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Les ouvriers étrangers, une question de survie pour la zone franche
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Les ouvriers étrangers, une question de survie pour la zone franche
Sans elle, la reprise dans le textile-habillement est compromise. Et pourtant le récent incident impliquant les ouvrières sri lankaises de l?usine de la Compagnie mauricienne de textile, qui s?étaient mises en grève, met en lumière la fragilité d?une telle main-d??uvre étrangère. Celle-ci s?avère un apport coûteux mais non moins vital. Mais les travailleurs étrangers représenteront bientôt la moitié des effectifs de la zone franche.
Déjà, la zone franche manufacturière emploie quelque 20 000 travailleurs étrangers. La raison : les entreprises ne trouvent pas les bras en nombre suffisant sur le marché local.
Car les fermetures d?usines et les licenciements en masse de ces dernières années ont laissé un goût amer chez les Mauriciens. Ces derniers continuent à bouder le textile-habillement, même si l?industrie montre des signes évidents de reprise. Pour combler ce déficit et assurer la croissance du business, les opérateurs n?ont d?autre choix que de se tourner vers des réservoirs de bras indiens, chinois, sri lankais et bangladais.
?Sans les travailleurs étrangers, il n?y a pas d?industrie du textile à Maurice. La part de la main-d??uvre étrangère dans la zone franche est appelée à s?accroître. Les effectifs étrangers représentent en moyenne 30 % du personnel dans les usines. Ce chiffre passera à 50 % bientôt avec la tendance actuelle?, soutient Ahmed Parkar, vice-chief executive officer, de Star Knitwear. Il est également le vice-président de la Mauritius Export Processing Zone Association.
La confection est passée par des moments difficiles entre 2000 et 2005. La reprise annoncée demeure encore aléatoire. L?ap-port des ouvriers outre-mer est une des conditions essentielles pour permettre le re-décollage sous de meilleurs auspices. ?Si l?industrie veut réaliser une croissance de 5 à 8 % par année, il faut bien compter sur eux. Le pool d?ouvriers mauriciens ne se renouvelle pas?, dit Ahmed Parkar.
?Ils donnent le meilleur d?eux-mêmes?
De manière générale, les travailleurs expatriés sont bosseurs et disciplinés. Les heures incongrues ne les gênent pas. Ils sont beaucoup plus disposés à travailler le soir que leurs collègues mauriciens. Des activités qui ont besoin de tourner 24 heures sur 24 ne peuvent opérer sans des équipes de nuit fiables. Les recrues offrent une caution solide quant à la continuité des opérations.
Le personnel importé représente aussi un tampon de taille pour les opérateurs en cas d?imprévus. Par exemple, les ouvriers étrangers peuvent être facilement reclassés en fonction des commandes. ?Grâce à cette flexibilité, nous pouvons prendre des commandes avec des délais de livraison courts?, explique Ali Parkar.
Mais il n?y a pas que les heures supplémentaires. Les ouvriers étrangers font preuve d?une meilleure régularité au travail que les Mauriciens. ?Les entreprises ont recours à la main-d??uvre étrangère en raison du problème d?absentéisme et du manque de productivité chez les salariés mauriciens. Les étrangers sont là pour se faire le maximum d?argent. Ils donnent le meilleur d?eux-mêmes?, explique Mookeshwarsing Gopal, président de la Mauritius Em-ployers? Federation.
Les contingents étrangers répondent à l?appel lors des jours fériés et même durant les périodes festives afin de permettre aux usines d?assurer l?essentiel. ?Les travailleurs mauriciens s?absentent pour les fêtes et ont des engagements sociaux et familiaux. Généralement, ce n?est pas le cas pour les étrangers. Ceux-ci n?ont pas de grande motivation pour ne pas venir travailler. Ils nous aident beaucoup à respecter les délais de livraison?, indique Sunil Toolsee, manager de Beachwear, une entreprise qui fabrique des maillots de bain et de la lingerie.
Toutefois, faire venir des effectifs de l?étranger a un prix. Le travailleur étranger revient plus cher à l?entreprise. Des industriels avancent que celui-ci coûte parfois le double du salarié mauricien. L?opérateur doit débourser des frais supplémentaires pour les recrues venues d?autres horizons (voir hors-texte). Et c?est sans compter l?hébergement et d?autres facilités tel le service des cuisiniers. Beaucoup d?expatriés exigent également d?être payés en dollars américains. Et les notes salariales s?alourdissent avec la chute de la roupie face au billet vert.
