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Les Seychelles déjouent un coup d?Etat sud-africain

27 novembre 2006, 00:00

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Fin novembre 1981, Sir Seewoosagur Ramgoolam théorise, sans terroriser ni thésauriser : ?Le coup d?Etat appelle le coup d?Etat?. Evoquant du même coup les propos d?un charpentier galiléen : ?Qui se sert de l?épée périra par l?épée?. Eternelle vérité évangélique, adaptée à la sauce politique du XXe siècle. Ce n?est pas gentil pour nos /dalons/, sans justifier pour autant les allégations seychelloises, à l?effet que les adversaires les plus irréductibles du régime du putschiste France Albert René crèchent en Australie, au pays honni de l?apartheid mais aussi à Maurice. Il est vrai qu?on peut difficilement exiger d?un régime, même putschiste, de ne pas perdre les bonnes manières diplomatiques, après avoir déjoué une troisième tentative de coup d?Etat, après celui du 5 juin 1977 (30 ans l?an prochain... Avis aux obsédés de la manie des commémorations). Le fait demeure qu?en cette fin de novembre 1981, le père bien aimé de notre nation ?castéisée? et ?tribalisée? jure ses grands dieux que son gouvernement n?a que de bonnes relations avec le régime de France Albert René et se désole de savoir que le videur de James Mancham ne partage pas ses convictions amicales. Le ministre seychellois des Affaires étrangères, Jacques Hoddoul, essaye bassement de raccommoder le bon voisinage Maurice-Seychelles, en imputant à Reuters, autrement dit à des journalistes, les propos désobligeants seychellois à l?égard du gouvernement du bon Ramgoolam.

Mais que se passe-t-il donc aux Seychelles pour accentuer de la sorte la méfiance entre Port-Louis et Victoria ? En fait, tout commence quelque part sur la frontière entre le pays honni de l?apartheid et le royaume du Swaziland. Un gang de mercenaires blancs, sud-afs pour la plupart, prennent place à bord d?un avion de la Royal Swazi. Combien sont-ils. On a d?abord parlé d?une centaine. Une cinquantaine serait plus exacte. D?ailleurs l?avion soizi ne dispose que d?une soixantaine de places. Les autorités de ce royaume africain les prennent trop facilement pour des joueurs de rugby. C?est qu?ils ont le gabarit qu?il faut pour que les apparences soient sauvées. Ils ont aussi le profil des suspects préférés de la police seychelloise. Et cette spécificité causera leur perte et l?échec de leur aventureuse expédition anti-marxiste. Une armoire à glace célibataire, cela peut aller à la rigueur. Mais une cinquantaine se rendant aux Seychelles, sans femme pour le repos du guerrier, voilà qui sent à plein nez la tentative de coup d?Etat. L?énervement croissant des passagers-mercenaires confirme, de minute en minute, les appréhensions initiales des autorités seychelloises, allergiques à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un mercenaire intéressé à un changement de régime par la force, dans leur archipel paradisiaque peuplé de Dalons.

La douane seychelloise commence par fouiller les bagages de quelques-uns de ces drôles de visiteurs, tout en muscle et à la détermination martiale. Un préposé finit par découvrir une arme à feu, cachée dans le double fond d?une valise et dissimulée sous un stock de confiseries. L?alerte est donnée mais des deux côtés, autrement dit de celui des autorités seychelloises comme de celui des mercenaires. Bon nombre d?entre eux ont déjà pris place dans un autocar devant les conduire d?abord au Reef Hotel puis à Victoria où doit se dérouler en principe la prise du pouvoir.

La vigilance des autorités aéroportuaires seychelloises remet tout en cause. Démasqués plus tôt que prévu, les mercenaires jouent leur va-tout. Ils sortent leurs armes à feu et s?emparent du contrôle de l?aéroport, y compris de la tour de contrôle.

La policière Flavienne Pothin parvient heureusement à alerter son quartier général à Victoria, qui prévient l?armée et le gouvernement. L?armée seychelloise cerne alors l?aéroport, toujours sous contrôle des mercenaires. Pour eux, la partie est perdue d?avance. Ils ne peuvent plus compter sur l?effet de surprise qui était leur carte maîtresse. Un avion d?Air India demande sur les entrefaites l?autorisation d?atterrir. Ordre est donné à la tour de contrôle de lui donner le feu vert. L?atterrissage se fait plus ou moins sans encombre, en dépit de la présence de plusieurs véhicules militaires sur la piste ou à proximité.

Des mercenaires prennent alors possession de l?avion et ordonnent au pilote de décoller presto en direction, non de Bombay, mais de l?Afrique du Sud. Ils diront aux passagers devenus leurs otages : ?Vous nous avez sauvé la vie !? Ils veulent atterrir à Jo?Burg. Ils ne pourront le faire qu?à Durban. Tous les mercenaires ne parviennent pas à prendre place dans l?avion. Ceux qui ne peuvent le faire s?enfuient, à droite et à gauche, en espérant pouvoir se cacher dans les environs de l?aéroport de Pointe-Larue.

La chasse aux mercenaires commence alors aux abords aéroportuaires et continuera le lendemain matin, d?où l?annonce de la poursuite des affrontements entre mercenaires sud-africains et armée seychelloise. Par mesure de prudence, le gouvernement seychellois impose un couvre-feu pendant les jours suivant la tentative.

Il n?est pas possible dans un premier temps au gouvernement seychellois de préciser le nombre de blessés et de morts, surtout du côté des mercenaires. De son côté, l?Afrique du Sud interpelle, à Durban, les mercenaires, ayant détourné l?avion d?Air India. A Londres, James Mancham, fait savoir qu?un interlocuteur anonyme l?a simplement informé de l?imminence d?une tentative de coup d?Etat aux Seychelles et qu?il n?en sait pas plus à ce sujet. Ne nous demandons surtout pas à qui aurait profité celle-ci. Mais avis à ceux qui veulent mettre Agalega à la disposition d?investisseurs sud-africains, afin de pouvoir narguer à loisir des promoteurs mauriciens, connus pour leur patriotisme séculaire. La haine de l?oligarchie ne peut pas tout justifier.

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