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Les nouvelles règles du jeu
Bollywood n?avait jamais osé comme il ose aujourd?hui. L?érotisme, la provocation, la sensualité et le sexe, font désormais partie du décor. Tout est réglé au millimètre pour donner corps aux fantasmes. Pour Farhad A. K. F Khoyratty, chargé de cours en cinéma à l?Université de Maurice, Bollywood évolue, mais il se demande dans quelle mesure. «Il n?y a pas eu d?évolution ou de progression facile. Il y a eu dans le passé, pas mal de représentations de nudité féminine, comme ce fut le cas de Zeenat Aman dans Sathyam Sivam Sundaram. Aujourd?hui, c?est l?attitude qui a changé,» explique-t-il.
Il ajoute qu?«autrefois, le sexe était rattaché à la spiritualité, comme c?est le cas dans le Kamasutra ou à travers des sculptures érotiques. Aujourd?hui, Bollywood cherche une modernité qu?elle croit trouver dans une conception occidentale, censée se rapporter au sexe.» Pour lui, «la représentation du sexe dans le cinéma indien, n?est pas accompagnée par la responsabilisation qui va avec. Le sexe à Bollywood, se rattache davantage à un titillement d?adolescent que Bollywood se plaît à flatter. Les spectateurs qui regardent ce genre de choses, vont s?endormir au lieu d?être libérés. La représentation du lesbianisme dans Girl Friend est préjudiciable et irresponsable car elle tombe dans tous les excès, alors qu?à Hollywood, un film comme Basic Instinct qui représente la lesbienne comme une tueuse, est compensé par un film fort comme Philadelphie. Dans le cas de Julie, cette tendance à rendre glamour le métier de prostituée est très irresponsable. On dirait presque que c?est un choix de carrière ! De plus, réduire la femme à ce genre de rôle, déculpabilise l?homme et le conforte dans sa pensée que la femme n?est qu?un objet de convoitise,» explique-t-il.
Pourtant, une nouvelle génération d?actrices est en train d?émerger et une nouvelle génération de spectateurs également. Tandis que Mallika Sherawat, la star de Murder qui aurait reçu des propositions du magazine de charme Playboy, celle par qui le scandale arrive se nomme Neha Dhupia. La Miss Universe 2002 est le corps de Julie, une call-girl, des temps modernes. Apparaissant en bikini ou en petite tenue, Neha Dhupia, bouscule les conventions bollywoodiennes. L?actrice se ligue ainsi contre la moralité bien pensante dans la capitale du cinéma indien en affirmant haut et fort : «The only two things that sell in Bollywood these days are Shah Rukh Khan and sex. »
Dans Julie, Deepak Shivdasani, le réalisateur, pousse encore plus loin la provocation. Son personnage principal s?émancipe à vitesse grand V. Elle embrasse et fini au lit avec ses partenaires, jusqu?à faire du sexe son métier. Le réalisateur mise totalement sur la grande beauté et la sensualité de Neha Dhupia. Par sa seule présence physique, son audace et son talent d?actrice, Neha Dhupia fait naître un personnage, des émotions et surtout une vérité. Son corps n?est toutefois pas celui de la pornographie ou de la publicité. Il est celui d?une nouvelle ère, d?un nouveau départ et d?un nouveau moyen de faire recette.
Tantôt montré, tantôt scruté, ce corps qui frôle la perfection, incarne tous les fantasmes. «Malheureusement, la révolution sexuelle à Bollywood, ne s?accompagne pas de responsabilisation,» insiste Farhad A. K. F. Khoyratty.
«Comment envisager une vraie libération du statut de la femme si l?on se contente de la représenter de manière irréaliste ?» se demande-t-il. «Dans Julie ou dans Girl Friend, il n?y a aucune substance. Rien n?est équilibré. Tout ce qui est montré, se rattache à des stéréotypes de l?Occident. Ce phénomène est très présent dans les clips vidéo indiens. La fille indienne est très pudique, alors que celle qui représente l?Occident, porte des jupes courtes. Ce sont des préjugés que Bollywood se plaît à flatter. C?est une distorsion de ce que la culture occidentale peut représenter,» explique-t-il.
Bollywood s?aventure vers de nouvelles terres. Elle montre ce qui, jusqu?ici, relevait du domaine intime. Mais l?audace est-elle réelle ? Dans Julie, c?est le corps de Neha Dhupia qui est à l?ouvrage. L?actrice pose dos nu, en train d?agrafer son soutien-gorge, ou dans des positions explicites, sur les nombreuses affiches placardées un peu partout. Ces affiches ne peuvent laisser personne indifférent.
