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Les raisons d?une crise
?Il ne fait aucun doute que chaque pays doit investir dans le tertiaire public. On ne peut pas dire qu?on n?a pas d?argent. Chaque Etat a une responsabilité envers l?enseignement supérieur. Malgré les contraintes financières, il y a des solutions. L?Etat ne peut pas dire qu?il ne fait pas davantage?, lance, d?emblée, l?ancien vice-chancelier de l?université de Maurice (UoM), le professeur Goolam Mohamedbhai. Le constat est unanime. L?Etat mauricien ne fait pas l?effort financier nécessaire pour assurer une offre en matière d?enseignement supérieur qui garantirait au pays les moyens de relever les défis de demain ainsi que ceux d?aujourd?hui.
A la deuxième université publique du pays, l?université de technologie de Maurice (UTM), même si les étudiants sont appelés à encourir les frais d?inscription et les frais scolaires, la somme recueillie est insuffisante pour envisager toute expansion. Au mieux, elle contribue, dans une certaine mesure, aux obligations financières de l?institution. Mais elle est loin de pouvoir permettre à l?UTM de passer des deux écoles, qu?elle compte actuellement, aux cinq établissements qui sont prévus dans son Plan 2012. ?On a de grandes ambitions mais il faut aussi être réalistes vu la situation du pays. Si on arrive à avoir un deuxième campus, ce serait un pas en avant. Mais il nous revient aussi de remplir notre rôle?, explique Sassita Goordyal, registrar à l?UTM.
?On ne peut pas atteindre le niveau singapourien parce qu?on n?a pas les moyens. Mais ce n?est pas pour autant qu?on ne peut pas avoir cette ambition?, résume, de son côté, Ranjit Putty, directeur général du Mahatma Gandhi Institute (MGI) et du Rabindranath Tagore Institute. Abordant cette question du financement du supérieur public, l?ancien pro-chancelier de l?UoM à partir de 1988, Surendra Bissoondoyal, propose une formule de contribution des étudiants. ?Je ne dis pas qu?il faut faire payer immédiatement les 100 % des frais. A Singapour, par exemple, ils font payer un certain pourcentage des frais mais il existe aussi une panoplie de moyens financiers offerts aux étudiants, des prêts sans intérêt, entre autres?, précise-t-il.
La crise que connaît l?enseignement supérieur mauricien ne se résume pas à la question financière. Quelle éducation universitaire adaptée au monde contemporain ? Le professeur Goolam Mohamedbhai prévient d?abord contre la tentation d?un modèle basé sur le privé. ?Le privé s?oriente vers la demande. Mais c?est la qualité qui doit primer. Et il faut s?assurer que la qualité est jaugée en toute indépendance. Sinon, on aura des institutions privées qui fonctionneront dans des conditions approximatives. Il y a un danger que le public ne soit tenté par le modèle privé. Oui, il faut produire des gradués qui auront un emploi mais il faut aussi garantir de la place pour des personnes qui entreprennent des filières sociales et humanitaires. Le développement social et humain relève d?une responsabilité de l?université publique. Il ne faut pas s?intéresser exclusivement au marché.?
Abondant dans le même sens, Ranjit Putty plaide pour un enseignement supérieur qui assure un programme de développement complet de l?individu. ?L?offre universitaire doit préparer l?étudiant autant en termes de diplômes que de personnalité pour s?épanouir et aider la société.?
Il serait exagéré d?affirmer que le supérieur mauricien est encore à l?âge de pierre. Mais le fait demeure que les retards s?accumulent. Avec seulement quelque 20 % de ceux se retrouvant dans la tranche d?âge 24-25 ans entreprenant des études, Maurice est encore loin de ses objectifs. Elle l?est encore plus sur le plan culturel. Faut-il en ce sens avoir un campus résidentiel ? La réponse est évidente mais il n?empêche qu?elle fait toujours débat. ?On peut envisager un campus résidentiel comprenant l?UoM, l?UTM, le MGI, entre autres. L?enseignement supérieur, c?est aussi un espace de rencontres, d?échanges et de discussions?, fait ressortir le professeur Mohamedbhai. Ce campus universitaire, c?est aussi l?occasion de donner une autre dimension à notre ambition de rayonnement régional. ?Il y a très peu d?étudiants étrangers à Maurice. 10 % seraient un chiffre idéal.?
