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Les Palestiniens votent

25 janvier 2006, 20:00

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Les Palestiniens ont voté hier pour leurs premières élections législatives depuis une décennie, un scrutin qui pourrait amener le mouvement islamique Hamas au gouvernement pour la première fois. Plusieurs milliers de policiers en armes ont été déployés aux abords des bureaux de vote de Cisjordanie et de la bande de Gaza, théâtres d’une agitation croissante à l’approche du scrutin qui a bien failli être reporté.

“Nous ne nous attendons à aucune violence, mais nous avons instruction de faire usage de la force contre quiconque chercherait à perturber le processus électoral”, a déclaré Ibrahim Mahmoud, un agent des forces de l’ordre à Ramallah.

En Israël, on estime qu’une victoire du Hamas, voué à la destruction de l’Etat juif, sonnerait le glas du processus de paix et les Etats-Unis, qui considèrent le mouvement islamiste comme une organisation terroriste, n’ont pas caché leur inquiétude.

Pour sa première participation à un scrutin législatif, le Hamas, fort d’une popularité fondée sur son image d’intégrité et sur son action sociale, n’est distancé que de quelques points par le Fatah de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité autonome, dans les intentions de vote. Plusieurs milliers de ses partisans coiffés de chapeaux verts, couleur de l’islam et du mouvement, se sont postés à l’extérieur des bureaux de vote pour rallier autant d’électeurs que possible.

“Aujourd’hui, nous venons pour le changement, un changement pour le meilleur. Nous voulons changer l’actuel gouvernement”, résume Baher al Rayes, un militant du Hamas âgé de 23 ans. Les bureaux de vote ont ouvert à sept heures (5h00 GMT) et ont fermé à 19 heures. Quelque 1,4 million d’électeurs palestiniens sont conviés aux urnes dans la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est pour élire les 132 membres du Conseil législatif palestinien.

<B>Mue politique</B>

Onze listes et plus de 400 candidats sont en lice pour ces premières élections législatives depuis 1996. Environ 900 observateurs étrangers ont été déployés pour veiller au bon déroulement du scrutin. Les principaux mouvements armés se sont engagés à ne pas perturber la consultation. Abbas a pressé mardi les Palestiniens de faire usage de leur bulletin de vote. “Ces élections maqueront une étape sur la voie de la liberté, l’avènement de l’indépendance et l’édification de notre Etat”, a souligné le chef de file du Fatah.

Les forces israéliennes se sont retirées de la plupart des centres urbains des territoires palestiniens mais restent en état d’alerte élevé face à la menace du Djihad islamique, qui boycotte les législatives. Le mouvement a revendiqué un attentat suicide commis jeudi dernier.

Bien que sa charte appelle toujours à la destruction de l’Etat d’Israël, le Hamas, responsable d’une soixantaine d’attentats suicide depuis le déclenchement de la deuxième intifada, fin 2000, s’est tenu à la trêve tacite observée depuis près d’un an et l’un de ses dirigeants a jugé cette semaine que la perspective de négociations avec les autorités israéliennes n’était “pas taboue”.

Abbas espère que son entrée au Conseil législatif hâtera la mue politique du mouvement et l’amènera à déposer les armes, conformément aux exigences de la “feuille de route” vers la paix.

<B>Mohamed ASSADI</B>

PERSPECTIVE D’UNE COALITION

<B>Arbitrage entre le Fatah et le Hamas</B>

■ Juché sur une estrade au cœur de la ville de Khan Younès, Mohamed Dahlan harangue une dernière fois la foule. Le candidat du Fatah le plus en vue de la bande de Gaza promet une victoire dédiée aux mânes de Yasser Arafat, aux “martyrs” et aux prisonniers. Des rafales de fusils d’assaut ponctuent cette démonstration de force “fatahouie” dans l’un des bastions islamistes de la bande de Gaza.

Chef de la sécurité préventive de Gaza pendant près d’une décennie, ministre des affaires civiles jusqu’à décembre 2005, chargé à ce titre du dossier des contacts avec Israël, Dahlan incarne à la fois le bilan d’une Autorité palestinienne identifiée au Fatah et les aspirations au changement d’une partie de ses cadres. Cette posture délicate l’oblige à une campagne acharnée face à la mécanique implacable du Hamas. La veille, sur la chaîne libanaise LBC, un débat très suivi à Khan Younès a mis aux prises Dahlan et l’un des principaux dirigeants islamistes, Mahmoud Zahar. Ce dernier n’a pas manqué de rappeler à son adversaire ses côtes cassées lors d’une arrestation et d’un interrogatoire en 1996. Dahlan a répliqué en moquant l’inconstance du Hamas, qui avait boycotté les élections de 1996, et son radicalisme idéologique, qui l’empêcherait, selon lui, de traiter efficacement avec les Israéliens. “Vous allez envoyer comment les travailleurs en Israël, par Internet ? Il est temps pour vous de découvrir les souffrances du gouvernement”, a-t-il lancé. La perspective d’une coalition gouvernementale rassemblant les deux principaux mouvements palestiniens fait son chemin dans les esprits. Menacé dans les urnes, le Fatah donne l’impression de courir désespérément derrière le Hamas en reprenant à son compte, le temps de la campagne, les couleurs guerrières de la résistance. Le sigle de son ancienne “armée” Al-Assifa (la tempête), fait de fusils entrecroisés, est omniprésent sur ses affiches.

A Khan Younès, les miliciens en armes du Fatah n’ont cessé de parader, lundi, en rappelant que “la première balle, la première pierre” sont venues de leurs rangs. En marge des ballets d’hommes armés et de camions lestés d’énormes haut-parleurs et hérissés d’oriflammes, les électeurs potentiels expriment d’autres préoccupations. Bien qu’il se déclare proche du Fatah, Salim-al-Agha, un ingénieur de 53 ans au chômage, réclame le changement.

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