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Les parcours de battants des petits entrepreneurs

10 avril 2005, 00:00

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Rao Bhawoo, le roi du bois

Les murs et le sol de son stand sont hauts en couleurs. Finement sculpté en forme de perroquets, de poissons ornant le cadre d?un miroir, ou de poulains à bascule, le bois est roi chez Rao Bhawoo. Cet habitant de Vacoas coupe, rabote, polit et sculpte. Cela fait une trentaine d?années qu?il excelle dans ce do-maine. Après avoir suivi sa scolarité à l?école primaire de Montagne-Blanche, puis au collège Eden jusqu?à la Form IV, Rao Bhawoo se destine aux travaux d?é-bénisterie à l?âge de 16 ans. « Sa lepok la, nou ti miser. Ti bizin pens pou rod travay. Mo fine pense ki travay diboi ti pou pli fasil. Apre mo ti kroir ki li ti moins salisan ki mekanik mais li pa tro le ka ! », confie-t-il, en riant.

Intégrant l?usine Classic Design, il apprend les ficelles de la sculpture à l?aide de ciseaux fins. « Mo ti pe fer lipie sez me ena ti gate au komansman. Mo finn kontinie appran. Mo finn fer dosie sez, latab, lili », ajoute-t-il. Après trois ans, Rao Bhawoo trouve un emploi dans l?entreprise Panache pendant huit ans. Ensuite il est envoyé en Afrique du Sud pour travailler pour Hartman and Cuppler Co Ltd pendant deux ans.

À son retour, il se marie avec Janabye, 37 ans, qui va l?encourager à fonder leur petite entreprise. Père de deux fils, il contracte un em-prunt auprès de la Banque de développement et se lance dans la fabrication de meubles. Classical Furniture Workshop : tel est le nom que porte sa fabrique, qui compte déjà 16 ans d?existence. Membre de la National Handicraft Promotion Agency (NHPA), il suit d?autres cours spécialisés.

Au fil des années, il diversifie ses produits et y ajoute une touche artisanale. Il fabrique divers objets décoratifs ou apporte des innovations aux meubles.

À deux reprises, ses travaux ont été récompensés. Ainsi, en 1989, il présente une console sculptée, ce qui lui vaut le premier prix dans la catégorie des travaux en bois au concours des « Métiers d?art ».

En 1995, il a conçu des plats en for-me de poissons et remporte haut la main le premier prix dans la catégorie artisanale et le troisième prix en toutes catégories du concours « Entrepreneuriat et artisans ». D?où vient son inspiration ? « Mo lispirasion vinn koumsa. Bizin observe, apre ou kapav fer kiksoz. Li pran letan me bizin boukou pasians. Par ekzamp, sa konsol ek poison la finn pran moi troi moi pou fer. Me apre mo resanti enn gran satisfaksion parski mo ressi fer li », déclare Rao Bhawoo.

Julienne François,la fée des jupes-ségas

À huit ans, elle s?est jetée dans les méandres de la couture. Paralysée de la jambe gauche, pauvre et ne pouvant aller à l?école, elle n?avait autre choix. Aujourd?hui, Julienne François tient cet héritage laissé par sa défunte grand-mère, Juliana, du bout de ses doigts. Agée de 61 ans, cette habitante de Roche-Bois tâche de se démener pour élever ses trois enfants grâce à son art. Issue d?une famille de quatre enfants, elle effectue sa scolarité au primaire jusqu?en quatrième avant de prendre des cours de premiers soins à la Croix Rouge. Adolescente, elle se joint à la chorale de l?église de Ste Croix et accompagne sa mère qui accumule plusieurs petits boulots. Maîtrisant le crochet et la broderie, elle se met aussi à la vannerie avec sa grand-mère. En 1985, elle décide de lancer Aurore, sa petite entreprise de confection. « Puiski mo fine débute dans la couture, mo fine dire moi ki mo capav saye créer mo ti compagnie et réussi la dan », confie-t-elle. Au départ, elle se spécialise dans la confection des jupes-ségas : « Bizin bocou patience. Mo guette autour moi et mo saye créer mo prope design ». Elevant ses bras, elle tâche de déplier les pans des jupes-ségas à motifs fleuries roses et bleues suspendues aux murs du stand pour mieux les présenter. Depuis quelques années, Julienne François s?adonne aussi à la confection des robes de mariées, de soirées et celles pour les enfants et à des paniers décorés aux fleurs. Les commandes se faisant rares, elle a alors décidé de participer à la foire des femmes entrepreneurs en décembre dernier et est devenue membre de la Union of Anonymous Disabled Artisans. Bien qu?elle garde peu d?espoir pour faire marcher son petit commerce, Julienne François ne va pas plier. « Li bien difficile surtout kan éna bocou compétition. Mo pé saye zouène lé deux bouttes mais mo décourazé. Mé faudé pas ki mo abandonné. Mo banne zenfant derrière moi ».

