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Les nus artistiques d?Yves Pitchen

26 octobre 2003, 20:00

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La photographie, chez Yves Pitchen, est l?art d?écrire avec le jeu d?ombres et de lumières, mais sans les couleurs. L?artiste-photographe a choisi le langage classique du noir et blanc pour ses 28 nus artistiques qu?il expose à la Salle polyvalente du Centre Charles Baudelaire, à Rose-Hill, du 30 octobre au 15 novembre.

En ayant recours à la technique dite ?cuisine d?atelier?, Yves Pitchen, issu de l?Ecole nationale supérieure d?architecture et d?art visuel de Bruxelles (Belgique), soigne la précision dans les détails. Il est artisan de la photographie pure. En effet, photographe, il l?est jusqu?au bout de la chaîne. Il s?occupe lui-même de tous les traitements, sauf de fabriquer les papiers. Car, il ne s?agit pas de papiers ordinaires, mais composés de sulfate de baryum (élément qu?on retrouve dans la fabrication de la peinture blanche), mélangé à des sels d?argent, le tout relié par de la gélatine. Une certitude : ces photos, on les retrouvera intactes dans une trentaine d?années, car elles sont programmées pour une longue conservation.

Ses ?uvres ont été exposées à Paris, à Bruxelles, à Tokyo et à la première Biennale photographique africaine de 1994. Au début de sa carrière, il se consacrait uniquement à la photographie de reportages, axée sur des thèmes illustrant l?aspect social de l?homme. Mais, son goût pour les études de biologie, qu?il va d?ailleurs abandonner pour celles de la photographie, va lui permettre de recouper les deux disciplines dans les nus artistiques.

Du manque à l?osmose

En effet, pour cette exposition, Yves s?est consacré au dévoilement de la femme dans son plus simple appareil. Il a choisi le langage photographique pour fixer l?image de la beauté féminine dans sa nudité. Cette beauté, idéalisée, il ne la saisit pas dans son mouvement mais dans son immobilité. Seuls les éléments de la nature servent à introduire le mouvement dans l?image ? des feuilles qui bougent, des vagues qui se fracassent contre les rochers, le vent qui effleure la chevelure, l?éclatement d?eau sur les galets. ?L?introduction du mouvement, dira le photographe, vise à solliciter l?imagination.?

Mais, pourquoi le nu ? D?abord, il importe de savoir que l?art photographique est un art visuel. Faire une photo implique au préalable la recherche de la vue idéale à saisir. On ne fixe que celle qu?on juge parfaite, celle qu?on aimerait immortaliser. Il y a donc un choix à faire. Ce choix correspond à celui d?un instant magique où l?artiste ressent une satisfaction par rapport à la vue qui se dessine dans l?objectif de sa caméra. Cette satisfaction traduit un désir de posséder la scène dans son intégralité afin qu?elle devienne sienne. Elle n?est donc pas absolue; elle implique un manque. Ce manque est ce qui contribue à l?osmose que cherche l?artiste. Il signifie une distance entre la satisfaction éphémère de l?artiste et l?angle de l?objet trouvé dans son champs de vision. Sa volonté de l?immortaliser résulte de la crainte devant la possibilité de l?évanescence de ce moment magique. Pour éviter cette perte, il saisit l?image.

En réalité, si le photographe décide de fixer l?image, c?est parce que celle-ci se rapproche de celle qu?il avait en imagination. En faisant la photo, il ne fait pas que transposer le réel dans l?imaginaire, mais confirmer son existence dans son imagination. La photo devient à la fois représentation du réel et dévoilement de son monde imaginaire. La femme nue n?est pas que l?objet réel qui vient remplir son univers artistique, elle existait déjà, sous toutes les formes dont témoignent les photos exposées, dans ses pensées. L?artiste pensait prendre possession du réel à travers la photographie quand en réalité il ne fait que dévoiler son univers imaginaire. On peut donc voir dans l?exposition d?Yves Pitchen une série de productions imaginaires.

Maturité

Mais qui dit imaginaire, dit forcément fantasme. Les nus artistiques ne sont qu?une manière de reproduire, sur un mode imaginaire, les fantasmes de l?inconscient chez l?artiste. L?art de la photographie est un scénario qui met en scène, de manière déguisée, ses fantasmes. Si les nus s?inspirent du réel, en retour, ils n?ont de réalité que psychique. L?exposition est donc dévoilement.

C?est la mise à nu, non seulement de la femme idéalisée mais des fantasmes refoulés de l?auteur. La photographie n?a été que le support qui a occasionné le retour du refoulé où chaque prise est répétition, donc insistance. Ce qui signifie que les fantasmes sont de nature forte et qu?à l?origine des nus artistiques, il y a un désir premier ? un désir qui a cherché à travers l?art une satisfaction en se réalisant, en se concrétisant. L?art est ce domaine à travers lequel se sont libérés les fantasmes de l?artiste. La femme nue est une représentation de son inconscient. Elle est donc une créature de l?univers psychique du photographe.

Ce niveau de représentation est atteint grâce la recherche d?une certaine perfection des images ? perfection que seul le public pourra confirmer. Quoi qu?il en soit, le résultat de l?artiste témoigne d?une certaine maturité acquise au bout de tant d?années d?expérience. Mais la photographie comme métier, nous avoue Pitchen, ne nourrit pas son homme. ?Le métier artistique n?est plus enflammé?, déclare-t-il.

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