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Les professionnels étrangers boudent Maurice

16 janvier 2008, 20:00

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«C?est bien en dessous de nos espérances.» C?est par cette phrase qu?un technicien du BOI commente les résultats obtenus l?année dernière en termes de permis octroyés aux investisseurs, aux professionnels et aux retraités souhaitant élire domicile à Maurice.

Le BOI estime pouvoir mieux faire cette année en rectifiant le tir en ce qui concerne sa campagne de publicité auprès de cette catégorie de personnes, qui sont de potentiels résidents. Toutefois, certains techniciens, dont le président de l?Offshore Management Companies, Kee Chong Li Kwong Wing, estiment que la faute n?incombe pas à la campagne de publicité du BOI (voir encadré).

C?est en octobre 2006 que le BOI a lancé ses permis de résidence nouvelle formule aux investisseurs, professionnels et retraités étrangers. La campagne ne visait pas nécessairement les hyper riches ? clientèle réservée aux projets IRS (Integrated Resorts Schemes).

«Nous avons cherché à attirer une catégorie d?étrangers, pas seulement pour leurs devises, qui permettraient de faire tourner l?économie. Mais également des professionnels pour aider les entreprises qui manquent de main-d??uvre spécialisée, notamment des ingénieurs pour le développement du secteur informatique, du seafood hub, etc. En justifiant un salaire minimal de Rs 30 000 par mois, ils obtenaient leur permis», nous explique un technicien du BOI.

«Ce sont des ?world class intellectuals? avec une ?world class experience?. Quand la main-d??uvre mauricienne se frotte à ces gens, Maurice obtient, à travers cette interaction, une ?world class experience? et une ?world class competence?. C?est là, la principale raison pour laquelle il nous faut ?uvrer pour attirer ces professionnels chez nous.»

Après les résultats de 2007, le BOI compte revoir toute sa stratégie. «Le BOI, à travers son département Work and Live, est, en fait, en consultation permanente avec toutes les autorités publiques afin de continuer l?exercice des reformes administratives entamé depuis le 1er octobre 2006, suite à la promulgation du Business Facilitation Act. Nous sommes constamment à l?écoute des investisseurs qui nous mettent au courant des problèmes auxquels ils font face. Mais nous avons aussi remarqué que certains investisseurs, malgré le fait qu?ils subissent toutes formes de tracasseries administratives, ne viennent pas chez nous immédiatement. S?ils nous mettent au courant de leurs problèmes, nous serons en mesure d?intervenir le plus tôt possible», explique un haut cadre du BOI.

De fait, ces professionnels hésitent à parler ouvertement de leurs problèmes en raison d?une certaine culture qui s?est installée à Maurice. Les décideurs estiment que tous ceux qui critiquent sont des détracteurs et les professionnels étrangers craignent d?être victimisés. Ainsi ils se taisent. Ce qui ne les empêche pas de parler à leurs compatriotes qui comptent s?installer dans l?île.

Des 1 565 permis octroyés, 1 054 sont des work permits donnés aux professionnels qui ont obtenu un emploi rémunéré à plus de Rs 30 000 par mois. Ces employés étrangers ont le droit de s?installer dans l?île avec leur famille.

En deuxième position arrivent les investisseurs. Seulement 332 étrangers ont profité de cette formule, bien que le BOI n?ait pas imposé le respect d?une somme minimum pour les investissements. Le chiffre d?affaires des entreprises créées doit cependant être de plus de Rs 250 000 par mois.

Maurice est condamnée à revoir tout son système si elle veut attirer et obtenir une masse critique de professionnels et d?investisseurs pour lui donner les normes et l?expérience internationale qui lui fait défaut. Ce sont les ressortissants français qui sont en tête parmi les étrangers qui ont obtenu des permis de résidence en tant que professionnels et investisseurs et retraités. L?Inde arrive en deuxième position pour les professionnels et investisseurs alors que c?est le Royaume-Uni qui occupe la deuxième place chez les retraités étrangers ayant obtenu des permis de résidence.

La troisième place dans les trois catégories est occupée par l?Afrique du Sud.

