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Les opérateurs sur la corde raide
Comme de nombreux services ou denrées, le prix du ticket d?autobus prend l?ascenseur. Une hausse moyenne de 28 %, un minimum pour les trajets longs de 22 % et jusqu?à 40 % pour les trajets courts. Clairement, entre Rs 2 et Rs 5 de plus par trajet. Cette augmentation, on l?aura compris, répond aux recommandations du National Remuneration Board (NRB) pour une augmentation des salaires des employés du secteur. Viraj Nundlall, le président de l?Association des opérateurs d?autobus, a confié à l?express, samedi dernier, qu?il faudra «prévoir un budget additionnel de 25 %». Il semble donc logique que le coût supplémentaire se répercute sur le prix du ticket.
Cependant, la question de la compensation pour le transport gratuit et les subsides pour le diesel reste en suspens. «Il y a un flou. On ne sait pas quelle somme sera payée pour le transport gratuit des étudiants et personnes âgées ainsi que pour le diesel. Nous attendons de plus amples informations de la part des autorités avant de communiquer à ce sujet», laisse entendre Viraj Nundlall.
Le problème reste donc entier. Certes, on sait d?ores et déjà que la hausse du tarif est entrée en vigueur hier. Mais quid des subventions ? Or, ce sont bien ces subventions qui intéressent. Le gouvernement dépense près de Rs 1 milliard annuellement pour porter leur politique de gratuité et aider le secteur à faire face aux fluctuations des prix du carburant. C?est que la compensation accordée n?est pas suffisante. «Nous attendons une hausse relative aux subventions pour le transport gratuit», lâchait, dans nos colonnes, Viraj Nundlall.
Un cadre dans le secteur des transports, requérant l?anonymat car n?étant pas habilité à communiquer, nous apprend que «si les subventions étaient enlevées, le prix du ticket aurait dû accuser une hausse de + 110 %». Et de poursuivre : «Cela aurait été une catastrophe, non seulement pour les usagers mais aussi pour les opérateurs.» De fait, ces subventions ne seront pas touchées. En effet, le secteur du transport «a signé un accord avec le gouvernement qui fait mention d?une répercussion sur les subventions d?une augmentation du prix du ticket». Cette entente permet aux autorités de porter leur politique de gratuité aux élèves et personnes âgées, entre autres.
Ce même cadre pense que «ce n?est qu?après un mois qu?on aura une idée plus précise de l?impact de l?augmentation». Quoi qu?il en soit, pour le moment, l?usager est obligé de payer davantage. Il faut bien voir que son ras-le-bol tient davantage de la vague d?augmentations de l?ensemble des services et denrées. Celle du ticket d?autobus n?est qu?une parmi d?autres, mais certainement celle qui touche le plus la conscience collective.
La hausse du tarif répond, on l?a dit, aux recommandations du NRB. «L?augmentation des salaires préconisée par le NRB et qui devrait entrer en vigueur prochainement, annonçait clairement cette augmentation de 25 à 30 %». Pour autant, l?augmentation consentie ne laisse que peu de marge de man?uvre aux opérateurs, fait ressortir le cadre du secteur interrogé.
En clair, l?augmentation du tarif du ticket reflète la tendance haussière des prix d?une manière générale, si bien qu?il est nécessaire de revoir les salaires des employés du secteur. Cette révision salariale entraîne une majoration des coûts de fonctionnement pour les opérateurs. C?est pourquoi la demande initiale pour l?augmentation du prix du ticket de bus était de 40 %. Or, les opérateurs n?ont obtenu qu?une majoration du prix de 28 %. On est donc loin des attentes du secteur. Le flou persiste au sujet de la compensation pour le transport gratuit et la subvention pour le diesel. Le gouvernement dépense beaucoup pour cela. Reste à savoir comment évolueront ces compensations et aides de l?Etat afin de satisfaire au mieux les demandes des opérateurs.
