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Les poissons s?en vont ailleurs?
Le pêcheur François Hector vient de rentrer de sa tournée quotidienne en mer pour chercher de quoi nourrir sa famille. Il est rejoint quelques minutes plus tard par sa femme, Marie-Claire, ses collègues Sydney Figaro, Mireille Nadal, Ramnarain Sooneeah et Armand Lindor qui exercent la même métier. Ces pêcheurs de Bambous-Virieux ont décidé de faire connaître les difficultés rencontrées dans leur métier, plus particulièrement dans cette partie du littoral sud-est en raison de l?aménagement dans cette zone de la Ferme Marine de Mahébourg Limitée, située à Pointe-aux Feuilles, entre Grand-Sable et Deux-Frères.
Cette ferme marine, longue de 750 mètres et large de 150 mètres, élève l?ombrine tropicale dont le nom scientifique est sciaenops oscella. Ce poisson marin jaunâtre est élevé pour la reproduction d?abord dans des bassins puis en mer. Originaire de Floride, il est élevé en Asie, en Martinique et la Réunion.
Cette ferme marine a été baptisée lakaz poisson par les pêcheurs de la localité.
Meilleurs appâts
?Nou nepli gagn mem kantite prises depi ki finn instal lakaz poisson dans sa baz-la. Zot attire par ban manze qui largue pou nourri sa ban poisson là?, dit François.
Les pêcheurs ont observé que leurs prises de gueule pavé, d?habitude abondantes entre les mois d?avril et septembre, ont commencé à diminuer. L?ombrine tropicale consomme des pelletées de grains, aliments à base d?huile de poisson et de farine de poisson, qui ne sont pas classés comme ogm (organisme génétiquement modifié).
Serge José Latouche, président de l?Association des Pêcheurs de Bambous-Virieux (APBV) pense que cette firme aurait du être aménagée à Pointe-aux-Feuilles et non à Pointe-aux-Diables. Cette ferme marine, dit-il, aurait bouché la passe là où ils ont l?habitude de traverser pour atteindre les brisants. ?Nou bisin fer enn letour plis ki 1 kilomètre en plus pou nou capav passe derrière brisants?, explique le président de l?association.
Ce détour quotidien n?est pas sans conséquence sur le budget des pêcheurs. Selon José Latouche, leurs frais ont considérablement augmenté que ce soit pour l?essence, l?entretien du moteur, du bateau ou pour la réparation des casiers.
Autre grief des membres de cette association contre la direction de la ferme, c?est de ne pas donner de l?emploi aux gens de la localité mais d?en donner plutôt à ceux qui habitent ailleurs. ?Depuis que je pêche, dans cette zone, je n?ai jamais vu un habitant de cette localité à la ferme, malgré que cette question a été déjà discutée bien avant la concrétisation de ce projet. C?est très injuste. N?avons-nous pas le droit de vivre ??, demande Marie-Claire, l?épouse de François Hector, qui tient son fils dans ses bras.
Pour ce qui est de la mobilité des pêcheurs, les membres de l?APBV sont très remontés contre les autorités qui ont fait construire une rampe dont le nombre de marches est passé de huit à vingt-six. ?On ne sait toujours pas qui a donné des instructions pour que ces travaux soient exécutés de cette façon. Mais à regarder de près, on a la nette impression que ces marches additionnelles vont compliquer davantage la vie des pêcheurs qui ont à les remonter avec un moteur de 15 ou 25 chevaux sur le dos après une dure journée de travail.C?est insensé?, fait remarquer Sydney Figaro. ?On ne comprend pas pourquoi les autorités n?ont pas jugé nécessaire de nous demander notre avis avant d?aller de l?avant avec la construction de cette marche, étant donné que c?est nous qui connaissons notre village mieux que quiconque?, ajoute-t-il.
Pour trouver une solution à ce problème, le président de l?APBV s?est rendu au ministère de l?Agro-industrie pour déposer une lettre de protestation à ce sujet.
Mathieu Laclé, conseiller au ministère de l?Agro-industrie, mis au courant de tous les problèmes soulevés par l?APBV s?est rendu sur place la semaine dernière pour une visite à la ferme marine. Il s?y est rendu une nouvelle fois pour écouter la version des pêcheurs et celle de la direction de la ferme marine. ?Nous allons essayer de trouver une solution à travers le dialogue?, dit-il.
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