<B> Témoignage de deux professionnels</B>

Anthony Pedersen d?Afrique du Sud et Raman Nanjundeswaran de Bangalore sont tous deux des professionnels qui ont obtenu un permis de travail à Maurice. D?une validité de trois ans, ce permis leur permet de s?installer chez nous avec leur famille. Raman n?a jamais été intéressé à faire venir sa femme et sa fille à Maurice. Cette dernière suit toujours des études en Inde et Rajan a préféré que sa fille poursuive ses études à Bangalore et dit vertement qu?il ne s?établira pas à Maurice pour des raisons bien spécifiques.

Ce n?est pas le cas d?Anthony Pedersen. Il n?hésitera pas à s?établir définitivement à Maurice s?il en a la chance. Sa femme et ses deux enfants, qui sont scolarisés à Maurice, l?ont rejoint.

«Maurice est un paradis avec des paysages à vous couper le souffle. Je me sens très bien ici. Mais je ne compte pas m?établir ici. L?Inde est meilleure pour ma vie personnelle», dit Raman Nanjundeswaran. Quand on lui demande ce qu?il entend par vie personnelle, Raman cite des exemples.

«Je ne suis pas un fêtard et je suis végétarien. Or, toutes proportions gardées, l?argent que je dépense par semaine à Maurice en termes de légumes et de produits alimentaires me permet de me payer légumes et aliments pour un mois pour trois personnes en Inde», dit-il. Raman a déjà été attaqué et volé auprès des bureaux d?un de ses clients à Port-Louis. Mais il n?en a cure. «Cela peut arriver dans n?importe quel pays», dit-il.

Mais il n?accepte pas la quasi-absence de vie culturelle et de loisirs. «Après 19 heures, tout est fermé ici. Or en Inde, 24 heures sur 24 il y a des magasins ouverts, des restaurants de qualité, etc. Ici, c?est surtout quelques discothèques les fins de semaine. Sinon, il y a l?alcool. Je crois qu?ici, c?est la vie de famille au foyer qui prime et l?expatrié habitué à un autre type de vie trouve difficilement ce à quoi il est habitué», dit-il.

Toutefois, ce sont ces loisirs centrés autour de la vie de famille qui attirent Anthony Pedersen. «Faire grandir les enfants dans les grands centres commerciaux, dans les salles de cinéma n?est pas un style de vie idéal. Je suis plus en sécurité à Maurice qu?en Afrique du Sud. J?aime la mer et ma famille et moi passons beaucoup de temps sur la plage et nous profitons largement des plaisirs de la mer», dit-il. Anthony Pedersen fait cependant quelques suggestions qui pourraient aider à améliorer le sort des expatriés étrangers qui ont choisi Maurice.

Il ne comprend pas pourquoi il a dû attendre sept mois pour obtenir le permis du bateau de plaisance qu?il a acheté. Il dit ne pas comprendre pourquoi il faut autant de temps avant qu?un abonné obtienne le téléphone et la connexion ADSL.

Anthony Pedersen s?est installé à Maurice après avoir constaté, lors de ses différents voyages, des opportunités qui existent chez nous et la place de ceux qui ont des idées et des produits innovants. Il parlera également de la congestion routière qui empire. Mais il garde espoir dans les autorités et les plans pour décongestionner la capitale.

Questions à?

<B>Kee Chong Li Kwong WIng, de l?association des «Trust and Management Companies»</B>

● <B>Le BOI estime que les résultats obtenus en 2007 en ce qui concerne l?installation des investisseurs, professionnels et retraités étrangers sont en dessous des espérances. Quelle est votre analyse de la situation ?</B>

Si les résultats sont below expectations, il faut savoir pourquoi. Le problème ne vient pas nécessairement du BOI et de sa campagne de publicité. Je suis convaincu que le problème vient en premier lieu de nos ambassades à l?étranger. Qu?ont-elles fait jusqu?ici dans ce domaine ? En fait, ces ambassades et autres hautes-commissions étrangères ne font pas leur travail. Maurice n?a pas la visibilité qu?elle mérite auprès des investisseurs, professionnels et retraités qu?on veut attirer ici. Nos ambassades ne font pas le travail attendu auprès de cette communauté, mais également auprès des familles mauriciennes établies à l?étranger et qui peuvent revenir. Rien n?est proposé à ces professionnels mauriciens, comme par exemple une formule de double nationalité, une réinsertion avec leurs biens immobiliers ici.