Mais pour les entreprises, ces charges supplémentaires valent bien le coût par rapport aux enjeux. Selon Ahmed Parkar, les usines arrivent à compenser largement les coûts additionnels par les gains en productivité avec les travailleurs étrangers.
Néanmoins, l?épisode des ouvrières sri lankaises témoigne que le recours à la main-d??uvre étrangère peut aussi être une source de tensions industrielles. Les étrangers font entendre leurs voix lorsque les conditions de travail promises ne sont pas respectées par leurs employeurs. Certes, les patrons ont leur part de responsabilité dans les conflits. Mais il n?empêche que certains industriels montrent du doigt les agents recruteurs. ?Ils font de fausses promesses aux personnes qu?ils recrutent. Lorsque les ouvriers viennent à Maurice, ils découvrent une autre réalité. Cela peut parfois dégénérer?, confie Sunil Toolsee. ?Il arrive aussi que les agents nous fournissent des travailleurs qui ne sont pas formés, contrairement à ce qui était convenu. Désormais, je me rends personnellement en Inde pour faire le recrutement?, ajoute un opérateur qui a rencontré beaucoup de difficultés de ce genre dans le passé.
Akilesh ROOPUN
Les procédures d?embauche
Tout employeur désireux d?embaucher un étranger doit faire une demande de permis de travail. L?expatrié doit avoir les compétences nécessaires pour l?emploi qui lui est réservé et doit être âgé entre 20 et 60 ans. Après la requête de l?entreprise, le ministère du Travail étudie le dossier de recrutement. Le ?Work Permit Committee? se réunit ensuite afin de donner son aval. Un permis d?un maximum de quatre ans est délivré aux employés qualifiés.
Dans la construction ou la zone franche, un permis de travail coûte Rs 1 000 les cinq premières années et Rs 10 000 les prochaines années. L?employeur doit aussi s?acquitter d?un dépôt de garantie permettant le rapatriement de l?employé étranger en cas de litige. La somme déposée est l?équivalente du prix d?un billet d?avion de Maurice vers le pays concerné. Par exemple, pour des employés indiens et bangladais, Rs 15 000 sont exigées et pour les Chinois, cette somme s?élève à Rs 35 000. La réglementation du ministère stipule que les conditions de travail telles que les jours et horaires, le salaire ou les conditions d?hébergement doivent être mentionnées dans le contrat. ?Une unité spéciale du ministère se charge du suivi de ces travailleurs immigrés?, explique André Emile, attaché de presse du ministère du Travail. Elle veille au respect des conditions de travail de ces employés étrangers, effectue des visites dans les entreprises et reçoit les plaintes des employés. En 2006, l?unité a effectué 975 visites et a permis de récupérer plus de Rs 3 millions de salaires impayés et autres remboursements pour les employés.
Pouspam RAMSAMY
La main-d?oeuvre indienne a la cote
29 442. C?est le nombre de travailleurs expatriés qui se trouvent actuellement dans le pays. Celle qui recrute le plus : la zone franche. L?Inde fournit de son côté un nombre important de travailleurs et compte 10 184 expatriés sur notre sol. La Chine en compte 9 568, le Bangladesh, 3 929, le Sri Lanka, 2 562 et Madagascar, 738.
Selon les chiffres du bulletin mensuel émis en octobre 2006 par le ministère du Travail et de l?Emploi, ce sont les machinistes en couture qui sont le plus recrutés (913 nouveaux permis délivrés) dans la zone franche. Viennent ensuite les opérateurs d?autres types de machines (teinture, filage ou coupe de tissus). Ils étaient environ 200 en octobre 2006.
Dans la construction, ce sont les maçons (60 nouveaux permis délivrés) qui ont été recrutés en plus grand nombre. Le recrutement d?étrangers se fait aussi parmi les cadres et des métiers de haute qualification. Par exemple, six directeurs étrangers ont été recrutés dans la zone franche en 2006, trois médecins ou encore deux ingénieurs en télécommunications.
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