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Les pur?sang gagnent

14 septembre 2008, 00:00

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Les pur?sang gagnent

Ce remaniement ressemble d?abord à une cérémonie de récompenses ciblée. Tant les profils des quatre nouveaux ministres se ressemblent. Jean-François Chaumière, Lormus Bundhoo, Balkissoon Hoo-koom et Devanand Ritoo sont à classer parmi les fidèles de Navin Ramgoolam. Des pur-sang rouges qui n?avaient pas pu grimper dans le train du Conseil des ministres à la constitution de celui en juillet 2005. A l?époque, il fallait donner des gages de rigueur. Pour cela, le Premier ministre (PM) avait opté pour un cabinet resserré de 20 ministres. L?embellie économique venant, il peut distribuer quelques maroquins qu?il avait dû réserver jusqu?ici?

Mais à qui ? Le choix de Ramgoolam n?a en fait rien d?étonnant. Chaumière, Bundhoo, Hookoom et Ritoo ont tous été des ministres « en attente » jusqu?ici. Incapable de les nommer, Ramgoolam les avait déjà récompensés pour services rendus. En désignant Hookoom et Ritoo Private Parliamentary Secretaries. Et laissant à Chaumière la tâche d?épauler Kailash Purryag à la présidence de l?Assemblée nationale. Le bouillant Bundhoo se voyant confier le poste de Chief Whip du gouvernement.

C?est donc sans surprise qu?ils se sont retrouvés sur la liste des « futurs ministres » de Ramgoolam. Mais au-delà de leur allégeance à leur leader, ils démontrent d?autres qualités qui ont été déterminantes dans le choix du PM. D?abord Ritoo, Hookoom et Bundhoo rentrent dans ce qu?on peut appeler « le dispositif SAJ » du PM. En confirmant hier qu?il a proposé à sir Anerood Jugnauth (SAJ) de le réélire à la présidence, Ramgoolam a envoyé un signal clair à son électorat traditionnel essentiellement rural.

Au moment même où une bonne partie de cet électorat gronde, accablé par la vie chère, Ramgoolam a besoin de lancer quelques contre-mesures. Et quoi de mieux que de faire monter en grade des députés à la popularité avérée sur le terrain. Histoire de démontrer à l?électorat que Ramgoolam fait le choix de la proximité. En effet, Hookoom, Bundhoo et Ritoo sont des rats de leurs circonscriptions. Où ils jouissent d?une forte cote de popularité. Ramgoolam a préféré ses fidèles qui ont un véritable capital sympathie sur le terrain. Qui plus est, chez son électorat traditionnel.

Équilibre ethnique et sociologique

Même le choix de Chaumière a obéi à un calcul très terre à terre du Premier ministre. En effet, avec l?éviction d?Etienne Sinatambou, il se devait de rééquilibrer ethniquement son gouvernement. La seule carte dont il disposait était celle de Jean-François Chaumière. Qui en plus d?avoir le bon profil, jouit aussi de l?estime personnelle du Premier ministre, mais aussi d?une bonne popularité sur le terrain.

Ainsi, des calculs politiciens sur l?équilibre ethnique et sociologique à respecter ou à rééquilibrer ont beaucoup compté. Toutefois, au-delà des considérations purement politiciennes, Ramgoolam a également procédé à une véritable évaluation des performances de ses ministres pour décider de la réattribution des portefeuilles. Trois considérations se sont ainsi entrecroisées : punir les mauvais élèves, offrir des « promotions » ou des portefeuilles de plus grande envergure à d?autres et enfin rationaliser le fonctionnement de son équipe en plaçant certains ministres à des postes qui correspondent davantage à leur profil. Ou en leur confiant carrément une nouvelle mission dans le cadre d?un nouveau ministère.

Sinatambou a été le seul ministre à recevoir la sanction ultime dans le cadre d?un remaniement. Mais certains de ses collègues, dont la gestion a été décriée, ont été « punis ». Ainsi, c?est sans surprise que les ministres Asraf Dulull, Dharam Gokhool ou Rajesh Jeetah ont fini par être écartés de ministères où ils disaient tous se plaire. Pour être nommés à la tête d?administrations jugées difficiles ou très techniques. A l?instar de la Santé pour Jeetah ou des Technologies de l?information ou de la Communication pour Dulull.

