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Les propositions de George Bush contre la prolifération

13 février 2004, 20:00

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La mise au jour des activités d'Abdul Qadeer Khan pose un problème aux dirigeants américains. Pourquoi ont-ils donné la priorité, dans la lutte contre les armes de destruction massive, à un pays, l'Irak, où l'on n'en a trouvé aucune ? Ont-ils négligé les dangers réels qui croissaient, pendant ce temps, du côté du Pakistan, dont ils ont décidé de considérer le président, Pervez Moucharraf, comme un allié contre le terrorisme islamiste ? Que proposent-ils, aujourd'hui, pour faire face à ces menaces ?

George W. Bush s'est efforcé de répondre à ces questions dans un discours qu'il a prononcé, mercredi 11 février, à la National Defense University, près de Washington. Pour la première fois, le président américain a semblé reconnaître la vraie dimension des risques de prolifération nucléaire dans le monde. Il a proposé d'y répondre par une refonte du dispositif général organisé autour du traité de non-prolifération (TNP), avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour organisme de contrôle. Le système imaginé repose, à la base, sur la renonciation des pays non membres du «club nucléaire» à se doter d'usines de retraitement ou d'enrichissement du combustible, ces techniques étant susceptibles d'un usage «dual», civil ou militaire. En échange, les puissances nucléaires s'engageraient à fournir du combustible aux pays qui souhaitent se doter de centrales nucléaires.

Le président américain a commencé par replacer le problème de la prolifération nucléaire dans la continuité d'une politique menée depuis les attentats du 11 septembre 2001. Il a même repris, en la modifiant un peu, une des formules de son fameux discours de l' «axe du Mal», le 29 janvier 2002. «L'Amérique, a-t-il dit, ne permettra pas à des terroristes et à des régimes dangereux de la menacer avec les armes les plus meurtrières du monde.» Il a présenté la guerre en Irak comme l'une des «stratégies» nécessaires pour éliminer ce danger, tout en soulignant que, dans le cas des deux autres pays de l' «axe du Mal», l'Iran et la Corée du Nord, la méthode employée par les Etats-Unis est, au contraire, pacifique et fait appel aux pressions politiques et diplomatiques.

ASSURANCES DE MOUCHARRAF

Les activités du réseau d'Abdul Qadeer Khan, avec ses relais en Malaisie et à Dubaï, ont été détaillées par M. Bush, qui a porté ces découvertes aux crédits des services de renseignement américains et britanniques. «Des gouvernements, autour du monde, ont travaillé en étroite liaison avec nous, pour démêler le réseau Khan», a-t-il dit, sans plus de précision. Il a indiqué que le gouvernement pakistanais interroge des membres du réseau et que le général Moucharraf «a promis de communiquer tout ce qu'il apprend» à ce sujet. «Il nous a assuré que son pays ne sera plus jamais une source de prolifération», a dit Bush.

Le plan en six points, exposé par George W. Bush, consiste, d'abord, à élargir les compétences de l'Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP), lancée au printemps 2003 et à laquelle participent onze pays, dont la France. L'ISP ne se bornerait plus à traquer les cargaisons suspectes, mais coordonnerait, aussi, l'action contre les réseaux eux-mêmes. Les Etats-Unis demandent que le Conseil de sécurité de l'Onu adopte rapidement une résolution faisant obligation aux Etats membres de pénaliser et de poursuivre toutes les activités liées à la prolifération. George W. Bush a annoncé, aussi, un sérieux effort pour étendre les mesures de prévention telles que celles prévues par le plan Nunn-Lugar, lancé par deux sénateurs pour aider les pays de l'ex-Union soviétique à détruire leurs stocks nucléaires et à reconvertir les scientifiques et techniciens de ce secteur.

Le président américain a proposé, surtout, d'amender le TNP pour interdire les activités d'enrichissement de l'uranium ou de retraitement du combustible irradié. En même temps, les moyens de contrôle de l'AIEA seraient renforcés, et seuls les pays signataires du protocole additionnel seraient autorisés à importer des équipements servant à des programmes nucléaires civils. L'agence elle-même serait réformée, avec la création d'un «comité spécial», qui contrôlerait les activités de «sauvegarde et vérification». Dans le même ordre d'idées, Bush demande qu'un pays tel que l'Iran, faisant l'objet d'une enquête pour violation du TNP, ne puisse pas siéger au conseil de l'AIEA. «Ceux qui violent les règles ne doivent pas être chargés de les faire respecter», a-t-il dit. L'agence de Vienne est considérée avec suspicion à Washington, où certains spécialistes plaident pour que les Etats-Unis exercent leurs propres contrôles.

Les premiers commentaires des experts américains ont approuvé le fait que Bush s'appuie sur le TNP et ne propose pas un autre traité. Ils ont regretté, en revanche, qu'aucune réduction de l'arsenal nucléaire américain ne soit envisagée et ont émis des doutes sur la possibilité que l'Inde, le Pakistan et Israël, non signataires du TNP, acceptent de renoncer à leurs capacités de production de combustible nucléaire.

Patrick Jarreau

© Le Monde News Service

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