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Les premières man?uvres

4 mai 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Toute la mobilisation culminant vers ce 1er Mai 2008 est déjà derrière la classe politique. Les clameurs se sont tues et c?est maintenant l?heure du bilan. Et tous les leaders se disent satisfaits de la performance de leurs partis. A commencer par le leader de l?Alliance sociale, Navin Ramgoolam, qui est plus que content de la mobilisation des rouges et de ses alliés. Pour Paul Bérenger, le rassemblement du Mouvement militant mauricien (MMM) a été une démonstration de la capacité des militants à se mobiliser. Alors que pour Pravind Jugnauth, le Mouvement socialiste militant (MSM) reste un parti ancré dans la mouvance tracée par le fondateur du parti, sir Anerood Jugnauth.

Cette année, une nouvelle force, la Fédération des créoles mauriciens (FCM), qui se veut être une force de réflexion, de propositions et d?actions en faveur de la communauté créole, a poussé nombre de ses partisans à descendre sur le terrain pour exprimer de vive voix leurs revendications. Et cela à l?unisson avec le père Jocelyn Grégoire, le président de cette fédération.

Si le rassemblement du père Grégoire a suscité un vif intérêt au sein de la classe politique, c?est surtout pour savoir si d?aventure il comptait donner une dimension politique à son action. Le risque que le mouvement ne prenne la tangente politique a été vite repoussé par le père Grégoire. Toutefois, on ne peut passer sous silence ses revendications qui ont une dimension politique. « Nous revendiquons notre identité créole et nous voulons que toutes les composantes de la nation nous aident dans cette démarche », a-t-il clamé.

Toutefois, Jocelyn Grégoire souhaite l?émergence d?un leader qui pourra conduire son peuple vers des lendemains meilleurs. Et cette clarification du père Grégoire aura permis aux dirigeants politiques de mieux comprendre la démarche du président de la FCM.

Désormais, c?est au niveau des trois principales formations politiques que l?enjeu est crucial. Le MMM a réussi dans une grande mesure son rassemblement, et cela est dû, selon le secrétaire général, Rajesh Bhagwan, à l?immense travail abattu sur le terrain. « Nous avions l?obligation de réussir ce meeting. Tous les militants se sont mobilisés et le retour des anciens est manifeste. Désormais, nous partons à l?assaut de l?hôtel du gouvernement », a déclaré un apparatchik mauve.

Le scénario seul contre tous

Gonflé à bloc, la direction mauve estime que le temps est venu de présenter Paul Bérenger comme le futur Premier ministre. Cette perspective se dessinait depuis que les relations entre le MMM et le MSM, jadis alliés contre l?Alliance sociale, se sont détériorées. En effet, la candidature au poste de Premier ministre du leader du MMM rappelle étrangement la posture adoptée par Paul Bérenger en 1983, juste après la cassure de l?alliance MMM et du PSM d?Harish Boodhoo. « Seul contre tous » était le slogan du MMM à ces élections générales. Le leader du MMM pourrait donc se lancer dans cette voie tout comme en 1983, estimant qu?avec ses nouveaux alliés, Madun Dulloo, Ashock Jugnauth et le PMSD de Maurice Allet, ce serait la meilleure formule pour affronter Navin Ramgoolam et l?Alliance sociale.

Cette perspective ne rebute pas les apparatchiks mauves. Et Vishnu Lutchmeenaraidoo et Rajesh Bhagwan se sont prononcés sur ce choix naturel selon eux. Les dirigeants mauves, sont déjà dans cette logique et envisagent cette option comme la plus probable au vu des difficultés de concrétiser une alliance avec le MSM.

Au sein de l?Alliance sociale, lors d?une conférence de presse du Parti travailliste (PTr) et de ses alliés, on affichait une satisfaction sur toute la ligne. Les dirigeants n?ont pas hésité à préciser qu?ils n?avaient pas eu besoin de grands meetings régionaux ou de congrès nocturnes pour mobiliser une grande foule le 1er Mai. La mobilisation s?est faite au sein des Constituency Labour Parties et de réunions élargies uniquement. Et les dirigeants du PTr d?ajouter que les difficultés liées à la montée des prix, à l?insécurité alimentaire, et au départ de Madun Dulloo, n?ont pas ébranlé la détermination du gouvernement. À mi-mandat, le gouvernement reste bien en selle et a la situation en main.

Par ailleurs, le PTr, déjà en alliance avec d?autres composantes de l?Alliance sociale, pourrait au moment venu créer de l?espace pour accommoder un autre parti politique. Pour certains observateurs, l?absence d?attaques frontales entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, pourrait porter à croire qu?une alliance entre le PTr et le MSM est dans le domaine du possible. Et le prochain départ de sir Anerood Jugnauth et les propos de Pravind Jugnauth sur un possible engagement de ce dernier en tant que guide spirituel pourraient ouvrir la voie à un engagement plus prononcé de sir Anerood aux côtés de son fils. Mais pour le moment, la question quant à un éventuel rapprochement avec l?une ou l?autre faction de l?opposition ne se pose officiellement pas au PTr.

Du côté du MSM, un nouveau souffle anime les dirigeants du parti. Malgré la défection de Sekar Naidu et les coups de boutoirs du MMM, le MSM résiste. Pravind Jugnauth a même déclaré que son parti serait prochainement à l?hôtel du gouvernement. Reste à savoir maintenant comment le MSM compte s?y prendre pour accéder au pouvoir. Serait-ce en concluant une alliance avec le MMM ou avec le PTr ? Pour le moment, aucune indication n?est donnée dans les rangs du parti soleil.

En ce qui concerne le poste de Premier ministre, il semblerait que Pravind Jugnauth soit revenu sur ses exigences. Celui qui maintenait mordicus qu?il devrait être le seul Premier ministre désigné dans le cadre d?une alliance avec le MMM, aurait mis un peu d?eau dans son vin. Ce n?est désormais plus la condition sine qua non d?une alliance politique. Et on peut se demander au profit de qui il aurait mis ses exigences en veilleuse ?

L?échiquier politique est en ébullition. L?arrivée de la FCM dans le paysage politico-religieux a provoqué une remise en question des états-majors politiques. Quel sera le poids de cette organisation qui compte mettre à profit ce grand rassemblement pour exercer des pressions politiques sur les partis en présence, mais encore plus sur le gouvernement ?

Aucun des dirigeants politiques ne s?est aventuré à critiquer l?action de Jocelyn Grégoire. Celui-ci détient désormais une carte maîtresse. Même, s?il ne compte pas troquer sa soutane pour le costume de politicien, il est certain qu?il maintiendra la pression pour « que la bonne parole de son mouvement soit entendue ». Et il semble, pour le moment, que ce seraient le PTr et le MSM qui y prêteraient une oreille attentive.

Les jeux sont ouverts. Le MMM revigoré serait tenté encore une fois de se présenter seul contre tous. Le PTr pourrait ouvrir les bras à une nouvelle alliance. Et le MSM n?a pas refermé la parenthèse d?une alliance. Tous les yeux seront braqués sur le départ de sir Anerood Jugnauth du Réduit et les possibilités d?une élection partielle au n°8. L?attente risque de durer encore quelques mois?

LA BATAILLE DES FOULES

Nos estimations des foules lors des différents rassemblements du 1er Mai :

Grégoire et la FCM : 20 000. MMM : 10 000. Alliance sociale : 8 000. MSM : 4 500.

NO COMMENT

Approché pour une réaction, Nando Bodha, secrétaire général du MSM, a refusé de répondre aux questions.

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