En revanche, Arvin Boolell est l?un de ces ministres qui a été promu ? il grimpe de la 9e à la 6e place dans la hiérarchie du gouvernement ? et qui a aussi été posté à un ministère qui correspond à ses capacités. En effet, en allant aux Affaires étrangères et au Commerce international Arvin Boolell continue en grande partie le job de négociateur du gouvernement que Ramgoolam lui avait déjà confié en tant que ministre de l?Agro-industrie.

Ailleurs, c?est Mahen Gowressoo qui délaisse les poèmes, séga et les flancs du Morne pour se consacrer à un ministère taillé pour ce businessman dans l?âme : celui du Business, de l?Entreprises et des Coopératives. Ramgoolam donne néanmoins une indication des grands axes de la politique qu?il compte développer à l?avenir. Notamment avec la création des nouveaux ministères. Ainsi, Rama Sithanen le ministre des Finances se voit adjoindre le titre d?Economic Empowerment, une manière d?indiquer que la démocratisation de l?économie reste plus que jamais une priorité.

Ensuite, la création de ministères de la Production et de la Sécurité alimentaire, mais aussi de la Protection des Consommateur ou des Energies renouvelables passe pour un signal visant à rassurer les consommateurs dés?uvrés par les pénuries et la cherté des aliments et des carburants. En s?attaquant à chaque fois aux causes de ces problèmes.

Dans l?ensemble, le Premier ministre semble s?en sortir. Non sans avoir fait quelques frustrés dans les rangs.

Mais ils doivent s?armer de patience. Car Ramgoolam rappelle qu?un autre remaniement pourrait intervenir d?ici deux ans.

La Direction

LES PROMUS

Arvin Boolell, l?international

Ses atouts : Sa force, Arvin Boolell, le nouveau ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, la tire de ses tournées incessantes sur le terrain. Omniprésent dans sa circonscription et chez les agriculteurs, il passe pour être une personne très proche des préoccupations de ses mandants et du secteur dont il a la charge. Diplomate et efficace, son passage à l?Agro-industrie est jugé très positivement.

Ses faiblesses : Ses adversaires prédisent que Boolell souffrira d?une manière ou d?une autre de sa nouvelle affectation. Ses fréquents déplacements à l?étranger l?empêcheront, selon ses adversaires, d?être aussi présent qu?avant sur le terrain. S?il le demeure, ce sera au détriment de son travail au ministère, prédisent-ils déjà. Il lui restera toutefois à découvrir et maîtriser la complexité des grands dossiers de la diplomatie mauricienne, dont celui des Chagos.

Sa stratégie : Boolell connaît déjà très bien le dossier des négociations commerciales et de la diplomatie économique. Car il a été avec Rama Sithanen, le principal négociateur de Maurice auprès de l?Union européenne notamment. Pleinement conscient de la « promotion » dont il bénéficie ? il grimpe aussi de trois échelons dans la hiérarchie gouvernementale ? Boolell entend travailler étroitement avec le Premier ministre sur les dossiers dont il a la charge.

Mahen Gowressoo enfin à sa place?

Ses atouts :

« Entrepreneur », « proche du peuple», ou « minutieux » sont les qualificatifs qui reviennent constamment dans la bouche des proches et ex-collaborateurs de Mahen Gowressoo pour le décrire. Hisser l?île Maurice jusqu?à l?accession de la montagne du Morne au patrimoine mondial de l?UNESCO n?est pas une mince affaire. Mahen Gowressoo, en tant que « hardworker » comme il se décrit lui-même, y est parvenu.

Le « businessman », désormais à la tête du ministère du Business, de l?Entreprise, et des Coopératives, clame volontiers être présent là où le terrain est conquis.

Ses faiblesses : Souvent hué par les membres de l?opposition pour son manque d?aisance. Il risque de passer un sale quart d?heure quand il devra défendre ses dossiers au Parlement.

Sa stratégie : Elaborer des projets d?envergure pour que « Maurice devienne comme Singapour ! » Pour ce faire, un développement des PME entraînera une baisse du taux de chômage. Il arbore également des futurs accords avec la Communauté de développement des pays de l?Afrique australe (SADC) ou le COMESA. Gowressoo conçoit que l?île Maurice a la capacité « de faire du business avec l?importation des matières premières ».

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