Les études supérieures sont devenues incontournables pour les pays ambitieux. Autrement, il existe peu d?opportunités pour la jeunessse contemporaine, témoigne Sassita Goordyal. Pour cela, il faut aussi que chacun assume ses responsabilités. Dans un contexte où Maurice est soumis aux aléas d?une économie mondiale imprévisible, enchaîne Ranjit Putty, il faut pouvoir s?adapter continuellement. ?Dans cet esprit, l?enseignant ne peut plus avoir une attitude passive. Ce qui se passe dans chaque classe, au-delà des lois et directives, dépend des élèves et du prof. Si le prof veut d?un changement, il y aura changement. Autrement, c?est le statu quo. Les ressources étant toujours limitées, il s?agit d?en profiter au maximum.?
A ce problème, Surendra Bissoondoyal, rappelant que les professeurs d?université n?ont besoin que d?une maîtrise pour enseigner à Maurice, plaide pour que ceux-ci disposent des moyens pour ?s?enrichir intellectuellement et professionnellement?. ?Nous avons de très bons professeurs mais aussi des gens doués qui ne veulent pas se joindre au service parce qu?ils ne trouvent pas les rémunérations suffisantes. Certes, on n?enseigne pas à l?université pour devenir millionnaire, mais il faut quand même que le salaire garantisse un niveau de vie raisonnable. Aujourd?hui, il faut une vision qui va au-delà des considérations politiques et électorales pour réformer le tertiaire mauricien.?
Le tableau est sombre à tous les niveaux. Sans verser dans l?alarmisme, il ne s?agit pas non plus de faire preuve de complaisance. Le statu quo ne profite à personne. Des étudiants aux professeurs en passant par les dirigeants, il y a un v?u de réforme. Y a-t-il quelqu?un pour les entendre ?
PLAN STRATEGIQUE 2007-2011
Le plan stratégique 2007-2011 de la Tertiary Education Commission (TEC) prévoit déjà de donner une nouvelle impulsion à l?éducation universitaire à Maurice. La TEC constate, de manière générale, que l?éducation est tenue de se plier à des impératifs nouveaux du fait que l?économie globale est en pleine mutation. Elle est ainsi soumise à la mondialisation, à la libéralisation du commerce international et aux évolutions technologiques qui commandent une approche basée sur le savoir et le service. A Maurice, l?éducation post-secondaire devra ainsi prendre appui sur les secteurs émergents afin de répondre à leurs besoins, des secteurs comme l??offshore banking?, les services régionaux financiers, le port franc et l?informatique. De même, elle doit tenir en compte le développement de nouveaux secteurs tels le ?seafood hub?, la ?land-based oceanic industry? et l?industrie du savoir. Il est, en ce sens, crucial de libérer pleinement le potentiel et la créativité des Mauriciens ainsi que de poser le fondement pour que Maurice se transforme et accède au rang des pays développés.
Pour atteindre ces objectifs, le supérieur mauricien doit surmonter ses faiblesses dans les années à venir. Dont, entre autres, attaquer le problème des places limitées au sein des institutions supérieures, de manque d?infrastructures, d?opportunités de formation réduites, des processus de formation continus limités, du déficit d?expertise, des difficultés à recruter certaines compétences, du lien insuffisant avec le monde des affaires et l?économie en général, de la dépendance au financement de l?Etat et de l?absence d?une stratégie de marketing des services liés à l?éducation.
Pour convertir ces faiblesses en atouts, la TEC se fixe plusieurs objectifs. Elle estime qu?il faut créer un environnement adapté pour que Maurice se développe comme un centre régional et un centre d?excellence de l?enseignement supérieur. Selon elle, il faudrait également mettre l?accent sur l?éducation ouverte et à distance comme un instrument pouvant accroître l?accès à l?enseignement supérieur et l?apprentissage continu localement et régionalement. Il existe aussi la nécessité de soumettre le post-secondaire mauricien aux normes et standards de qualité internationale. Sans oublier le fait que les programmes d?études doivent être adaptés aux besoins des étudiants, du pays et de la région. La formation des enseignants est un autre impératif, de même qu?il est nécessaire d?encourager les principes de bonne gouvernance, de transparence et de responsabilité dans le système supérieur. La recherche, la coopération et le contact avec des étudiants étrangers sont d?autres questions abordées.
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