● <B> Vous voulez dire que le pays tarde à développer une certaine image qui aiderait à attirer ces gens chez nous ?</B>

Certainement. En fait, il y a pire. Il y a l?exode de cerveaux. Nos cerveaux nous quittent en ce moment, en grand nombre. Ils vont s?établir à l?étranger. Croyez-moi, cet exode a une incidence terrible auprès de ceux que nous voulons attirer ici. Je veux dire les vrais professionnels. Quand ils voient les cerveaux mauriciens arriver à l?étranger par groupe, ils se demandent pour quelle raison, eux, ils viendraient chez nous.

● <B> Les investisseurs et entrepreneurs locaux ont peut-être une part de responsabilité dans cette situation?</B>

Je dirai que la communauté des businessmen mauriciens a, en majorité, une mentalité de rentier. Ils sont assis sur des mines d?or et veulent à tout prix préserver et travailler avec des formules du passé. Ils se disent que le professionnel et l?expert étrangers coûtent cher. Qu?ils viendront tout chambouler et demander des changements, d?autres formules de travailler, un autre style de gestion, etc. Ces businessmen ne sont pas en quête de talent. Ils sont en quête d?incentives, de facilités, de concessions, de baisse de taxe qu?ils cherchent auprès des autorités.

● <B>Devant une telle situation, diriez-vous qu?il faut donner davantage de moyens au BOI ?</B>

Non, le BOI n?a pas besoin de Rs 100 millions pour une campagne auprès des ces investisseurs et professionnels. Nous aurons de meilleurs résultats en dépensant autrement cet argent. En confiant par exemple cette tâche au secteur privé à travers un result oriented incentive fee à celui qui a travaillé pour faire réaliser un projet d?investissement à Maurice ou à attirer des compétences nécessaires dans des secteurs prioritaires à Maurice. Chaque Mauricien doit être un ambassadeur dans ce secteur et il est rémunéré directement.

● <B>Quelle est la raison principale d?attirer ces professionnels chez nous ?</B>

Ce sont des world class intellectuals avec une world class experience. Quand la main-d??uvre mauricienne se frotte à ces gens, Maurice obtient, à travers cette interaction, une world class experience et une world class competence. C?est là, la principale raison pour laquelle il nous faut ?uvrer pour attirer ces professionnels chez nous.

● <B>Pensez-vous qu?il nous faut désormais investir dans une base de données sur ces professionnels et investisseurs dont nous avons besoin ? </B>

Je ne le crois pas. Ce que nous appelons des Global Mobile Professionals est une communauté qui se parle, qui est en contact. L?un est à HongKong, l?autre à Dubayy et sa copine se trouve à Singapour. Ils savent ce qui se passe dans les différents pays, les propositions qui existent, le contexte. C?est tout un cadre de travail et de vie qu?ils cherchent. Par exemple, ils doivent avoir des facilités de loisirs, une vie culturelle, etc.

Or, l?île Maurice est morte après 17 heures. Il n?y a pas de lieu où l?on peut aller se détendre et rencontrer la population locale. Un professionnel étranger qui s?occupe de la gestion des fonds se trouve éreinté après 17 heures ou 18 heures. Il ne trouve aucun lieu pour se détendre et rencontrer des gens de sa catégorie etc. Côté santé, keep fit et wellness, médecins spécialisés, etc., brillent par leur absence. Il ne faut pas qu?on demande au professionnel étranger d?aller dans les grands hôtels hyper chers pour ces types de services. Des personal trainers bien qualifiés pour ces experts existent un peu partout en Inde par exemple. Les enfants de ces étrangers qui ne parlent que l?anglais, ont besoin d?écoles spécialisées. Or il n?y a pas beaucoup d?écoles de ce type chez nous. Ces écoles sont déjà bondées. Que font ces enfants d?expatriés après les heures de classe ? Où peuvent-ils aller jouer au tennis ? Il faut d?urgence changer tout cela à Maurice.

Il faut bien se dire que ces professionnels qu?on cherche à attirer travaillent dur. They work hard, and they play hard. Regardez les prix des boissons chez nous, elles sont hors de prix, les restaurants mauriciens sont plus chers que ceux d?Amérique. En Asie, au Canada, etc., la nourriture est moins chère que chez nous.

Pour souffler et se ressourcer, les expatriés établis à Maurice doivent aller dans de grands centres. Cela leur coûte trop cher. Comme l?a dit si bien le juge Bushan Domah, il manque de professionnalisme à Maurice. Tout est fait à l?à peu près et cela repousse les professionnels.

Propos recueillis par R.J.</B>

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