Dans le film, tous les clichés de la séduction y passent : lèvres entrouvertes, corps enlacés, caresses langoureuses, baisers. Mais la caméra du réalisateur est assez fuyarde. Elle s?interdit les gros plans sur certaines parties du corps et se cache derrière de nombreux subterfuges pour éviter de s?attirer les foudres des critiques.
Pourtant, la jeune fille candide du début, devient une jeune femme libre, dont la seule «faute» est d?avoir aimé, follement, passionnément. Elle s?abandonne au métier de prostituée par dépit, convaincue, que les hommes sont tous des profiteurs. Il n?empêche, qu?à la fin du film, elle finit par trouver le prince charmant. Un paradoxe certes, mais un happy end, surtout. La machine à rêves doit fonctionner.
<B>Quelle affluence dans les salles ? </B>
Ce sont principalement les jeunes qui se déplacent pour voir Julie en salle. Si Sanjiv Sujore, propriétaire du cinéma BDC à Quatre-Bornes, confirme que l?affluence dans les salles est nettement supérieure avec des films comme Murder, Girl Friend et Julie, il est d?avis que la majorité des spectateurs se déplacent parce qu?ils sont curieux de voir autre chose à l?écran. «Depuis le début de l?année, ce sont surtout des films policier qui étaient à l?affiche. Les spectateurs sont contents de voir des sujets différents et de voir une évolution de mentalité à Bollywood, » explique-t-il.n
<B>Julie frappé d?un visa 18</B>
Comme ce fut le cas pour Murder et Girl Friend, Julie est frappé d?un visa 18. «Pour un public habitué aux films conventionnels, Julie, traite d?un thème innovateur. Le visa 18 signifie que le film est destiné à un public adulte. Il faut une certaine expérience de la vie pour comprendre ce film. Pour le panel du Board of Censors, ce visa 18 est le moyen de prévenir le public que ce film pourrait choquer certaines sensibilités,» explique Palmesh Cuttaree, président du Board of Censors.
<B>La parole aux spectateurs</B>
Parmi les spectateurs qui se sont déplacés mardi dernier au cinéma BDC, certains y étaient, poussés par la curiosité, tandis que d?autres, fidèles au cinéma «made in Bollywood», s?y rendaient, comme à l?accoutumée. L?express-samedi a glané quelques réactions après la séance de mardi dernier.
Pour Krishna, un jeune homme timide, Julie, «marque un tournant dans le cinéma indien, parce que le film ose se détourner du thème classique de l?amour romantique où tout est rose.» Pour Géraldine qui s?était déplacée avec sa bande d?amies, «Julie est un film misogyne parce que le personnage de Julie existe que parce qu?elle a un homme à ses côtés.» Mia, une jeune fille de Quatre-Bornes, se dit déçue que Julie, se termine sur un happy end.
«Dans Julie, comme dans d?autres films indiens, l?amour l?emporte toujours. Je ne vois pas en quoi, ce film est différent des autres. Ce que je trouve oser, c?est le tapage qu?il y a autour des scènes pseudo-érotiques. Si on appelle érotique le dos d?une femme ou des scènes de baisers feintes, alors il faudrait revoir la définition du mot «érotique,» déclare-t-elle sans ambages.
Raj, se range plutôt du côté de l?avis de Mia. Pour lui, «Bollywood a ses limites. Le réalisateur de Julie n?est pas allé au-de-là des conventions établies à Bollywood, en dépit de ce que disent les critiques. Le réalisateur est resté dans les limites du respectable, ce n?est pas pire que Chandini Bar dans lequel Tabu tient le rôle d?une prostituée.»
Madhukar Dewnarain, cinéphile et ancien présentateur d?une émission de cinéma sur la MBC, est d?avis que cette évolution qui secoue actuellement Bollywood, est «dans l?ordre des choses.» Toutefois, il insiste sur le fait que d?autres actrices dans le passé se sont elles aussi prêtées au jeu de la séduction. «Pour moi, ce n?est pas un phénomène nouveau puisque des actrices comme Rehana Sultan ou Zeenat Aman ont dévoilé leurs charmes devant les caméras.»
De son côté, Sobhanund Seeparsad, ancien journaliste et comédien, voit du changement dans le paysage cinématographique bollywoodien. «La compétition féroce qui existe entre réalisateurs à Bollywood, les contraint à trouver rapidement des idées originales pour leurs films. Si pour beaucoup, Bollywood reste une machine à rêves, des films profondément ancrés dans les réalités indiennes, ont tendance à choquer. La prostitution reste une réalité cachée en Inde. Voir cette réalité à l?écran, détruit cette notion de rêve et d?évasion. C?est ce qui peut scandaliser certains spectateurs. Cela dit, je suis d?avis qu?il faut également s?ouvrir aux réalités, même si la notion de rêve et d?évasion reste l?un des objectifs majeurs du cinéma indien.»
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