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Les questions de Sadhna?

7 août 2004, 20:00

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« Pourquoi moi ? » Sadhna Jhummun, ressasse cette question depuis vendredi, sans y trouver de réponse. Cette mère de famille de 49 ans ne comprend pas les raisons de son licenciement. Depuis 31 ans, elle a bossé dans cette unité de confection de pull-overs à St-Paul. Elle s?y rendait, six fois par semaine, avec beaucoup de fierté : Floréal Knitwear est un grand groupe, se targuait-elle, qui faisait vivre sa famille, l?aidait à honorer ses dettes. Et puis, tout à coup, elle reçoit sa feuille de route.

Sadhna Jhummun, tout comme les 918 autres licenciés de Floréal et les 9 000 autres recencés l?an dernier, ne sont pas que des chiffres que l?on comptabilise. Nous avons tendance à banaliser les licenciements, car ils sont de plus en plus fréquents. La preuve : cette semaine la nouvelle de 65 licenciés de Ferney Spinning Mills a été reléguée au second plan. L?imaginaire collectif est blasé par les 900 chez Floréal et les 700 chez Arvind Overseas. Désormais, la loi du nombre prévaut. Pas celle de l?ouvrier, du licencié. Laissé sur le pavé, celui-ci se remet difficilement de son choc. Et ses questions restent sans réponse. C?est là le problème. Un problème de communication. Les ouvriers ne sont pas suffisamment informés de l?état de santé de leur entreprise, ni du contexte international qui devient de plus en plus difficile.

Pourtant ce n?est pas aujourd?hui qu?on évoque le danger qui guette notre industrie textile. Naguère on disait « le jour où la Chine s?éveillera ». Or ce pays s?est bel et bien réveillé. Et l?Inde, le Vietnam, les Philippines, le Pakistan et le Sri Lanka. Face à ces géants, aux capacités de productions inouïes à un coût très bas, Maurice n?a presque plus de chances, si elle ne repense pas complètement son industrie textile.

Or pour repenser et restructurer, il faut parler et expliquer aux ouvriers, puisque ce sont eux qui font tourner les machines. A Maurice, plusieurs patrons, pas seulement étrangers, n?ont pas ressenti le besoin de communiquer avec leurs employés. Dans leurs calculs purement mercantiles (c?est avant tout du business), ils ont fait des projections sur une durée de vie de 25 à 30 ans pour leurs entreprises. Silencieux pendant les booms, ils se remettent à parler de leurs affaires ? qui vont mal ? alors qu?ils entrevoient déjà la fin. Ou plutôt le début d?une autre aventure, ici ou ailleurs.

Mais ce serait malhonnête de tout mettre sur le dos des patrons, qui n?ont pas voulu réinvestir en termes d?équipements ou en formation, car le contexte mondial est très difficile. Aujourd?hui, plus que jamais, les Etats du monde, surtout les petits comme nous, dépendent les uns des autres.

Les affaires du monde sont nos affaires. Et notre avenir, celui des 70 000 ouvriers de notre zone franche, est largement tributaire de la solution que recevront tous les problèmes internationaux, aussi loin qu?ils puissent paraître. La non-obtention du

« Third Country Fabric » aux États-Unis est un coup dur. Petit à petit, à Genève, les préférences commerciales s?érodent. Au début de l?an prochain, avec le démantèlement de l?accord multi-fibre, ce sera la loi du plus fort. Et nous sommes loin d?être forts.

A Pailles, le gouvernement et le secteur privé glosent de tout cela. Ils sont impuissants puisque ce qui leur arrive leur échappe. Mais ils ont quand même le mérite de s?y pencher, pour tenter d?éviter le pire. Cela reste toutefois un dialogue entre initiés.

Sur le pavé, Sadhna et ses amis licenciés, eux, ne comprennent pas tout cela.

D?où leurs questions, leurs angoisses.

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