L?opposition demande plus de transparence</B>
■ Lors de la session parlementaire du 29 avril dernier, le leader de l?opposition, Paul Bérenger, s?est appesanti, lors de la «Private Notice Question», sur le thème du transport en commun. C?est à ce moment que le ministre des Infrastructures publiques, Rashid Beebeejaun, a confirmé la hausse de 28 % en moyenne du tarif du ticket de bus à compter du 5 mai. Il a surtout été question de faire la lumière sur le montant des compensations et subventions accordées par l?Etat aux professionnels du secteur. Ainsi, il ressort que le rapport du NRB préconise une augmentation des salaires comprise entre 29 et 36 %, assorties d?autres avantages. Concernant le transport gratuit pour les écoliers et personnes du troisième âge, le ministre Beebeejaun a rappelé que le gouvernement a déboursé Rs 570 millions en 2006, Rs 620 millions en 2007 et Rs 155 millions pour le premier trimestre de 2008. A cette enveloppe compensatoire reposant sur un accord contractuel entre les professionnels et le gouvernement, s?ajoutent des subventions sur le ticket d?autobus (soit Rs 30 millions en 2006 et 2007) conformément aux recommandations du Tribunal d?arbitrage permanent en 2002. Les opérateurs du transport en commun bénéficient aussi d?une subvention au diesel en rapport avec l?«Automatic Pricing Mechanism» (APM). Ainsi, un «Bus Recovery Account» a été mis en place afin d?absorber, au travers de subventions, l?augmentation des produits pétroliers et donc éviter une envolée du prix du ticket. En 2006, cette subvention s?élevait à Rs 349 millions et à Rs 458 millions en 2007. Concernant cet aspect, le porte-parole de l?«Institute of Consumer Protection», Mosadeq Sahebdin, déplore «le fait que le fonds qui gère les subventions par le biais de la ?Road Development Authority? ne soit pas transparent. Dans la structure de prix au niveau de l?APM, il est question d?un paiement de Rs 1,35 par litre d?essence et de diesel, par consommateur, qui est reversé dans un ?Bus Recovery Account?. Ce qui fait plusieurs centaines de millions de roupies annuellement». C?est dans le même sens que le leader mauve demandait à ce que le «Management Audit Bureau» se penche sur la question. Or, pour le ministre des Infrastructures publiques, aucun exercice d?audit ne s?impose dans la gestion de ces fonds publics.
<B>Les travailleurs insatisfaits</B>
■ Les travailleurs du transport en commun estiment qu?ils ne profitent nullement des subsides et autres compensations accordés aux compagnies d?autobus. «Nous ne sommes ni pour ni contre la hausse du ticket d?autobus. Mais je voudrais attirer l?attention sur la différence qui existe entre le taux de révision salariale accordée aux travailleurs du secteur et les subsides que reçoivent les opérateurs», dit Wahkil Lalloo, porte-parole de l?«Union of Bus Industry Workers» (UBIW). «Nous avons obtenu une révision qui est basée sur les recommandations du NRB qui datent de 1988. Quand on prend en compte tout ce qui s?est passé depuis, on se rend compte qu?il y a des salaires qui n?ont connu de hausse effective que de 9,1 % seulement», estime-t-il. Ce syndicat enverra prochainement une communication au ministère du Travail dans lequel il plaidera en faveur d?un nouveau NRB.
Selon Wahkil Lalloo, la hausse du ticket d?autobus n?est pas une «récompense» accordée aux opérateurs. «Nous savons que les propriétaires des autobus mettent à la disposition des états-majors politiques leurs véhicules afin de pouvoir véhiculer les partisans aux meetings du 1er Mai ou pour d?autres rassemblements importants», avance-t-il. Les subsides accordés pour le diesel et la compensation offerte pour le service gratuit aux écoliers et aux personnes âgées pourraient, selon Wahkil Lalloo, être amortis différemment si le gouvernement apporte une réforme en profondeur du secteur. «Nous plaidons pour une détaxation des compagnies d?autobus et un service gratuit pour l?ensemble de la population. Que se passera-t-il demain si le prix du pétrole passe à 200 dollars américains ? Est-ce qu?on augmentera drastiquement les prix à nouveau ? Il faut une nouvelle approche pour le secteur. Tout l?argent versé par l?Etat et les remboursements accordés par le privé devraient être versés dans un compte bancaire géré par l?Etat. Ce serait ensuite à l?Etat de payer les compagnies d?autobus», propose le porte-parole de l?UBIW.