Les délices de Jocelyne Laurent

Mariée à 23 ans, maman à 27 ans, Jocelyne Laurent n?a pas eu une vie facile. Longtemps, elle jongle entre travail et famille, poursuivant une formation dans la vente. C?est alors qu?Eugène, son époux féru de cuisine, évoque l?idée d?une entreprise agroalimentaire. Eugène suit une formation à la Smido. Très vite, tout se met en place. Les produits d?abord: achards à base d?aubergine, de banane, de margoze, piments et confitures. Le couple passe à la vitesse supérieure en créant Eugénie, en 2001 à Bambous. Les produits Eugénie sont naturels, confectionnés artisanalement. Ils pourraient bientôt être exportés.

Nasser Kurmally,graveur-né

Panneaux d?affichage, plaques d?immatriculation, revêtements, incrustrations : rien n?échappe à Nasser Kurmall, directeur de la firme Gravoplex Ltée. Ce Portlouisien, âgé de 39 ans, a toujours été passionné par le design. « J?avais toujours un crayon sous la main », confie-t-il. Après la Form V, il intègre la bijouterie Hamid Hossen comme designer. Il poursuit parallèlement des cours de dessin. Et se perfectionne dans la gravure. En 1994, il rencontre Benjamino Empeigne, un graveur et crée Gravoplex Ltée, avec l?aide de la Smido. Travaillant sur du plexyglass, ils démarrent avec la confection d?enseignes de taxis. Puis étendent leur production à toute la signalétique. « Nous avons acquis de l?expérience à l?étranger », dit Nasser. Soucieux d?apprendre, il compte introduire des machines sophistiquées.

Michel Ditsylva ou l?amour de l?art

Il marbre le bois, mélange les peintures, allie les copeaux au métal et au plastique pour créer des ?uvres d?art. D?abord, il y a les souvenirs touristiques à l?image du dodo ou des reproductions de Baissac, puis des tableaux avec des personnages africains sur fond d?une multitude de couleurs et d?autres qui nous plongent dans le grand bleu. Avec son frère, France, Michel Ditsylva, 33 ans, habitant de Cité L?oyseau, exercent dans ce domaine depuis une vingtaine d?années. A 8 ans, ce dernier répond déjà à l?appel de l?art. « J?étudiais à l?école primaire d?Allée Brillant et j?ai participé à un concours de peinture en illustrant un pêcheur à la rivière. J?ai remporté le premier prix », confie Michel Ditsylva. Après le CPE, il interrompt ses études. Entouré de Georges et de France, ses deux frères artistes, il se met à la sculpture. A 16 ans, il relève un grand défi ? restaurer une bibliothèque datant de 160 ans. « J?avais peur de ne pas y arriver. Je me disais mais combien j?aurai à rembourser si j?échoue», raconte-t-il. Sculptant le métal, il s?oriente aussi vers la fabrication de maquettes de bateaux. En 1982, les frères Ditsylva fondent leur petite entreprise ? R Craft Pro Ltée. Animés par la fibre artistique, ils conçoivent des tableaux et autres ?uvres. D?où puise-t-il son imagination ? « Je crois que c?est un don de Dieu. C?est un travail qui demande beaucoup d?attention, de dévotion et de précision. Il faut être créatif et surtout ne pas négliger l?importance d?un bon finish. En fait, il faut juste être animé par l?amour de l?art », affirme Michel Ditsylva. Le duo envisage de faire des expositions dans les hôtels pour mieux faire connaître leurs produits.

LE SALON

La semaine de l?entrepreneuriat et des métiers d?art a accueilli 177 exposants, dont 30 étrangers. Cette fois, la Smido a mis l?accent sur la sensibilisation à l?entreprenariat. «Des conférences ont été données dans la foulée pour encourager les PMEs et aider les gens à se lancer», déclare Niven Muneesamy, Marketing Manager de la Smido. La DBM, la NHPA et la Banque coopérative ont eu leurs stands. Le salon, ouvert de 10 à 19 heures, se termine aujourd?hui par un concert. Entrée à Rs 10. Gratuit pour enfants, personnes âgées et handiappées.

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