Publicité

Les représentants syndicaux au NPC proposent leur barème de paiement

17 mai 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au Vaghjee Hall à Port-Louis, hier, s?est tenue la deuxième rencontre du National Pay Council (NPC). Ce comité doit déterminer le quantum de la compensation salariale annuelle

Les représentants des trois parties réunies, travailleurs, patronat et gouvernement, sont intervenus tour à tour pour défendre leurs arguments. Les deux premiers ont été appelés à défendre les propositions contenues dans le mémoire qu?ils ont présenté. Sen Ramsamy, président du NPC, a jugé ces interventions?excellentes?.

Ramesh Maudhoo, un des représentants des travailleurs, s?est, lui, dit déçu de la position du patronat : ?Jamais, depuis trente ans de tripartite, vous n?avez entendu le patronat dire qu?il peut payer. Pour moi, c?est de la démagogie. En 2007, il est temps de tenir un langage franc.? Il a ajouté qu?il demandera une analyse dans ce sens.

En revanche, il a dit apprécier le langage tenu par le gouvernement, qu?il a qualifié de ?transparent et vrai?, principalement par rapport à la situation du pays qui ne serait ?pas précaire?, comme l?avait déclaré Ali Mansoor, secrétaire financier, lors de la précédente réunion du NPC.

Au cours d?une conférence de presse hier matin, tenue avant la réunion du NPC, les représentants des travailleurs ont présenté leurs arguments. Ils disent que la compensation salariale doit être payée selon la moyenne des dépenses des ménages et non par rapport au salaire de base. Ils établissent que les revenus moyens mensuels d?un salarié sont de Rs 8 000. Compte tenu du taux d?inflation pour 2006-2007 qui est estimé à 10,7 %, ils proposent une compensation de 11 % pour ceux touchant jusqu?à Rs 8 000.

?Recommandé le strict minimum?

Leurs recommandations suggèrent aussi une compensation uniforme de Rs 720 pour les salaires supérieurs à Rs 15 000, ce qui correspond, disent-ils, à un pourcentage équivalent à 4,8 %. Pour les revenus se trouvant dans une fourchette de Rs 8 000 à Rs 15 000, il propose un barème gradué. Ils chiffrent la compensation à 3,6 % pour un salaire de Rs 20 000, à 2,4 % pour Rs 30 000, à 1,8 % pour Rs 40 000 et ainsi de suite.

Lors de cette même conférence de presse, Yusuff Sooklall a assuré ne pas être ?ban zom gouvernma?. Il a demandé ?un peu de retenue? de la part des centrales syndicales qui les critiquent ?déjà qu?on a beaucoup de défis à relever?. L?équipe de Yusuff Sooklall et Ramesh Maudhoo ne représente pas que les travailleurs, mais aussi quelque 130 000 retraités.

Mookeshwarsing Gopal, un des cinq représentants du patronat et président de la Mauritius Employers Federation, a déclaré avoir ?recommandé le strict minimum? comme compensation pendant la réunion du NPC ?parce qu?il faut soutenir la croissance économique?.

Sen Ramsamy a souligné que le NPC est en train ?d?atteindre sa vitesse de croisière de par la façon de dialoguer, le respect mutuel et la compréhension qui prévaut lors des réunions.? Il a ajouté que le tripartisme ?est en train de devenir pal- pitant à travers cette plate-forme structurée, comparée à ses aspects folkloriques dans le passé?.

Le président du NPC a ajouté que les travailleurs sont ?extrêmement bien représentés?. Il a également fait part de sa satisfaction qu?il n?était pas uniquement question de compensation salariale mais que les intervenants ?sont allés au-delà, en parlant de chômage par exemple?.

Approché pour une déclaration, le ministre du Travail, Vasant Bunwaree, a déclaré ?suivre d?une façon intéressée? ce qui se passe. C?est ainsi qu?il a appris que les parties concernées ont ?bien argumenté leurs requêtes?.

Une prochaine réunion du NPC se tiendra mardi, 22 mai et d?une autre le vendredi suivant. A cette date, le NPC soumettra ses recommandations, lesquelles seront alors examinées par le Conseil des ministres.

