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Les raisons du Mensonge

10 janvier 2004, 20:00

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«Toute vérité n?est pas bonne à dire », a-t-on coutume d?entendre. Fort de cette maxime, qui n?a pas, un jour ou l?autre eu recours au mensonge ? Le mensonge est omniprésent dans notre vie. Il s?immisce partout : à la maison, au travail, dans la rue, en politique, dans la publicité. Il est devenu un moyen de communication comme un autre. Mais pourquoi mentir ? Nous avons posé la question autour de nous.

  • « On ment pour se simplifier la vie. » Vanida se souvient de ce récent mensonge qu?elle considère aujourd?hui comme banal. « Ma mère m?a demandé en sortant de son shopping si j?avais déjeuné. Je lui ai répondu que j?avais fait un mine. En fait, je n?avais pas mangé parce que j?avais eu la paresse d?aller cuisiner. » Que se serait-il passé si elle avait dit la vérité ? Sa mère n?aurait pas été contente et l?aurait traitée d?irresponsable. Vanida se serait sentie obligée de cuisiner une autre fois avant de partir.

  • « On ment par omission. » Pegguy, mariée depuis onze ans, a omis de dire à son mari qu?elle avait offert à sa mère un aspirateur pour le nouvel an. Elle a eu peur qu?il lui fasse des remarques parce que lui-même n?a offert qu?un parfum à sa mère. Cacher une vérité intentionnellement, c?est aussi mentir. On connaît des patrons qui remettent à demain une nouvelle qui va perturber l?entreprise. On connaît ces étudiants qui oublient de dire à leurs parents que leur prof les a convoqués à l?école.

  • « On ment pour se sortir d?une mauvaise passe. » Joyce a prétexté un rendez-vous chez le médecin pour ne pas aller à un déjeuner. Pour couvrir ce mensonge, elle a dû ensuite raconter toute une histoire sur ce que le médecin lui a fait comme diagnostic. Elle a dû également mettre d?autres personnes dans le coup si jamais on l?appelait à la maison. Dans ce cas, un mensonge en entraîne un autre, avec tous les risques que cela comporte.

À ranger dans la même catégorie : le classique mensonge du lundi matin ? on téléphone à son patron sous prétexte d?être souffrant ? et celui de la secrétaire qui prétend que son patron est en réunion.

  • « On ment pour ne pas faire souffrir. » Quand on sait que quelqu?un ne pourra pas supporter une vérité, que cela risque de lui faire mal, on préfère la taire. Par exemple, on n?annonce pas à ses vieux parents qu?on est atteint d?une maladie grave. On ne dit pas à quelqu?un qu?il est incompétent dans son travail, on lui dit qu?il doit se réorienter, qu?il serait mieux ailleurs. À quoi sert, sous prétexte d?honnêteté, de révéler une vérité qui peut traumatiser inutilement ?

  • « On ment pour se donner bonne contenance. » On vous pose une question indiscrète sur votre mari qu?on a vu avec une autre femme par exemple. Vous inventez alors une histoire de réunion de travail pour ne pas avoir à dire qu?il vous trompe. On vous reproche de ne pas être allé voir votre grand- mère depuis un an, vous mettez cette négligence sur le compte du boulot qui vous prend trop de votre temps.

  • « On ment pour se faire valoir. » Dans cette catégorie, on trouve les mythomanes qui enjolivent, brodent, fardent, jouent sur les événements, déguisent leurs propos. Ils peuvent vous raconter qu?ils ont défendu une vieille dame agressée par une bande de voyous. Ils s?inventent une famille riche et des biens qu?ils n?ont pas, ils font croire qu?ils ont des postes à responsabilité. Ils veulent qu?on les perçoive tels qu?ils auraient voulu être. Ils aiment avoir un auditoire, des éloges, de l?admiration. Pour eux, plus le mensonge est gros et plus ça passe. Les psychologues voient là l?expression d?un manque, un sentiment de déception. Le fait de fabuler leur permet d?être quelqu?un.

  • « On ment par politesse. » Combien de fois avez-vous salué une personne que vous ne supportez pas ? Combien de fois avez-vous compati avec les malheurs de quelqu?un alors que ses problèmes ne vous intéressent pas. L?hypocrisie est parfois jugée indispensable pour favoriser des relations cordiales avec ses collègues, ses voisins ou sa belle-famille.

  • « On ment par perversité. » On utilise le mensonge pour calomnier, pour persécuter quelqu?un, pour le discréditer aux yeux des autres.

Bref, on ment sans cesse. Ca simplifie tellement les choses. Mais si le mensonge est intrinsèque à l?être humain, mentir c?est toujours trahir la confiance de l?autre. Personne n?aime découvrir qu?on lui a menti. Personne n?aime non plus qu?on découvre son mensonge. N?oublions pas que souvent, la vérité rattrape le mensonge. Être pris en flagrant délit de mensonge, voilà qui est bien embarrassant.

Et ça commence dès l?enfance. Si votre bambin de quatre ans se met à mentir, pas de panique, c?est normal. À cet âge-là, l?enfant cherche à se construire. Il fabule et tout lui est possible. Il peut raconter qu?il a tué un monstre, qu?il s?est envolé sur une autre planète, que son prof l?a attaché et l?a fouetté. Brefs des mensonges faciles à déceler. Soit, il exagère ce qu?il a vu, soit il l?invente. En fait, l?enfant ne fait pas encore la différence entre la réalité et l?imaginaire. Les contes de fée et les autres histoires qu?on lui raconte ont un effet sur son esprit. Quand l?enfant a fait une bêtise, la peur peut aussi le pousser à mentir. Un enfant peut raconter qu?un chat a mangé tout le gâteau sur la table alors qu?en réalité c?est lui qui a commis ce forfait. C?est vers l?âge de sept ans que sa conscience morale s?éveille. Cela ne l?empêchera pas de mentir pour se valoriser vis-à-vis de ses camarades ou pour éviter les brimades. Mais vous pouvez alors lui expliquer les implications du mensonge.

L?intention de tromper

Mentir, c?est donner comme vraie une affirmation que l?on sait être fausse. À l?origine de l?acte, il y a l?intention de tromper. Mentir, c?est simuler ou dissimuler sa pensée, c?est tromper autrui sur des faits, fausser la réalité, induire les autres en erreur. Mais le mensonge peut aussi exprimer une vérité qui ne peut pas être formulée autrement que par le mensonge.

À titre d?exemple, comment dire à quelqu?un qu?il a une mauvaise haleine, que ses vêtements sont démodés, que ses blagues ne font pas rire. Le mensonge peut faire passer le message. « Dans la vie courante, nous sommes obligés de distinguer plusieurs degrés de mensonge, puisque le passage est lent et graduel entre l?embellissement, l?ornement, l?exagération, le camouflage, l?entourloupette, la contre-vérité, le fallacieux, la tromperie, la tricherie », estime l?anthropologue canadien Bernard Arcand.

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