une petite surreprésentée ?
C?est une vue de l?esprit. Il faut bien penser que lorsque l?on est élu « best loser », on est élu sur une base nationale. On n?est pas le quatrième ou le cinquième député de Triolet ou de Baie-du-Cap.
N?est-ce pas risquer de rendre un mauvais service aux femmes, déjà snobées par les parlementaires, de même qu?à l?objectif de rééquilibrage que d?en faire des « second-class MPs » ?
Je m?élève contre ce terme. Les « best losers » sont des députés à part entière. Un député est un député quelle que soit la manière dont il entre au Parlement. Il n?y a pas à rougir d?entrer par une porte par laquelle sont passés Paul Bérenger, Gaëtan Duval et Razack Mohamed. Si vous me dites que les femmes n?entreront que par ce système, non. Mais y recourir au cas où elles ne sont pas bien représentées, pourquoi pas.
NON
Rama Sithanen Chercheur
Pourquoi êtes-vous contre cette formule ?
Pour une question de principe. Que l?on garde les postes de huit « best losers » tels quels en les réservant aux femmes au lieu des communautés ou qu?on étende le nombre actuel de ces sièges pour accommoder les femmes, comme il pourrait en être question, nous sommes en train de passer à côté du problème. Ce qu?il nous faut régler, c?est une injustice. C?est la sous-représentation des grands partis par rapport au nombre de voix obtenues et les risques de 60-0 qu?il nous faut surtout résoudre. La sous-représentation des femmes est un problème certes, mais pas le plus fondamental.
Vous refusez de tergiverser ?
La solution qui résoudrait ces trois problèmes, c?est 30 députés choisis à partir d?une liste sur une base de compensation. C?est celle que les experts que nous avons consultés, Sachs et Collendavelloo, ont l?un recommandé, l?autre soutenu. Pourquoi aller chercher midi à 14 heures ? Pourquoi refuser ce qui a été accepté, et accepter? ce qui a été refusé, car il faut savoir que l?extension du « best loser system » a bien été suggérée devant la commission Sachs et rejetée ? Faisons ce qu?ont fait les autres pays qui ont eu le même problème démocratique avec les femmes à régler ? de l?Allemagne à l?Écosse, de l?Afrique du Sud au Lesotho : une liste où il y aura des femmes, établie avant les élections? C?est une chose extrêmement simple à mettre en place.
En attendant, ce ne serait pas une discrimination « positive » envers les femmes, comme un quota, que leur réserver ces sièges ?
Cela reste une discrimination. Quand on peut régler le problème avec des techniques respectées mondialement, pourquoi créer une entorse à la Constitution avec une discrimination ? Il y a dans notre système une discrimination sur la base de la race et, au lieu de la corriger, on en apporterait une autre, sur la base du « gender »? Si on va toucher à la Constitution pour ça, il vaut mieux ne rien faire. Si on ne veut régler que le problème de « gender », on ne change ni la Constitution ni la loi électorale, on demande aux partis d?assumer leurs responsabilités.
Cela ne corrigerait-il pas un système dépassé et contesté ?
Mais la proposition Sachs la corrige comme il faut. La plupart des gens à Maurice pensent que le système est mauvais mais qu?il donne de sagranties à certaines composantes de la population. Et Sachs a proposé une alternative au « best loser » qui, sans être une entorse à la Constitution, restitue cette fonction de représentativité.
Au-delà de la question de principe, quels sont vos arguments contre un système de remplacement voire d?extension des sièges de BL aux femmes ?
Il y en a plusieurs. C?est dangereux pour l?unité nationale. Si, dans une équipe de trois, il y a un qui sait qu?il peut être récupéré par le système, ce sera une rivalité terrible. La dynamique de partis qui a enrichi notre vie politique s?en trouvera affectée. C?est humiliant ensuite pour une femme d?entrer au Parlement ainsi, as a « second-class MP ». Et puis sept ou huit femmes ne feront pas la masse critique susceptible d?influer sur l?agenda politique. Il faut atteindre au moins 30 % de femmes pour que celles-ci puissent faire une différence. Et une des grandes injustices du BLS restera : si l?on se fie au nombre de voix, une grande circonscription risque d?être sous-représentée au Parlement, alors qu?une petite sera surreprésentée. Le Premier ministre lui-même avait dit qu?il était contre le « best loser », mais que le « best loser » allait mourir d?une mort naturelle. « If it has to die, we can?t extend it. »
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