Le patronat : certains secteurs ne peuvent pas payer

C?est une perspective assez sombre que dépeignent les patrons en ce qui concerne le paiement de la compensation. Dans un document intitulé ?Wages policy : a new vision? remis au National Pay Council (NPC) lors de sa réunion d?hier, la Mauritius Employers Federation (MEF) ne laisse que peu d?espoir aux travailleurs du tourisme, de la zone franche et du secteur sucre : pour les premiers, une augmentation variant d?une compagnie à une autre, et pour les deux autres secteurs, rien.

Dans ces deux autres secteurs, en effet, les choses semblent peu reluisantes, puisque la MEF soutient, chiffres à l?appui, qu?elle est dans l?incapacité d?accorder de compensation aux travailleurs. Et de citer les préférences commerciales avec l?Union européenne, notre principal marché qui représente 77 % de nos exportations, qui vont arriver à terme en décembre 2007. Cela représente une menace majeure à notre économie.

Vu le contexte économique, écrit la MEF, l?industrie sucrière ne pourra pas faire face à une augmentation de salaires en 2007. Et en ce qui concerne la zone franche la MEF, la fédération patronale estime que la priorité devrait être de préserver les emplois de ceux travaillant dans ce secteur. Elle souhaite ainsi que les salaires ne soient pas augmentés.

?Avec les augmentations de coûts de la main-d??uvre, des coûts des services, le manque de main-d??uvre locale, les taux de fret élevés, faibles gains de productivité et un climat d?investissement critique des entreprises de la zone franche éprouvent des difficultés pour soutenir leur croissance?, estime Azad Jeetun, directeur de la MEF.

L?Association des hôteliers et des restaurateurs de l?île Maurice, est plus nuancée, proposant le paiement de la compensation à ceux qui le peuvent. Elle recommande, elle aussi, le maintien des salaires actuels dans le secteur touristique, pour permettre au secteur de rester compétitif. D?autant plus, dit-elle, que certains hôtels viennent de commencer leurs opérations et que dans une situation financière difficile, il faut un ?breathing space? pour leur permettre de survivre, en particulier les petits et moyens établissements. Elle explique aussi que le secteur a été sérieusement affecté par le chikungunya l?année dernière.

Néanmoins, disent les patrons du tourisme, une compensation minimale pourrait être considérée par des compagnies pouvant le faire. Mais cela devrait être strictement lié aux gains de productivité et non uniquement à l?indice des prix à la consommation (CPI). Les hausses ne devraient pas non plus être ?across the board? mais limitées à des emplois spécifiques et aux évaluations de performance.

?Salaires liés à la productivité?

La MEF estime aussi qu?il y a besoin de développer une politique cohérente du tourisme. Cela devrait être énoncé par l?élaboration d?une feuille de route (road map) qui définira son développement à moyen et long termes. ?Le processus de la réforme des lois du travail actuellement en cours fournira les conditions nécessaires aux opérations de la zone franche?, disent les patrons.

Ceux-ci, dans le mémoire remis hier, définissent ainsi leur vision pour la politique salariale. ?Nous sommes convaincus que les salaires doivent être obligatoirement liés à la rentabilité des entreprises et leur capacité de payer?, dit Azad Jeetun.

?Les salaires doivent nécessairement être liés à la productivité aussi bien que la performance macroéconomique du pays, la performance des différents secteurs économiques, les taux de l?emploi et du chômage et les tendances économiques mondiales?, ajoute-t-il, précisant qu?une augmentation de salaires peut être soutenue seulement par des gains de productivité.

La MEF considère en outre la création du NPC comme ?un shift de la compensation salariale traditionnelle à une institution plus structurée allant dans la direction de la flexibilité et du collective bargaining?. Son objectif de discuter de l?augmentation salariale pour 2007 doit être considéré comme une ?mesure transitoire?. Pour la MEF, le ?collective bargaining? au niveau de l?entreprise doit servir de base pour les négociations concernant la rémunération et les conditions de travail entre les employeurs et les employés sous les lignes directrices du NPC.

?Une productivité et une compétitivité accrues à long terme ne pourront être soutenues qu?à travers des réformes majeures dans le marché du travail et une politique salariale. Une augmentation du taux de la croissance requiert la formation de politiques appropriées?, souligne Azad Jeetun.

Publicité