QUESTIONS À
<B>Jayen Chelllum, Association des consommateurs de l?île Maurice</B>
● <B> Comment accueillez-vous la hausse du prix du ticket d?autobus ? </B>
A notre niveau, nous ne sommes pas véritablement surpris puisque l?augmentation des prix ne fait que continuer. Pour nous, c?est un peu comme si le gouvernement a cédé devant une pression. Nous ne sommes pas satisfaits des raisons avancées par l?Etat. Quand il annonce qu?il n?a augmenté le prix que de 28 % et non de 40 %, sur quoi se base-t-il ? Les chiffres sont avancés par le gouvernement qui est partie prenante dans l?octroi de l?augmentation. L?Etat est juge et partie.
Il aurait fallu une instance indépendante pour déterminer cette augmentation. Et à ce moment, le gouvernement étudie la proposition faite. Là, c?est l?Etat qui décide de tout, notamment d?accorder Rs 600 millions. Où sont la transparence et la bonne gouvernance ? Et pire, tout cela a été fait sous pression à la veille du 1er mai !
Le problème, c?est qu?on nivelle par le bas. Tous les chiffres qui sont avancés par les compagnies (parapubliques, privées ou individuelles) ? il faudrait qu?on nous dise quelles sont les compagnies qui souffrent le plus et c?est elles qu?il faudrait supporter. De fait, c?est l?argent du contribuable qui subventionne. Le gouvernement n?a-t-il pas le devoir moral de présenter les chiffres à la population et de dire clairement comment les dépenses ont été faites ?
● <B> Vous parlez de transparence, de bonne gouvernance. Pensez-vous donc que le système d?octroi de subventions pour l?essence et le diesel manque de transparence ? </B>
Tout le système est pointé du doigt et remis en cause. Quand, dans un secteur, il y a des associations très étroites entre le pouvoir et les compagnies, dès lors on se pose des questions. Que le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques vienne dire qu?il faut faire confiance aux fonctionnaires du gouvernement, c?est trop facile. C?est un faux-fuyant ! Il y a un manque de transparence. C?est un devoir pour le gouvernement de présenter ces chiffres.
● <B> L?augmentation de 28 % du ticket n?est-elle pas somme toute normale compte tenu de l?augmentation des salaires des employés du secteur ? La marge de man?uvre pour les opérateurs, selon leurs dires, est, au final, relativement faible? </B>
Qu?il y ait une demande au niveau du NRB pour que les salaires des employés soit revu, c?est une chose. Ceux qui doivent payer sont ceux qui offrent le service. Ou alors, ceux qui paient pour le service doivent donc savoir et pouvoir demander tous les détails justifiant cette hausse du tarif. Ils ne peuvent pas simplement l?accepter et débourser. Il aurait fallu trouver de l?argent de manière additionnelle. Dans ces compagnies, quel est le quantum de profit qui va au travailleur ? On ne le sait pas. Dans tout secteur de production, il y a l?apport des employeurs, des employés et des actionnaires. Que reçoit chacune de ces parties ?
Il est normal que le salaire des employés soit revu. La perte du pouvoir d?achat des consommateurs qui n?ont pas le pouvoir d?user de leur poids dans un secteur X, est à leurs dépens. C?est une question de rapport de force qui est au détriment du consommateur. Aucun document tangible ne montre tout cela, on pousse de l?avant le NRB sans que nous ayons vu le document en question. Avec tout ce qui augmente, le gouvernement a un devoir fondamental de présenter tous les chiffres pour dire que cette hausse est également inévitable. Il y a un déficit de transparence, je le répète. Ils ont décidé et consulté sans communiquer dans la transparence. Qu?ils aient tort ou raison, c?est la manière de faire qui pose problème.
<I>Propos recueillis par G.R.</I>
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