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?Les métiers des Tics restent méconnus?

25 janvier 2006, 20:00

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● Quelle est l?activité principale de votre entreprise ?

Nous sommes une société de business process outsourcing (BPO) qui opère dans les services financiers. Nous nous occupons principalement de la gestion de factures pour des clients en Europe. Ces derniers délocalisent leurs opérations back-office de suivi des factures afin de faire baisser les coûts d?opération.

Nous sommes basés dans la cybertour d?Ebène et nous employons une cinquantaine de personnes. Nous avons développé un logiciel pour gérer les factures.

Nous ne faisons pas de BPO classique, c?est-à-dire les centres d?appels ou le télémarketing. Nous sommes dans un métier très spécialisé. Nous proposons aux entreprises un service centralisé des opérations de gestion de factures de toutes leurs filiales.

Nous avons des opérations en Argentine, en Pologne et en Chine. Nous sommes présents à Maurice parce que nous trouvons ici une main-d??uvre qualifiée. Nos clients sont très contents du service. Nous sommes en train de réfléchir sur la possibilité de centraliser certaines de nos activités sur Maurice.

● Maurice est-elle suffisamment équipée pour saisir les opportunités dans le BPO ?

Je pense que si la cybertour est aujourd?hui remplie, c?est que le pays est politiquement stable. Il existe ici une main-d??uvre de bonne qualité. Il y a eu également de bons investissements dans les communications et dans la cybertour.

Si le pays a réussi à donner confiance aux investisseurs, il faudrait qu?il fasse tout pour les retenir. Je trouve très dommage la polémique sur la cybertour : les locataires sont anxieux, car ils croient que le loyer va augmenter. Cette polémique n?encouragera pas les nouveaux opérateurs à venir.

Il y a également de gros efforts à entreprendre au niveau de la formation. Il y a un manque évident à ce niveau. Le manque de ressources humaines dans le secteur provoque une inflation des salaires. Il y a encore trop d?offres d?emplois par rapport à la demande. Les gens ne connaissent pas assez les métiers des technologies de l?information et des communications (Tic).

La préoccupation principale des opérateurs dans la cybertour n?est pas tellement la qualité de la main-d??uvre mais comment éviter que les salariés aillent ailleurs.

Troisièmement, il y a le monopole de Mauritius Telecom (MT), qui est difficilement supportable pour les opérateurs. Les télécommunications représentent un coût important pour les entrepreneurs. Ils doivent faire face à une concurrence très forte. Le monopole téléphonique fragilise les nouveaux investissements de même que ceux existant.

● Vous évoquiez la polémique autour de la cybertour. Est-ce important d?être dans un parc informatique pour faire du BPO ?

Il n?est pas nécessaire de s?y installer. Toutefois, la cybertour offre un excellent lieu de travail. Elle est techniquement très bien organisée. Je pense que c?est une vraie réussite. C?est regrettable qu?il y ait une controverse sur ce projet.

Il faut tout entreprendre pour encourager les opérateurs à venir s?installer dans les BPO. L?économie mauricienne va souffrir d?une baisse conséquente de recettes sucrières. Le textile n?est pas non plus une industrie sur laquelle on peut compter pour assurer l?avenir économique du pays. Le tourisme, de son côté, a ses limites pour générer de la croissance.

Le quatrième pilier de l?économie, c?est effectivement les services que Maurice peut exporter vers les entreprises étrangères dans le domaine de l?externalisation, par exemple. Je n?ai pas toutefois l?impression que les gens réalisent le potentiel des métiers du BPO.

● Quelles sont justement les perspectives qui s?offrent à nous dans les BPO?

Des changements démographiques en Europe et aux Etats-Unis présentent de grandes opportunités pour des pays comme Maurice. La génération des babyboomers est arrivée à la phase de retraite. Il y aura des départs massifs de salariés dans les années à venir. Le plus grand nombre de départs aura lieu entre 2008 et 2012.

Les entreprises américaines et européennes vont devoir remplacer 25 à 35 % de leurs effectifs. Cependant, elles ne pourront pas trouver des employés en nombre suffisant pour les remplacer. Elles vont devoir sous-traiter certaines de leurs opérations.

La Chine, entre autres, est plus à même de récupérer les activités de production industrielle. Les sociétés vont également devoir délocaliser une plus grande portion de leur back-office. Elles vont soit sous-traiter aux opérateurs tiers ou vont créer leurs propres filiales captives.

A titre d?exemple, les départs à la retraite en France se chiffrent à 700 000 par an entre 2007 et 2012. Sur l?ensemble de l?Europe et des Etats-Unis, il y aura 40 millions de départs durant la même période. Tous ces départs ne pourront être remplacés. Cela va donner une grosse impulsion à l?outsourcing. Maurice a un gros potentiel à ce niveau. Les Tic devront être une priorité pour le gouvernement. Il faut investir énormément dans la formation.

● Sommes-nous suffisamment compétitifs au niveau du coût pour capturer ce business ?

Avec des emplois qui disparaissent en Europe et aux Etats-Unis, il y aura une pression sur les salaires dans ces régions. Le coût de la main-d??uvre, même s?il est en hausse, ne devrait pas alors représenter un problème. Mais encore faut-il que les gens soient formés. Il y a un énorme gisement de 50 000 à plus de 100 000 emplois qui pourraient être créés dans les huit à dix prochaines années.

Actuellement, les entreprises sous-traitent des activités à Maurice parce qu?elle offre certains avantages au niveau du coût notamment. Mais à l?avenir, elles vont devoir sous-traiter parce qu?elles ne trouveront pas de salariés dans leur pays respectif. Cela change tout dans l?équation.

Le back-office offre des possibilités illimitées. La formation reste un élément primordial. Une formation informatique et téléphonique générale devra être une priorité centrale pour le gouvernement dans les années à venir.

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